L’effet rebond : miracle ou mirage ?

Effet rebond mirage

L’effet rebond : miracle ou mirage ?

Le Collectif Passerelle se donne pour objectif de mieux comprendre et de faire connaître les liens entre recherche scientifique, impératifs écologiques, conséquences des choix technologiques, et action politique. L’article précédent analysait les limites de la planète. L’article présent étudie le mirage de l’effet rebond.

 

Face au dérèglement climatique, décideurs et influenceurs sont nombreux à espérer que scientifiques et ingénieurs tireront d’affaire le productivisme, le capitalisme et la planète. Arc-boutés sur leurs choix politiques et économiques, ils espèrent un miracle technique. Depuis l’avènement de la civilisation industrielle, on sait que c’est un dangereux mirage. Le « progrès » technique ne résout pas les problèmes écologiques : il les déplace. Voire les aggrave, et ce plus souvent qu’on ne le pense. Pourquoi ?

Chaque processus amélioré, chaque progrès dans l’optimisation devrait, croit-on, entraîner une baisse globale de l’utilisation de matières et d’énergie. Malheureusement, c’est souvent l’inverse qui se produit. Par exemple, la consommation de carburant d’un moteur de puissance donnée diminue au fil des années. Applaudissons. Puis constatons que la consommation totale des voitures ne diminue pas dans des proportions équivalentes.

En effet, cette amélioration est “investie” dans l’augmentation de la masse (la consternante mode des SUV) ou de la vitesse des véhicules. Ou encore les usager·ère·s en profitent pour circuler plus loin et plus longtemps. Ou, enfin, ils et elles choisissent la voiture plutôt que d’autres modes de transport. C’est ce qu’on appelle “l’effet rebond”: la consommation d’énergie et de matière, même si elle baisse initialement, cesse de baisser, puis remonte, voire égale ou dépasse le niveau initial. Elle rebondit.

 

Effet rebond : mirage de la baisse de consommation

 

Le Soudan a illustré l’effet rebond : avec l’amélioration de l’efficacité des poêles à charbon, les habitant·e·s se sont mis à chauffer plus et paradoxalement la consommation globale a augmenté.

Dans un registre différent et encore plus frappant, les urbanistes sommé·e·s de trouver des solutions aux embouteillages urbains ont constaté que quand on crée des rues, des routes, voire des autoroutes, le plus souvent les congestions s’amplifient. À l’inverse, à New York, quand la 42e rue a été fermée à la circulation, les personnes ont modifié leurs habitudes et la circulation a été allégée.

 

Effet rebond : mirage du virage vers la vertu

 

L’effet rebond se manifeste également dans des comportements se voulant vertueux. Champions du recyclage, les Danois·es, rassuré·e·s sur la vertu de leurs emballages si bien recyclés, en acceptent à présent une quantité bien supérieure à celle d’avant la mise en place des politiques dites « vertes ».

Autre exemple, d’actualité : les habitant·e·s et maires des grandes villes plébiscitent les véhicules électriques pour préserver leurs oreilles, leurs narines et leurs poumons. Ce faisant, ils ne se rendent pas compte que ces voitures électriques causent autant d’émissions de CO2 que les voitures usuelles (moteur à explosion). Mais les citadin·e·s ne les voient pas : elles sont déplacées sur les lieux d’extraction minière, de production d’électricité et dans les usines. Idem pour les scooters et motos électriques, hypocritement baptisés « vélos électriques » ou « trottinettes électriques », voire « modes doux » que rien n’autorise à les identifier à de vrais vélos et trottinettes mûs par nos muscles : eux aussi polluent, loin des yeux, et parfois le surplus d’inconvénients l’emporte sur les gains attendus.

 

Obligation du profit ou fin du productivisme ?

 

Le mal est profond. En effet, dans un système de croissance économique, chaque gain doit être réinjecté pour toujours plus de profit. Et tout nous pousse à consommer de plus en plus : publicité, ostentation des riches… Dans ces conditions, il est difficile de sortir du cercle vicieux de l’effet rebond. La réponse concrète, autant individuelle que collective, se trouve probablement dans une lutte quotidienne et globale pour changer notre imaginaire et nos modes de production. Le capitalisme utilise naturellement les gains de productivité pour créer plus de profit, ce qui pousse à une amplification de l’effet rebond.

Au lieu de chercher systématiquement un gain d’efficacité, on peut s’intéresser à d’autres priorités. Par exemple se consacrer à ses proches, à la beauté, à la rêverie. Accorder du temps aux émotions, à la création, à la collectivité ou à l’environnement. Cela n’implique pas nécessairement de travailler et de consommer plus. C’est bien tout le système productiviste qu’il faut mettre bas ainsi que ses ramifications extractivistes et consuméristes.

 

Rebondir ou amortir ?

 

Nous ne mettrons un terme aux désastres environnementaux et sociaux ni en investissant dans de nouvelles filières énergétiques plus propres, ni en développant des objets qui consomment moins. Il ne faut pas attendre de développement technologique magique. Mais repenser toute l’organisation de la société pour allier sobriété et justice.

Rappelons qu’au tennis, on peut choisir d’utiliser le rebond maximum, et frapper la balle de toutes ses forces. Mais il est parfois plus subtil d’amortir le choc pour la faire tomber tout près du filet. Pour préserver l’habitabilité de la planète, il faut que nous apprenions à pratiquer « l’effet amorti ».

 

Effet rebond amorti

 

Collectif Passerelle

 

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