Pour une écologie radicale

Pour une écologie radicale

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Crédits supplémentaires : Jonah Mix, Max Wilbert, Dillon Thomson

La culture dominante est en train de tuer la planète. La civilisation industrielle, sa structure et ses valeurs, nous dirige vers l’effondrement biotique. Il est temps pour celles et ceux d’entre nous qui se soucient de la vie sur Terre de commencer à prendre les mesures nécessaires, pour riposter et l’empêcher de détruire tout ce qui vit.

Il s’agira de décentrer le regard, de faire des pas de côté face à l’anthropocentrisme. Alors que les rapports entre l’espèce humaine et la nature se fondent jusqu’ici sur la domination de l’un sur l’autre, il est nécessaire et impératif de mettre fin à cette vision et de retrouver l’harmonie dans le vivant. Dès lors, quelles stratégies pouvons-nous employer ?

La conférence propose d’étudier la complémentarité des luttes et des stratégies pour mettre fin à la civilisation industrielle mortifère. Nous nous attardons sur la désobéissance par l’action directe, car c’est la stratégie la moins visible aujourd’hui dans le mouvement écologiste. Face à l’écocide nous devons reprendre des terres, des rivières, des forêts… Il faut permettre aux enfants de grandir dans une culture qui vit de manière soutenable, ce qui ne peut se produire que grâce à une révolution qui démantèle pièce par pièce la civilisation industrielle.

Serons-nous la génération qui a fait ce qui était nécessaire pour sauver la planète, ou serons-nous la génération qui a gâché notre occasion de changer les choses ?  En résistant, nous écoutons notre colère et passons à l’action pour nous libérer. Nous participons à une aventure humaine, animale, végétale, vivante, créons des groupes affinitaires, de confiance, inclusifs, de façon horizontale pour créer dès aujourd’hui le monde que l’on veut voir demain.

Attention : cette conférence est le fruit d’une réflexion intellectuelle, scientifique, humaine, mais il ne s’agit pas du tout d’un appel à l’action. Tout le contenu présenté ici s’inscrit dans un exercice de pensée virtuel et fantaisiste qui ne vise en aucun cas à faire l’apologie ni à inciter aux actions décrites, qu’elles soient passées, présentes, ou futures.

 

Elle est disponible sous plusieurs formats : (podcast audio, pdf projection, vidéo, article) Regardez la vidéo pour profiter de l’intégralité du contenu :

 

La vidéo est aussi disponible sur YouTube.

 

I. Au bord de l’effondrement biotique

 

 

 

1.1. La biodiversité, facteur de survie

Dans une communauté vivante harmonieuse et fonctionnelle, chaque espèce nourrit ou se nourrit d’autres espèces,[1] formant un cycle du vivant.[2] Aucune espèce ne s’accapare toutes les ressources nécessaires à la survie des autres, ou n’extermine ses concurrentes.

Pourquoi ça ?  Car en cas de changement des conditions environnementales, la vie a plus de chances de s’adapter,[3] d’être résiliente si les espèces sont nombreuses et variées.[4] Le vivant a besoin de la biodiversité, cette règle qui joue un rôle essentiel a été respectée pendant des millions d’années. Et si une espèce décide de s’approprier toutes les ressources et de tuer toutes ses concurrentes, l’appauvrissement du vivant qui en découle menace non seulement cette espèce,[5] mais la possibilité même de vivre sur la planète. Comme vous vous en doutez, c’est exactement le chemin sur lequel nous sommes engagé·es.[6]

1.2. État des lieux

Tous les signaux sont au rouge : les rapports scientifiques ne cessent d’alerter sur l’effondrement du vivant.

  • D’après une estimation de l’ONU, la civilisation industrielle entraîne l’extinction de 150 à 200 espèces chaque jour,[7]
  • Au cours des soixante dernières années, 60% des animaux sauvages ont été anéantis.[8]
  • L’océan est envahi par les déchets, le septième continent n’est pas un mythe.[9]
  • La moitié des rivières ne peut plus accueillir la vie[10].
  • Des projections suggèrent que d’ici à 2050 il y aura plus de plastique que de poissons dans les océans.[11] (s’ils ne sont pas vides,[12] 90% des gros poissons ont déjà disparu[13])
  • En Europe, 40 à 70% des oiseaux communs sont en déclin.[14][15]
  • Depuis les années 1990, le nombre d’insectes volants a décliné de 75 % à 80 % sur le territoire allemand.[16]

 

Ce ne sont pas seulement les animaux qui sont menacés mais l’intégralité du vivant.

  • Aujourd’hui 97% des forêts anciennes ont été détruites.[17]
  • En Amazonie, une surface équivalente à un terrain de football disparaît toutes les 7 secondes[18][19] et chaque seconde dans le monde.[20]
  • Loin d’être cantonné à des pays lointains, la disparition des ressources est aussi présente en Europe. Il faut bien comprendre que si les principaux bassins d’extractions de minerais rares se font aujourd’hui en Afrique ou Amérique Latine, c’est parce que les ressources de l’Europe ont déjà été épuisées. Seulement 0,7% de la couverture forestière d’Europe restante est primaire.[21]
  • En France 26m2 de champs et de forêts sont bétonnés chaque seconde.[22]
  • Dans les pays en développement, 70% des déchets industriels non traités sont rejetés dans l’eau potable.[23]
  • En Chine, 80% des nappes phréatiques sont polluées.[24]
  • En Europe, 80% des sols fertiles sont stérilisés par la pollution ?[25]
  • Les industries extractives sont responsables de la moitié des émissions de carbone mondiales et de la perte de plus de 80% de la biodiversité.[26]

 

1.3. Prisonnier·es d’une mégamachine

La liste est longue, nous pourrions continuer longtemps, mais vous avez compris l’idée : nous sommes au bord de l’effondrement biotique total, c’est à dire 500 millions d’années d’évolution qui partent en fumée.[27] Comment sommes-nous arrivé·e·s à cette destruction massive du vivant ? Est-ce qu’il y a un complot ? Des grands méchants qui veulent détruire la planète ? Une puissance supérieure ? L’humain est-il fondamentalement destructeur ?

Non, tout cela est structurel, nous sommes comme prisonniers et prisonnières d’une immense mégamachine[28] qui transforme le vivant en marchandises d’un côté et zones mortes de l’autre.[29] Il faut donc s’intéresser aux mécanismes de cette machine, appelée civilisation industrielle.[30]

 

 

II. La civilisation

 

2.1. Le problème de l’agriculture

Quel est le plus grand problème avec la civilisation ? Elle dépend de l’agriculture.
Et qu’est-ce que l’agriculture ? Vous prenez un bout de terrain et vous le débarrassez de tout être vivant jusqu’à la moindre bactérie. Puis, au lieu de partager le terrain avec des millions d’autres espèces, vous cultivez pour la consommation exclusive des humains. Autrement dit, c’est de l’éradication biotique.[1]

Première conséquence : cela permet à la population mondiale d’atteindre un nombre gigantesque.[2]
Deuxième conséquence : cela détruit le sol, et le sol est le berceau de la vie terrestre.[3]

Mise à part les 46 tribus restantes au monde de chasseurs-cueilleurs, l’humanité s’est rendue dépendante d’une activité qui est en train de détruire la planète.[4]

“l’humanité s’est rendue dépendante d’une activité qui est en train de détruire la planète”

C’est quelque chose qui peut mettre du temps à réaliser. Mais l’agriculture exerce non seulement une pression sur les sols qui est insoutenable et qui ne sert que l’espèce humaine au détriment de toutes les autres.[5]

2.2. Petite histoire de la civilisation

Aujourd’hui nous vivons dans une société de consommation de masse que l’on appelle aussi société capitaliste.[6] Il est important de décentrer le regard : des mécanismes présents dans cette société sont déjà en germe dans un type d’organisation particulier qui est la civilisation. Ce qu’on appelle civilisation, ce n’est pas une en particulier mais une forme d’organisation bien particulière.[7] La civilisation industrielle n’est que la façon dont la civilisation a évolué jusqu’à l’époque moderne. Revenons à ses premiers pas.

Avant l’émergence de la civilisation, l’organisation de sociétés humaines n’était globalement que le prolongement de l’écosystème local. Il faut revenir 10 000 ans en arrière, au moment où la division du travail émerge.[8] Avec la sédentarisation commence la domestication des animaux humains et non humains et des végétaux.[9] L’agriculture se développe notamment dans le croissant fertile, en Mésopotamie.[10]

 

 

Quelques millénaires plus tard, on observe l’avènement des premières cité-États,[11] que l’on appelle aussi « les premières civilisations humaines »… À ce titre on conseille l’ouvrage Homo Domesticus de James Scott[12]. Vous noterez que le croissant fertile qui s’étend de la vallée du Nil jusqu’à l’Irak est loin d’être encore fertile de nos jours. On y trouve surtout des terres arides, semi-désertiques : les forêts précèdent les civilisations, les déserts les suivent.[13]

C’est à ce moment-là que certains humains commencent à imposer une logique de colonisation, d’expansion au sein de leur environnement.[14] Les « civilisés » se sont considérés comme différents et supérieurs au reste du vivant. Cette logique considère la nature comme une ressource et justifie son accaparement total. Ils commencent alors à contrôler, tuer, domestiquer le vivant et croître au-delà des limites environnementales. » [15] Ils rentrent en guerre contre tout ce qui n’est pas eux-mêmes. La civilisation est née et avec elle l’esclavage et le patriarcat se renforcent.[16]

 

 

2.3. Conquêtes et occupations

Pour se maintenir la civilisation a besoin d’une hiérarchie, de pouvoir et de tout un système de valeurs. Les civilisés considèrent qu’ils ont le droit de croître quelqu’en soit le prix. Pour subvenir à ce désir de croissance, pour développer son agriculture, pour accéder à certaines ressources, ils s’étendent de plus en plus et chassent ceux qui vivaient là avant.[17]

“La civilisation découle des conquêtes à l’étranger et de la répression domestique” — Stanley Diamond

Cette dynamique est encore à l’œuvre : les peuples autochtones ne cessent d’être menacés et exterminés;[18] les femmes[19] sont toujours exploitées.[20][21][22]

Il n’y a pas de lieu vide, l’espace est toujours habité. Quand la civilisation agrandit son territoire, elle le fait toujours au détriment des communautés humaines et non-humaines qui vivent autour. Elle impose son modèle partout sur la planète jusqu’à atteindre l’hégémonie, elle est aujourd’hui mondialisée. C’est la déforestation pour la culture, c’est l’extraction pour la production, c’est la bétonisation pour le transport et la consommation. En somme c’est une hostilité constante, une occupation des territoires,[23] une soumission des dominé·es, bref c’est une guerre !

 

 

III. Une guerre menée contre le vivant

 

 

3.1. Identification à l’ennemi

« Que feriez-vous si des extraterrestres avaient envahi la planète, s’ils vidaient les océans, rasaient les forêts naturelles, construisaient des barrages sur toutes les rivières, modifiaient le climat, contaminaient à l’aide de dioxine et de multiples produit cancérigène le lait maternel, la chair de vos enfants, de votre compagne ou compagnon, de vos parents, de vos frères et sœurs, de vos amis, ainsi que la votre ? » —Derrick Jensen[1]

À quel point la situation devrait-elle empirer avant de comprendre que c’est réellement une guerre menée contre le vivant ? [2][3] Qu’est-ce qui nous empêche d’admettre qu’il s’agit d’une guerre[4] ? Pourquoi ne reconnaissons-nous pas l’ennemi[5] ?  La réponse est triste : parce que nous nous identifions à l’ennemi.[6] Nos imaginaires sont colonisés car nous bénéficions en partie de cette guerre. Combien de fois avons-nous entendu que le capitalisme est l’air que l’on respire ? Tant que les dominé·e·s s’identifient à leur oppresseur, il ne peut y avoir de mouvement de résistance.[7] Voilà pourquoi à partir de maintenant, nous utiliserons le « nous » pour désigner l’ensemble des personnes qui résistent à la civilisation industrielle.

3.2. Violence permanente et étendue

L’histoire que les civilisés ont décidé de jouer il y a 10 000 ans favorise et valorise la production avant la vie. Pour la civilisation, et dans sa forme moderne, industrielle et capitaliste, les besoins du système économique sont plus importants que ceux du monde naturel. Alors que la nature peut exister sans une économie industrielle, l’inverse est impossible. Cette société ne défend que l’économie mondiale, la croissance, au détriment de la nature.

La civilisation exige une violence généralisée pour exister : à la fois envers les autres espèces  et à l’intérieur de notre propre espèce. Sans cette violence permanente et étendue, la civilisation s’effondrerait. Il est impossible aux dominants d’avoir constamment un fusil pointé sur chaque dominé pour le ou la faire obéir. Heureusement pour eux, ils n’en ont pas besoin car l’ordre établi a été intériorisé. Cette violence est invisible, car largement acceptée et rationalisée quand elle vient du haut de nos sociétés hiérarchisées[8] (état, police, institutions, patrons, maris etc). Quand elle vient d’en bas en revanche, elle est inacceptable.

Deux poids deux mesures, quand les riches détruisent des vies et des écosystèmes pour augmenter leurs propriétés, c’est la production.[9] Mais quand les pauvres ripostent et abîment les propriétés des riches,[10] cette résistance est appelée violence.[11]

3.3. L’esclavage, tissu des civilisations

Combien d’entre nous savent :

  • Qu’il y a au moins 27 millions d’esclaves dans le monde aujourd’hui ? [12]
  • Que 168 millions d’enfants travaillent ? [13]
  • Que le chômage tue entre 10 000 et 20 000 personnes chaque année en France ? [14]
  • Que le capitalisme tue environ 20 millions de personnes dans le monde du fait de leur mise en concurrence ? [15]

 

La chaîne d’approvisionnement de la civilisation asservit actuellement plus d’individus qu’à n’importe quelle autre période. L’esclavage est dans le coton de nos t-shirt[16], dans le tantale[17] de nos smartphones[18] ou dans les grains de notre café[19]. Il est dans les champs, dans les mines et dans les usines de transformation des matières premières.

L’esclavage est le tissu des civilisations depuis leurs origines. Elles ont recours aux prisonniers pour l’agriculture, les grands travaux ou au service des classes dominantes. Cette violence est systémique, ce qui signifie qu’elle ne se produit pas simplement à cause d’une mauvaise politique publique ou parce que nous n’aurions pas les bonnes personnes au pouvoir. Cette violence est intégrée dans la structure même de la civilisation industrielle et de l’économie. Elle est un vecteur de prédation, elle génère des profits, elle est donc hautement récompensée par ce système. La civilisation est hiérarchisée, centralisée, patriarcale, coloniale, raciste, spéciste et homophobe. Elle célèbre et valorise la violence des forts contre les faibles, le pouvoir, le militarisme et se met en scène dans des œuvres de propagande et d’architecture monumentales.

Selon Kevin Bales, le nombre de 27 millions d’esclaves reste une sous-estimation. Il ne prend pas en compte les millions d’autres esclaves, les employés des ateliers clandestins, ceux qui sont contraints à l’esclavage à cause de difficultés économiques, les esclaves sexuels etc.[20] Et, tout simplement, parce qu’il ne prend pas en compte cette forme bien particulière d’esclavage, l’esclavage libre, le salariat.[21]

La civilisation peut donc se définir comme un état de guerre permanente et mondiale menée contre la biodiversité. Où que l’on regarde, le désastre écologique et social est le prix que les humains payent pour avoir joué une histoire qui fait de l’humanité l’ennemie du monde vivant.[22] Non seulement c’est une guerre, mais c’est une « guerre totale ». Si on doute que c’est une guerre : pensez aux peuples autochtones, qui sont sauvagement chassés ou exploités pour produire des biens et des services bon marché,[23][24][25][26][27] aux gens sur le front à Bure,[28] aux Mapuche[29] martyrisés par l’État chilien, aux forêts abattues, aux orques qui meurent de faim,[30] aux millions de réfugiés climatique,[31] etc.

C’est une guerre, il faut empêcher l’ennemi de mener cette guerre. Face à cela, la seule position tenable moralement est de s’opposer à ce système, comme le dit Lierre Keith[32] :

“La tâche d’un·e activiste n’est pas de naviguer au travers des systèmes d’oppression avec le plus d’intégrité possible — c’est de démanteler ces systèmes”

Ne pas prendre parti contre, c’est faire le jeu du système, c’est collaborer avec lui. Avant de démanteler le système en question, il faut comprendre qu’il repose sur deux composantes : sa structure et ses valeurs. C’est que nous allons voir.

 

 

IV. Structure et valeurs du système

 

4.1. La structure du système

La structure du système, c’est les choses réelles, matérielles et concrètes qui le composent. La structure de la civilisation industrielle est assez simple. Il s’agit de l’industrialisme,[1] un système de production mécanisée. L’industrialisme repose sur cinq piliers ou nœuds principaux :

  • Énergie
  • Extraction
  • Transport et communication
  • Finance
  • Technologie

 

 

Ce système poursuit trois objectifs principaux :

  • accéder aux ressources
  • extraire ces ressources
  • faire rentrer ces ressources dans le circuit de production

 

La civilisation industrielle ne fait jamais rien si ce n’est pour un de ces trois objectifs, ce qui revient à transformer le monde vivant en marchandises. Tout, que ce soit les coupes à blanc de forêts, les mines à ciel ouvert, mais aussi les atrocités auxquelles nous ne pensons généralement pas en ces termes, comme le travail, la consommation de loisirs, la violence policière, le génocide ou le viol — tout est une question de ressources : contrôler, extraire, faire rentrer dans le circuit industriel. Notre résistance doit se concentrer sur l’arrêt d’un de ces trois objectifs.

Énergie

Au centre de ce processus se trouve le réseau d’énergie. Sans énergie, les excavatrices qui saignent les montagnes s’arrêtent de tourner. Sans énergie, les ordinateurs nécessaires à l’électronique industrielle ou à la robotique s’arrêtent de fonctionner. Sans énergie, les usines dans lesquelles les terres sont transformées en batteries de voiture ou en panneaux solaires s’éteignent.[2]

“Sans énergie, la civilisation industrielle n’a rien et n’est rien.”

Extraction, transports, communications

Après cela, on trouve l’infrastructure d’extraction, qui arrache les ressources, broie, asphyxie la planète et massacre ses êtres vivants. Elle englobe l’exploitation minière, l’exploitation forestière, la fracturation hydraulique, le raffinage du pétrole, mais aussi l’industrie éolienne et solaire. L’extraction est organisée grâce aux infrastructures de transports et communications. Ce sont les lignes téléphoniques, les tours cellulaires, internet, les chemins de fer, les routes, les ports, etc. Les transports et communications permettent aux différentes parties du système industriel de fonctionner ensemble.

Finance et technologie

Et bien sûr, l’extraction, le transport et la communication dépendent du système financier pour que les capitaux circulent librement sur un marché fluide, et de l’industrie technologique dont les innovations permettent d’augmenter l’efficacité du système, donc la production.

Ensemble, ces cinq piliers perpétuent la civilisation industrielle. Et ils s’appuient les uns sur les autres, lourdement, de telle sorte que si une attaque était correctement dirigée contre l’un de ces piliers, les autres seraient paralysés.[3] Cependant le système ne se résume pas seulement à ses infrastructures, mais aussi à ses valeurs.

4.2. Les valeurs du système

Quand nous parlons des valeurs de l’industrialisme, nous entendons l’idéologie, l’imaginaire, parfois religion, inventée pour défendre cette structure. Le cœur de la civilisation industrielle, c’est l’expansion.[4]

L’expansion, la croissance pour la croissance est une valeur cardinale pour toutes les civilisations,[5] dont le capitalisme en est l’ultime avatar. Le capitalisme de crise, caractérisé par une constante fuite en avant pour échapper à la baisse du taux de profit,[6] poursuit le même mirage d’expansion infinie que les civilisations qui lui ont précédé. L’expansion s’appuie sur trois valeurs :

Hiérarchies

Suprématie humaine, masculine, blanche, société de classes.

La hiérarchie, c’est le classement des êtres vivants. Supérieurs/inférieurs, dominants/dominés, bourgeois/prolétaires, hommes/femmes etc… La civilisation industrielle a absolument besoin de hiérarchies, parce qu’un système social libre et égalitaire rend impossible une production forcenée et donc une expansion sans fin. (Qui ira travailler au fond d’une mine s’il n’est pas obligé pour pouvoir survivre ?) « Employant l’aiguillon de la faim au lieu du claquement de fouet »,[7] la division de la société en classes, la compétition, la suprématie blanche, le patriarcat et la suprématie humaine sont au cœur de la civilisation industrielle. Sans hiérarchies solides, la capacité à extraire des ressources est directement menacée.

“La civilisation industrielle maintient ses sujets dans une situation de dépendance technique, psychologique, chimique et ils ne savent plus vivre.”

Stabilité

Confort, répression, ignorance, peur, aliénation

Pour mener à bien ses destructions et son expansion à l’extérieur, la civilisation industrielle a besoin de stabilité intérieure. Elle doit maintenir la « paix sociale », ce qui revient à neutraliser la résistance des classes dominées, contre lesquelles elle mène une guerre de basse intensité. Elle cultive à cette fin le confort pour les uns, la répression pour les autres (le bâton ou la carotte), l’ignorance et la peur.[8] En noyant les gens dans un océan de marchandises, en les gavant de programmes idiots, d’informations continues, d’une overdose de messages anxiogènes sur des centaines de chaînes de télévision, tout à coup, ils ne voient plus la destruction autour d’eux, ou ils sont trop médusés pour passer à l’action, ou ils cessent simplement de s’en soucier.

La civilisation industrielle maintient ses sujets dans une situation de dépendance technique, psychologique, chimique et ils ne savent plus vivre. L’idée de pouvoir se passer de ce système se fait toujours plus distante et il devient plus facile d’imaginer la fin du monde que celle du capitalisme. La division du travail toujours plus poussée et spécialisée, la moindre parcelle de nos vies, de nos subjectivités devient marchandise. En ce sens nous subissons une extrême aliénation, une perte de sens, une frustration grandissante, que des loisirs ou des religions peinent à combler.

Efficience

Consumérisme, progrès, scientisme

Enfin, le système industriel valorise l’efficience, car bien entendu, plus il optimise les performances, plus il peut se développer.[9] Du taylorisme au lean management en passant par les jeux olympiques,[10] la logique est toujours la même : écrasement de l’adversaire, légitimation de la violence, triomphe sur les faibles, records de production. Le consumérisme accroît l’efficacité, bien sûr ; plus les gens achètent, plus la production augmente, et pour toujours moins cher. Mais le plus grand soutien idéologique provient du mythe du progrès[11] : la croyance culturelle selon laquelle les êtres humains étaient originellement faibles, sans valeur et violents, que cela s’est amélioré — et que cela s’améliore inéluctablement — avec le temps.[12]

“Le progrès est le mythe qui nous assure qu »en avant toute » n’a jamais tort. L’écologie est la discipline qui nous enseigne que c’est un désastre.” — Kirkpatrick Sale

La réalité c’est que l’être humain n’est pas en haut d’une pyramide de l’évolution au centre de l’Univers, mais bien sur une des nombreuses branches de l’arbre du vivant habitant une planète parmi des centaines de milliards d’autres…

Tableau American Progress, John Gast 1872[13]

Mais si les maitres parviennent à persuader les personnes que nous avons une destinée spéciale, divine, que nous réalisons grâce au développement et à l’expansion, alors elles seront heureuses de trouver de nouvelles manières plus efficaces d’y travailler. Et c’est là que le scientisme[14] — la célébration et l’adoration de la science — entre en jeu, car bien entendu, la majeure partie de l’augmentation de l’efficacité de la civilisation industrielle est un produit de la science.

Les modes de connaissance des mondes autochtones sont principalement axés sur la création d’un lien sacré et respectueux avec le monde vivant — ce qui, bien sûr, est une très mauvaise idée si vous cherchez à le piller, à en éliminer ce qui peut être éliminé et à vendre ce qui peut être vendu. Si vous voulez dominer le monde, la Science est votre meilleur instrument. Vous pouvez soumettre le vivant et la matière à vos moindres désirs et vous écrier « Ça marche ! ». Par exemple vous faites décoller des fusées. Merveilleux.

Mais votre technologie vous dirige vers une société toujours plus vide, artificielle et uniformisée et vous rompez peu à peu toute possibilité de relation amicale avec le reste du vivant.[15] Notre propos n’est bien sûr pas de rejeter catégoriquement la Science, mais plutôt la croyance selon laquelle elle décrit vraiment et totalement le monde tel qu’il est.

Pour vous donner un exemple, c’est comme si au lieu de dire « j’ai perdu ma grand-mère » vous disiez « ma famille a diminué d’entre 10% et 15% au cours de 2018″. Ou bien dans un repas de famille, lorsqu’un visage manque, vous le remarquez sans être obligé de vous compter les uns les autres. Vous comprenez que les mathématiques sont un rapport au monde bien particulier.[16] L’abstraction induite par les nombres n’est pas un outil neutre, contient déjà un projet de domination : les nombres ont été inventés pour compter les récoltes, les premiers formes d’écriture pour énumérer les propriétés à la fois humaines et non-humaines (esclaves, femmes, nourriture…).[17]

La déconstruction du mythe de progrès est long, cela nécessiterait de faire une conférence à part entière. Mais pour finir sur le rapport entre civilisation, scientisme et progrès, cette citation de Lewis Mumford[18] résume assez bien la situation :

“C’est dans le monde marchand en expansion qu’on commença à compter des nombres et, à la fin, seuls les nombres comptèrent”

4.3. Valeurs opposées au système

Dans la perspective de dépasser l’idéologie associée à l’industrialisme, ne comptez par sur nous pour proposer un programme politique détaillé, ce serait complètement hors-propos. Nous considérons que ces décisions doivent être prises collectivement et le plus localement possibles. En revanche voici quelques pistes rapides de réflexion.

 

Ainsi, nous venons de voir que le capitalisme, la civilisation industrielle prend sa place dans l’histoire de la civilisation, faite de conquêtes et de dominations. Nous avons vu que ce système est un état de guerre permanente contre le monde vivant, et qu’il s’appuie tant sur une structure que sur une idéologie. À partir de maintenant, nous allons réfléchir à la meilleure façon de démanteler ce système.

 

 

V. Stratégies pour riposter

 

Quel est notre problème ? La civilisation industrielle
Quel est notre objectif ? Démanteler ce système et soutenir la construction d’alternatives.
Qu’est-ce qu’une stratégie ? C’est le moyen d’atteindre cet objectif. Elle peut être défensive ou offensive
Qu’est-ce qu’une tactique ? C’est l’ensemble des actions utilisées pour mettre en œuvre notre stratégie.

La tactique découle d’une stratégie qui découle elle-même de notre objectif.

 

5.1. Qu’est-ce qu’une stratégie offensive ?

Une stratégie offensive prend du territoire, des ressources ou du pouvoir à l’adversaire. Tout ce que fait le système est offensif et contribue à augmenter son territoire, ses ressources, son pouvoir. La civilisation occupe les rivières avec des barrages qui détruisent les écosystèmes. Elle emprisonne, massacre, menace, déporte, exploite pour pouvoir accéder aux ressources. Elle finance des lobbyistes et des partis pour étendre ses droits. Le système n’est presque jamais sur la défensive, il attaque. Il a donc l’initiative, il choisit le terrain de bataille.[1]

 

5.2. Qu’est-ce qu’une stratégie défensive ?

Une stratégie défensive c’est tout ce que vous faites pour empêcher une force adverse d’obtenir des ressources, un territoire ou davantage de pouvoir.[2] La plupart du temps, une action défensive réduit simplement ce que l’ennemi gagne.[3] Nous avons vu que la guerre oppose la civilisation industrielle à la biodiversité.

En tant qu’écologistes nous nous situons du côté de la communauté du vivant et subissons les attaques du système. Prenons l’exemple d’un industriel qui voudrait étendre son territoire en détruisant tout un écosystème. Nous, les écologistes, voulant empêcher cela, nous employons une stratégie défensive : plusieurs tactiques sont déployées occupation le terrain, pétitions, manifestations, recours en justice etc. Nous arrivons à préserver une partie de la zone, disons 50%, est-ce vraiment une victoire ? Non. C’est juste une défaite un peu moins grande. L’ennemi n’a rien perdu, il a juste progressé un peu moins. Nous n’avons fait que minimiser les dégâts consubstantiels à la civilisation industrielle. Le système est toujours en place, il n’a pas été affaibli.

5.3. La défense seule est insuffisante

Nous ne pouvons pas gagner une guerre en utilisant uniquement des stratégies défensives. À l’heure actuelle, le mouvement écologiste est trop occupé à mener des batailles défensives pour se concentrer sur des gains offensifs. À l’heure actuelle, on pourrait même affirmer que le mouvement écologiste ne peut même pas concevoir une campagne offensive contre l’écocide en cours. Quand on parle d’une campagne offensive que pourrait mener le mouvement écologiste il s’agirait de reprendre du territoire à la civilisation industrielle et a ses infrastructures pour qu’il redevienne un lieu de vie pour la communauté biotique. C’est un champ cultivé qui redevient sauvage, c’est une mine de charbon où la foret repousse, c’est un barrage qui s’effondre pour les saumons.

“gagner sera non seulement d’empêcher les destructions mais de permettre que la vie sauvage se rétablisse”

Nous ne perdons pas par paresse ou par manque de conviction. Nous sommes conditionné·e·s à utiliser que des stratégies défensives, le mouvement écologiste est né par des actions défensives, c’est la première chose qui nous vient à l’esprit. Nous appliquons une méthode qui ne peut pas gagner, même avec beaucoup d’énergie dépensée, il est normal que nous perdions continuellement. Mais ce n’est pas une fatalité.[4] Par des actions nous pourrions gagner, et d’ailleurs il faut gagner pour conserver une planète vivante.

Voici une belle citation de Malcolm X : « Si vous me plantez un couteau de 20 centimètres dans le dos et que vous le ressortez de 10cm, ça n’est pas un progrès. Même si vous le retirez complètement, ça n’est pas un progrès. Le progrès consisterait à guérir la blessure causée par le coup. »[5]

Pour le mouvement écologiste, gagner sera non seulement d’empêcher les destructions mais de permettre que la vie sauvage se rétablisse. Voilà le cadre de pensée qui devrait être celui du mouvement écologiste.

 5.4. Mettre le système en échec

Jusqu’à présent nous avons vu l’impasse dans laquelle nous nous trouvons. L’idée même d’attaquer la civilisation industrielle parait être une tâche infaisable et gigantesque. L’ennemi est surpuissant, il a presque tout et nous sommes si faibles en comparaison. Il dispose d’armes à feu, de bombes, de policiers et de prisons, ainsi que de chaînes de télévision, d’informations quotidiennes et de tout ce dont il a besoin pour gagner. Il s’agit d’un conflit asymétrique, extrêmement asymétrique.

Comment mener et remporter des actions offensives contre un ennemi un millier de fois plus puissant ? Comment gagne-t-on quand on est David contre Goliath ?

Cette configuration porte un nom, la guerilla. Cette situation a déjà existé, elle est même documentée, étudiée par les armées les plus puissantes du monde : ils ont développé des stratégies offensives pour déstabiliser des États entiers même en infériorité.[6]

La guerrila développe des stratégies qui non seulement visent à remédier à cette inégalité de ressources et de pouvoir,[7] mais aussi à en tirer parti[8] :

“Tout l’art de la guerilla est de frapper là où l’ennemi s’y attend et le moins et pourtant là où il est le plus vulnérable” — The Art of Guerrilla Warfare

 

L’avantage de l’attaque est que nous choisissons le champ de bataille.[9] Il ne s’agit pas d’occuper un territoire ce qui demanderait énormément de ressource et d’énergie, ça c’est que fait la civilisation. Le système est mille fois plus puissant que nous, dix mille fois même, mais il est obligé de déployer sa puissance sur l’intégralité de sa structure, de la diluer sur tout le territoire qu’il occupe. C’est son point faible, c’est là que nous pouvons être supérieur à notre adversaire. Une offensive de type guerilla concentre ses forces sur un point étudié avec minutie, nous pouvons alors être plus puissant pendant un temps et un lieu très limité,[10] mais suffisant pour mettre le système en échec. Il s’agit de bien étudier la cible en amont et de s’y préparer.[11] Les techniques de guerilla, embuscades, sabotages, guerre psychologique, ont fait leur preuve par leur rapidité, efficacité et furtivité.[12]

 

  • Talon d’Achille : Nous frappons le point faible de l’ennemi là où il est le plus vulnérable mais là où il s’y attend le moins.
  • Concentration des forces : Nous pouvons être plus puissants que notre adversaire dans un temps et lieu réduit, bien étudié à l’avance
  • Paralyser : Nous n’avons pas besoin de démanteler chaque usine, de détruire chaque bulldozer, chaque autoroute, il suffit de paralyser l’infrastructure.
  • Graduation des objectifs : Chaque opération nous permet d’atteindre un objectif clair, défini et accessible, pour progresser étape par étape vers notre objectif final.
  • Initiative : Pensons en terme d’attaque plutôt que de défense pour choisir le champ de bataille qui nous est favorable.
  • Surprise : En frappant de manière inattendue à un moment ou endroit inattendu, nous démultiplions nos forces.
  • Économie d’effort : Nos ressources étant limitées, nous devons parfois laisser de côté les objectifs secondaires
  • Plan : En suivant un plan bien préparé à l’avance, nous réduisons les risques de confusions. Préparer des plans de secours.
  • Impact maximum : En frappant plusieurs cibles à la fois pour déstabiliser l’adversaire.
  • Furtivité : Nos actions doivent être de courtes durées pour permettre le retrait rapide et empêcher l’adversaire de prendre le dessus. Les opérations doivent être achevées avant l’arrivée des forces de l’ordre ou de sécurité.
  • Intelligence et sécurité : Empêcher l’adversaire de connaître nos plans tout en comprenant au mieux son système et le fonctionnement de nos cibles.
  • Dispersion : Les activistes clandestins sont comme « un poisson dans l’eau ». Immédiatement après l’opération, les groupes se dispersent et réintègrent la population pour éviter les représailles.

Comment fait-on ? La centralisation croissante de l’économie mondiale la rend de plus en plus vulnérable aux blocages et aux perturbations. L’ensemble du système est hautement interdépendant.

Par exemple, en 2010 l’irruption d’un volcan islandais a provoqué six jours d’interruption du trafic aérien. « Parmi toutes les conséquences de cette irruption, on a pu recense aussi bien des pertes d’emplois au Kenya que des annulations d’opération chirurgicales en Irlande ou l’arrêt de trois lignes de production de BMW en Allemagne »[13]

Vous vous souvenez du tableau des valeurs opposées au système, nous allons voir maintenant qu’il est indissociable d’attaquer la structure en même temps que les valeurs.

5.5. Rejeter les valeurs, attaquer la structure

Pour être efficace, une résistance doit imposer son propre cadre de pensée. Cela ne peut se réaliser en conservant les valeurs du système en place. Le mouvement écologiste peine à agir sur les deux tableaux. Parfois les actions rejettent les valeurs du système, parfois s’attaque à la structure, mais rarement les deux à la fois.

 

 

Pour illustrer cela prenons l’exemple d’une mine de charbon. Une des luttes écologistes est de combattre les entreprises qui extraient et expédient du charbon dans des trains. Ce charbon qui sera ensuite envoyé en Chine par bateau. Différentes stratégies sont possibles pour s’opposer à l’industrie d’extraction :

Case en haut à gauche

La première stratégie peut être qualifiée de lutte syndicale. Elle consisterait à s’organiser pour faire pression grâce aux corps intermédiaires. Dans ce cas nous participons à créer une cellule syndicale au sein des travailleurs de la mine pour améliorer les conditions de travail, nous organisons éventuellement une grève qui débouche sur des meilleures conditions de sécurité. On peut appeler cela un progrès social, cependant la structure d’extraction reste en place, les voies ferrées fonctionnent, le minerai est toujours extrait. Ses valeurs ne sont pas non plus attaquées, la destruction du vivant, l’exploitation et la division du travail ne sont pas remis en question.[14] Le charbon servira à alimenter des usines.

Case en bas à gauche

La deuxième stratégie serait la lutte institutionnelle. Nous lançons une pétition contre l’extraction de charbon, elle est signée par un million de personnes, l’État prend en compte notre demande citoyenne et par électoralisme subventionne une autre énergie fossile alternative. Si nous sommes vraiment ambitieu·x·ses et nous adhérons à une ONG qui va faire la promotion du capitalisme vert. Par exemple, une organisation qui décerne une médaille[15] de bonne conduite à une banque qui a promis d’investir un peu moins dans le charbon au profit d’autres industries.[16]

Nous avons frappé la structure, concrètement elle se transforme, mais la nécessité du développement de l’énergie n’est pas remise en question, d’autres mines vont ouvrir pour l’exploitation du solaire ou de l’éolien,[17] qui pollueront et et la civilisation industrielle continue de s’étendre. Le système nous remercie d’avoir repeint sa façade en vert,[18] en démocratique, en citoyen.[19]

Le système valorise l’expansion, le confort, la hiérarchie et l’efficacité. si nous condamnons les trains de charbon parce qu’ils sont une source de gaspillage et que vous promouvons l’énergie solaire parce qu’elle est beaucoup plus efficace, qu’elle désengorge l’infrastructure de transport, qu’elle n’est pas aussi bruyante… eh bien, le système sera ravi, étant donné qu’il cherche à gagner en efficacité.

Case en haut à droite

La troisième stratégie serait la culture d’alternatives. Nous fondons un écovillage, adoptons des gestes éco-responsables : arrêtons d’utiliser nos voitures, vivons dans une maison plus petite, nous cultivons notre propre nourriture, fabriquons nos propres vêtements, mettons en place une politique zéro déchet etc. En somme notre mode de vie est radicalement opposé aux valeurs du système, nous en retirons une certaine satisfaction individuelle et morale. Nous nous gargarisons du fait que « si tout le monde faisait comme nous, la planète irait mieux », mais la structure est intacte, et elle ne sera pas démolit par un changement de conscience,[20] les mécanismes sont si forts que la civilisation industrielle peut tolérer quelques alternatives à sa marge. Si nos alternatives menaçaient sa structure elle utiliserait la force contre nous. La mine de charbon continue de fonctionner.

Case en bas à droite

La quatrième stratégie : écologie. En quoi consisterait une stratégie offensive qui toucherait à la fois les valeurs et la structure du système ? Comment frapper les trains de charbons tout en annonçant notre rejet de l’idéologie associée ? Bref attaquer le train de charbon et son monde ? Ce serait détruire les infrastructures d’approvisionnement, saboter les voies ferrées. Ainsi ces trains de charbon n’iront plus nulle part — mais plus important encore, il n’y a aucun moyen pour le système de se rétablir selon ses propres termes.[21]

Il s’agit d’un exemple, l’industrie du charbon rassemblent plusieurs éléments que nous rejetons, le commerce mondial, l’exploitation minière ou l’électricité, parce que tout cela est incompatible avec une planète vivante, nous communiquons au système une exigence dont il ne peut se défaire facilement. La résistance impose son propre cadre de pensée.

Ceci est une expérience de pensée. Nous n’appelons pas à faire exploser ou endommager quoi que ce soit. L’objectif est de montrer que toute résistance écologique sérieuse devra envisager ce genre de stratégie. Il faudra qu’elle prenne position de manière radicale contre le système dans son ensemble, car les valeurs de la civilisation industrielle sont fondamentalement incompatibles avec le monde vivant.

5.6. Comment bien choisir sa cible

Pour mettre le système à l’arrêt, nous devons commencer à penser en terme de flux, de nœuds et de goulots d’étranglement là où le charbon, le pétrole et le gaz sont extraits, transportés, traités et distribués. Chaque cible a ses propres vulnérabilités qui peuvent être exploitées. Pour choisir au mieux la cible, voici la matrice CARVER composée de 6 critères :

  • Criticité : Quelle est l’importance de la cible pour le système ?
  • Accessibilité : Est-il facile d’accéder à la cible ?
  • Réparabilité : Combien de temps faudra-t-il au système pour réparer la cible ?
  • Vulnérabilité : Est-il facile d’endommager la cible ?
  • Effet : Dans quelle mesure la perte de la cible va-t-elle nuire au système ?
  • Reconnaissabilité : La cible est-elle facile à identifier ?

 

Certains de ces critères semblent se recouper, tandis que d’autres ne s’associent pas. De nombreuses cibles peuvent être reconnaissables, vulnérables et facilement accessibles, mais celles-ci ne sont généralement pas très critiques et peuvent être réparées facilement — comme la vitrine d’un magasin par exemple. D’un autre côté, certaines cibles sont extrêmement critiques et difficiles à réparer, avec un effet conséquent, mais elles sont très difficiles à identifier, il est difficile d’y accéder et difficile de les endommager — les raffineries de pétrole, les barrages hydroélectriques, etc.

La matrice CARVER a pour but d’identifier la cible qui remplit le plus possible de ces critères. Aucune cible n’est à la fois critique, facilement accessible, vulnérable, impossible à réparer et avec un effet considérable — mais CARVER peut au moins déterminer quelle cible aura le plus d’impact. Pour l’utiliser il faut établir une liste de cibles potentielles et de l’étudier en fonction des critères proposés, en attribuant à chaque cible un score compris entre 1 et 10 pour chaque critère, puis en additionnant les résultats.[22]

Cibles les plus apparentes

  • Puits
  • Pipelines
  • Chemins de fer
  • Routes
  • Réservoirs
  • Raffineries
  • Centrales électriques
  • Ports

 

Cibles moins apparentes

  • Systèmes administratifs
  • Systèmes financiers
  • Systèmes de télécommunication
  • Chaînes d’approvisionnement en flux tendu

 

Le réseau électrique est peut-être l’infrastructure du système la plus critique et susceptible de créer un échec en cascade.[23][24] Des attaques du réseau électrique peuvent ralentir l’extraction de charbon, arrêter les pompes et les stations de compression nécessaires aux oléoducs, stopper les wagons-citerne, fermer les raffineries et usines de traitement de charbon, ou perturber l’administration d’un projet.

L’électricité ne peut pas être stockée facilement, voilà pourquoi les opérateurs de réseau doivent répondre à la demande énergétique seconde après seconde, et d’avoir un équilibre permanent entre production et consommation.[25] Sur réseau en équilibre et interconnecté à l’échelle internationale, si la production devient trop forte ou trop faible par rapport à la demande, il y a un risque de black out.[26] Le black out peut provoquer des dégâts en cascade importants qui mettent plusieurs jours à être réparés,[27] voire plus d’une année si les transformateurs haute tension sont endommagés.[28]

En France par exemple, la marge de réserve entre la capacité du réseau et la consommation maximale est d’environ 23%. On peut observer des congestions locales, certaines régions comme la Bretagne et le Sud-est ont une consommation supérieure à leur production.[29] Le 10 janvier 2019 vers 21h, pour éviter un black out total à cause d’un déséquilibre européen[30] (entre le Kosovo et la Serbie[31]), RTE a demandé à 6 grands clients industriels de réduire instantanément la consommation, mettant les usines à l’arrêt.[32]

L’infrastructure électrique étant exposée, le système fait autant preuve d’accessibilité, de criticité que de fragilité[33] qui peut être exploitée. En cas de sabotage d’un poste électrique, certaines usines devront être mise à l’arrêt, ce qui est une victoire sur les deux tableaux pour la planète, réduisant à la fois l’activité industrielle et les émissions de GES. Dans tous les cas, c’est plus efficace qu’une COP21.

Certains écologistes ayant pour motivation de provoquer l’arrêt d’usines et de centrales électriques ont développé des techniques de sabotage de lignes à haute tension.[34][35] Un peu comme dans le film Woman at war, mais en prenant moins de risques[36] physiques et légaux, ils savent comment mettre à l’arrêt l’infrastructure seulement en déboulonnant les pylônes électriques et en jouant avec les forces physiques.[37] Le plus compliqué dans cette entreprise n’est pas la partie technique qui est relativement simple, mais la réaction du grand public qui peut être hostile à la perte de confort. Voilà pourquoi le travail de légitimation est important.

 

 

VI. Action à visage découvert

 

Comme le formule Lierre Keith : « Pour ceux d’entre nous qui ne peuvent pas monter au front — et ce sera la plupart d’entre nous — notre travail consistera à créer une culture qui encouragera et promouvra une organisation politique, et une résistance tenace. La tâche principale sera la loyauté et le soutien matériel. »[1]

Pour permettre à une culture de résistance écologiste tenace de se développer, les activistes à visage découvert doivent faire tout un travail de légitimation. Faire la promotion de la diversité des tactiques, de l’action clandestine comme faisant partie du spectre des stratégies possibles et nécessaires offre à la fois un soutien moral aux cellules clandestines déjà existantes, et permet à de nouvelles cellules de se développer et de fonctionner efficacement.

Le rôle principal de l’activiste à visage découvert est la divulgation des stratégies que nous avons évoquées. Parler de l’action clandestine offre des conditions permettant à des cellules de se développer et de fonctionner efficacement, cela permet aussi de légitimer les actions. Il existe deux champs dans lesquels aborder l’action clandestine, d’une manière passive ou active.

6.1. Promotion passive

Pour tout un tas de raison qui vous sont propres, vous ne pouvez pas vous mettre en danger. En toute sécurité vous pouvez tout de même faire émerger une culture de résistance. Tout d’abord, le strict minimum pour apporter un soutien passif à la résistance est d’adopter le « see something, say nothing », « ni vu ni connu ». Ce qui revient à ne pas dénoncer des actes d’écosabotage dont on pourrait être témoin, et d’encourager les autres à respecter cette règle du silence.

Parler de l’échec des mouvements écologistes peut inciter à envisager d’autres stratégies.

Puis publiquement, en diffusant et commentant l’actualité, en parlant de l’échec des stratégies des mouvements écologistes. Cela permettra d’inciter les gens à envisager la possibilité qu’une autre stratégie est possible. En ce sens, vous travaillez à l’émergence d’une culture plus offensive, sans forcément déclarer le passage à l’action, ce qui ne vous mettra pas en danger.

Aussi, il est très important de parler de main à main, dans les espaces personnels, de votre soutien aux actions clandestines. De discuter avec vos proches de ces stratégies, et de faire passer les idées d’une écologie radicale.

6.2. Promotion active

Si vous êtes en mesure de faire entendre davantage votre voix, vous pouvez partager les stratégies que nous venons de dire et notamment démontrer à quel point l’action souterraine est nécessaire. Vous pouvez soutenir publiquement les actions militantes, faire prendre conscience que nous sommes dans une période de guerre, et qu’il est nécessaire de s’organiser pour mettre fin à la civilisation industrielle.[2] Vous pouvez aussi envoyer des lettres de soutiens aux prisonniers politiques du mouvement écologiste. Bref vous pouvez contribuer publiquement à l’essor d’une culture de la résistance. Non seulement cela donnera du courage aux activistes qui prennent le plus de risques,[3] mais cela donnera aussi une chance de faire comprendre au grand public l’objectif et la nécessité de telles stratégies qui ne bénéficieront jamais du soutien des grands médias de masse.[4]

Attention,[5] il existe une frontière assez mince[6] entre la promotion et l’incitation[7]. À ce titre,  cette conférence est le fruit d’une réflexion intellectuelle, scientifique, humaine, mais il ne s’agit pas du tout d’un appel à l’action. Tout le contenu présenté ici s’inscrit dans un exercice de pensée virtuel et fantaisiste qui ne vise en aucun cas à faire l’apologie ni à inciter aux actions décrites, qu’elles soient passées, présentes, ou futures.

 

6.3. Construction des alternatives

En parallèle de la lutte nous devons élaborer des moyens d’existence en harmonie avec notre environnement, il est donc nécessaire de soutenir aussi la création de véritables alternatives à la civilisation industrielle. Nous devons assurer que ces mouvements sont liés aux luttes révolutionnaires. Nous avons besoin de permaculteurs qui régénèrent les sols pour que des gens puissent avoir la liberté d’échapper au travail salarié et d’investir leurs temps dans le travail de résistance. Nous avons besoin que ces mouvements apportent un soutien matériel aux révolutionnaires. C’est dans ces arrières front que les militants pourront trouver refuge.

Un réseau de soutien est nécessaire, la lutte au Chiapas s’est faite aussi par la création d’un réseau d’alternative s’incarnant dans des formes-de-vie permettant d’alimenter le front, que ce soit pour de la nourriture, des outils, des espaces de repos et de sociabilité, des informations etc. [8] Nous devons organiser des bases arrières pour lutter, mais aussi pour mettre en lumière ce que pourrait constituer une organisation collective en marge et contre la civilisation industrielle.

 

VII. Récits et passage à l’action

 

Nous avons abordé beaucoup de sujets que nous trouvons importants, des sujets qui peuvent être déprimants, nous faire imaginer que la situation est sans espoir. Comme le dit cette image, résister signifie sacrifices, détermination,  persévérance et danger… ce n’est pas un discours de recrutement très vendeur ! Nous participons à une aventure humaine, animale, vivante, créons des groupes affinitaires, de confiance, inclusifs, de façon horizontale pour créer dès aujourd’hui le monde que l’on veut voir demain.

La planète entière est en danger, pensez aux choses que vous aimez, qui vous émerveillent. Ces forêts, ces animaux, ces paysages. Imaginez que tout ceci risque de disparaître dans quelques années. Utilisez ce mélange d’amour et de rage pour passer à l’action et sauver ce qu’il reste de beau dans le monde.

 

 

 

 

 


 

RÉFÉRENCES

 

I. AU BORD DE L’EFFONDREMENT BIOTIQUE ↑

1. Wikipédia, Réseau trophique [lien]

2. CE1D Sciences, Réseau trophique et cycle de la matière, 2019 [lien]

3. « Several lines of evidence indicate that maintaining multipleecosystem services over time in a changing world is enhancedby high local and regional diversity » ( J Emmet Duffy, Why biodiversity is important to thefunctioning of real-world ecosystems, 2009 ) [lien]

4. « Our results indicate that a positive link between plant diversity and ecosystem stability is conspicuous across a global network of dryland ecosystems. » (Nicolas Gross, Climate mediates the biodiversity–ecosystem stability relationship globally, 2018) [lien]

5. « The notion of the ‘inextricable link’ implies not only that biological and cultural diversity are linked to a wide range of human-nature interactions, but also that they are co-evolved, interdependent and mutually reinforcing. Each culture possesses its own set of representations, knowledge and cultural practices which depend upon specific elements of biodiversity for their continued existence and expression. » (Unesco, Links between biological and cultural diversity: report of the International Workshop, 2008) [lien]

6. Géo, Décadence accélérée des richesses de la nature, 2019 [article]

7. « Scientists estimate that 150-200 species of plant, insect, bird and mammal become extinct every 24 hours. This is nearly 1,000 times the “natural” or “background” rate and, say many biologists, is greater than anything the world has experienced since the vanishing of the dinosaurs nearly 65m years ago. » (The Guardian, Protect nature for world economic security, warns UN biodiversity chief, 2010) [lien]

8. « L’indice mondial, calculé à partir des données disponibles pour toutes les espèces et régions, montre un déclin global de 60 % de l’effectif des populations de vertébrés sauvages entre 1970 et 2014. En d’autres termes, une baisse moyenne de plus de la moitié d’entre elles en moins de cinquante ans. » (ZSL/WWF, Rapport Planète Vivante 2018) [lien]

9. Initiatives.fr Le 7ème continent, 2018 [lien]

10.« More than half the world’s 500 mightiest rivers have been seriously depleted. Some have been reduced to a trickle in what the United Nations will this week warn is a « disaster in the making ». » (Independent, Death of the world’s rivers, 2006) [lien]

11. Libération, En 2050, plus de plastique que de poisson dans les océans,2016 [lien]

12. L’Obs, D’ici 40 ans, tous les poissons pourraient avoir disparu des océans, 2010 [lien]

13. Libération, 90% des gros poissons ont disparu, 2003 [lien]

14. DW, Europe’s birds are disappearing, 2014 [lien]

15. FranceInter, L’alarmante disparition des oiseaux, 2019 [lien]

16. Le Monde, Les oiseaux disparaissent des campagnes françaises à une « vitesse vertigineuse », 2018 [lien]

17. « Within the temperate forest zone only about 3% of the world’s primary forest is in blocks >50,000 hectares, reflecting the extent to which these forests have been cleared«  (C Kormos, B Mackey, Primary Forests: Definition, Status and Future Prospects for Global Conservation, 2017) [lien]

18. WWF, Living Amazon Report 2016 [lien]

19. Le Monde, Déforestation au Brésil : l’équivalent d’un million de terrains de foot perdus en un an, 2018[lien]

20. ConsoGlobe, Déforestation : un terrain de foot perdu chaque seconde en 2017, 2018[lien]

21. Journal de l’environnement. Une première cartographie européenne des forêts primaires, 2018. [lien]

22. La Tribune, Chaque seconde, 26m² de terres agricoles disparaissent en France, 2011 [lien]

23. « Water pollution—along with drought, inefficiency, and an exploding population—has contributed to a freshwater crisis, threatening the sources we rely on for drinking water and other critical needs. » (National Geographic, Water pollution is a rising global crisis. Here’s what you need to know, 2010) [lien]

24. « Maintenant en Chine, deux tiers de l’eau souterraine ne convient pas au contact humain, les poissons ne peuvent pas vivre dans 75% des principaux cours d’eau, 280 millions d’habitants boivent de l’eau contaminée avec de l’arsenic et du fluor, 68 types d’antibiotiques sont retrouvés dans l’eau de surface. » (The Epoch Times, Plus de 80% des eaux souterraines en Chine sont polluées, 2016) [lien]

25. « Outre l’érosion, l’appauvrissement en matière organique est l’autre menace qui pèse sur la fertilité.[…] Les sols stérilisés par la pollution couvrent 220.000 km2, dont près de 90 % en Europe. » (Les Echos, La fertilité des sols part en poussière, 2016) [lien]

26. « The biggest surprise to the authors was the huge climate impact of pulling materials out of the ground and preparing them for use. All the sectors combined together accounted for 53% of the world’s carbon emissions – even before accounting for any fuel that is burned. » (The Guardian, Resource extraction responsible for half world’s carbon emissions, 2019) [lien]

27. ThoughtCo. 10 Steps of Animal Evolition, 2020[lien]

28. « J’entends par autoaccroissement le fait que tout se passe comme si le système technicien croissait par une force interne, intrinsèque et sans intervention décisive de l’homme. Bien entendu, je ne veux pas dire par là que l’homme n’intervient pas et n’a aucun rôle. Mais que cet homme est pris dans un milieu et dans un processus qui font que toutes ses activités, même celles qui apparemment n’ont aucune orientation volontaire, contribuent à la croissance technicienne qu’il y pense ou non, qu’il le veuille ou non. […] L’automatisme technique ne recouvre pas la totalité des phénomènes, mais dans le sens où l’on peut dire qu’une automobile est automatique, c’est-à-dire que certaines opérations s’y produisent qui ne relèvent pas d’une intervention de l’homme. » (Jacques Ellul, Le Système technicien, 1977) [lien]

29. Le Monde, Les zones mortes se multiplient dans les océans, 2016[lien]

30. « Broadly speaking, over the past decade industrial activity has become the principal threat to primary forests. Industrial agriculture, mining, oil and gas extraction, industrial logging, conversion of forests for palm oil production, woody biomass for energy, and infrastructure development from roads to hydroelectric projects are proliferating in all forest biomes. Industrial agriculture, and in particular so-called forest risk commodities including palm oil, soy, sugar cane, cocoa, cattle, and raw materials for bioenergy are expanding rapidly and are responsible for the majority of global deforestation over the past several decades » (C Kormos, B Mackey, Primary Forests: Definition, Status and Future Prospects for Global Conservation, 2017) [lien]

 

 

II. LA CIVILISATION ↑

1. Futura Planète, L’agriculture, première cause de déclin de la biodiversité, 2005 [lien]

2. « Les politiques et les infrastructures encourageant l’agriculture dans des terres de parcours qui ne peuvent pas supporter des systèmes culturaux viables contribuent à la désertification. […] Les pratiques et les politiques en matière de propriété des terres qui encouragent les paysans à surexploiter les ressources foncières peuvent être d’importants facteurs de désertification. » (Millennium Ecosystem Assessment Panel, Synthèse sur la désertification, 2005) [lien]

3. « À partir de ce moment décisif en effet, l’agriculture, l’élevage, la sédentarité, la navigation et la céramique assurent une alimentation plus constante et plus foisonnante, réduisant la mortalité. La population augmente alors significativement » (Planète viable, Une brève histoire de la croissance démographique mondiale, 2019) [lien]

4. « La révolution néolithique est avec la révolution industrielle l’évènement certainement le plus important de l’histoire de l’humanité— Claude Levi-Strauss […] L’une des conséquences les plus notables de la révolution néolithique, c’est la poussée démographique qu’elle suscite chez les populations qui l’ont adoptée. Les populations d’agriculteurs sont, nous montre l’ethnologie, au moins trois fois plus fécondes […] L’émergence des inégalités ,qui n’ont fait que s’accroître depuis lors, constituent une seconde révolution à l’intérieur du Néolithique […] Il a fallu de la part des dominants des capacités de persuasion afin de faire s’élever ces monuments gigantesques, et sans parler plus tard, des pyramides d’Egypte ou des Mayas, ou encore de nos cathédrales pour lesquelles la force brute et la contrainte n’auraient pas été durablement efficaces. C’est leur aptitude à manipuler l’imaginaire des dominés, certainement avec une entière bonne foi, qui a sans doute contribué notablement à asseoir le pouvoir émergeant des dominants ; et là encore c’est ce que l’archéologie, avec l’aide de l’anthropologie sociale, s’efforce de retracer […] Et pourtant de manière plus ou moins rapide, tous les foyers de néolithisation ont débouché sur des systèmes inégalitaires et finalement des sociétés urbaines et étatisées » (Inrap, Jean-Paul Demoule, Mise en perspective générale « La révolution néolithique dans le monde », 2008) [lien]

5.« La surexploitation des ressources et la destruction des habitats naturels restent les principales menaces pour faune et flore, devant le changement climatique.  […] Au deuxième rang des fléaux arrive l’agriculture. Son emprise croissante, pour les besoins cumulés de l’alimentation humaine, du fourrage et de la production d’agrocarburants, provoque la destruction accélérée des habitats naturels, au détriment de 62 % des espèces. » (Chasse, pêche et agriculture : trois fléaux pour la biodiversité, Le Monde, 2016) [lien]

6. « À elle seule, l’agriculture occupe environ un tiers de la surface terrestre totale, est la cause de 80 % de la déforestation mondiale et pèse pour près de 70 % de la consommation d’eau » (Le Monde, Plus de la moitié des vertébrés ont disparu en quarante ans,2016) [lien]

7. Union Communiste Libertaire, La logique capitaliste en huit notions de base, 2018 [lien]

8. « I follow William Kötke in using “civilization” interchangeably with “empire.” I define it loosely as a self-reinforcing societal pattern of depletion of the land, accumulation of wealth, conquest, repression, central control, and insulation and disconnection from life, with all of these habits allied to mental, cultural, and physical artifacts. » (Ran Prieur, The Critique of Civilization FAQ, 2011) [lien]

9. (Inrap, Jean-Paul Demoule, Naissance des inégalités et prémisses de l’État, 2008) [lien]

10. « Selon moi les premières domestications ont été guidées avant tout par deux tendances inséparables de l’hominisation. Premièrement la curiosité intellectuelle gratuite, le besoin de relever des défis, de venir à bout de ce qui échappe indépendamment de toutes nécessité au sens strict. Et deuxièmement la compulsion quasi mégalomaniaque de dominer la nature et les êtres, de se les approprier, d’agir sur eux, et de les transformer.[…]Même quand elle sert aussi à autre chose, l’action domesticatoire contient sa propre fin.[…] Tous les ethnologues spécialistes des sociétés pastorales ont été nombreux à montrer que la diversification du cheptel entraîne une division du travail plus poussée, elle-même germe potentiel de différentiation sociale […]

Loin de se limiter à nourrir l’homme, à le vêtir, à lui fournir de l’énergie et des distractions, les animaux domestiques ont aidé leurs maîtres à se hisser sur son piedestal d’être supérieur. Corollairement en domestiquant les animaux, l’homme s’est construit lui-même, a élaboré sa culture, s’est civilisé. Si la domestication a eu besoin de culture pour se produire, elle a donc aussi produit de la culture, de la supériorité, et par conséquent des inégalités » (Inrap, Jean-Pierre Digard, Les voies de la domestication, 2008) [lien]

11. Wikipedia, Histoire de l’agriculture [lien]

12. « À cheval entre la préhistoire et l’histoire, la période d’Uruk peut être par bien des aspects considérée comme « révolutionnaire » et fondatrice. De nombreux phénomènes et innovations qui s’y produisent constituent un tournant dans l’histoire mésopotamienne et même plus largement dans l’histoire tout court, en particulier celle du monde occidental qui lui doit beaucoup. » (Wikipedia, Période d’Uruk) [lien]

13. « La formation des premiers États et sociétés agraires de Mésopotamie s’est produite pendant une période qui représente les derniers 5% de l’histoire humaine. Selon cette même métrique, lère des combustibles fossiles, qui s’ouvre à la fin du XVIIIe siècle, n’occupe que 0,25% de notre histoire » (James C. Scott, Homo Domesticus, Une histoire profonde des premiers États, 2017) [lien]

14. The overwhelming direct cause of deforestation is agriculture. Subsistence farming is responsible for 48% of deforestation; commercial agriculture is responsible for 32%; logging is responsible for 14%, and fuel wood removals make up 5% (United Nations Framework Convention on Climate Change, INVESTMENT AND FINANCIAL FLOWSTO ADDRESS CLIMATE CHANGE, 2007) [lien]

15. « The deserts of central and southwest Asia and the Mediterranean used to be forests. Ancient empires cut them down to burn the wood to smelt metal for weapons, and to build ships, which they used to conquer their neighbors. This has been the pattern of every “successful” civilization in history: to transform the life of the Earth into larger human populations that must conquer and deplete more land to survive, spreading like a cancer over thousands of miles, destroying every habitat and culture in their path, until they go totally mad, exhaust their landbase, and crash » (Ran Prieur, The Critique of Civilization FAQ, 2011) [lien]

16.« Jared Diamond a indentifié cinq facteurs d’effondrement — reccurents et souvent synergiques — des sociétés qu’il a étudiées : les dégradations environnementales ou dépletion des ressources, le changement climatique, les guerres, la perte soudaine de partenaires commerciaux, et le (mauvaises) réactions de la société aux prblèmes environnementaux. » (Pablo Servigne, Raphaël Stevens, Comment tout peut s’effondrer, 2015)

17. « 15. If any one take a male or female slave of the court, or a maleor female slave of a freed man, outside the city gates, he shallbe put to death. 19. If he hold the slaves in his house, and they are caught there,he shall be put to death. 129. If a man’s wife be surprised (in flagrante delicto) with an-other man, both shall be tied and thrown into the water, butthe husband may pardon his wife and the king his slaves. » L. W. King, The code of Hammurabi [lien]

18. Diamond Stanley, In Search of the Primitive: A Critique of Civilization, 1993

19. « Toutes les deux semaines, une langue indigène disparaît dans le monde. » (Euronews, L’avenir des peuples autochtones est-il menacé ?, 2019) [lien]

20. Le Monde, Les inégalités femmes-hommes en 12 chiffres et 6 graphiques, 2017 [lien]

21. « En 2012, 70% des personnes vivant avec moins de 1 dollar par jour sont des femmes et des filles » (AFD, Panorama des inégalités hommes – femmes dans le monde, 2015) [lien]

22. « Le système prostitutionnel met sur les voies de la migration des milliers de femmes des pays les plus pauvres du monde vers les pays riches, en particulier vers l’Allemagne où la prostitution est réglementée. » (Florence Lina-Humbert, L’économie du viol : comment satisfaire la demande ?, 2019) [lien]

23. Hélène Nicolas, « Il y a une exploitation des femmes à trois niveaux : leur force de travail, leur sexualité et leur fécondité », 2017. [lien]

24. « 110 hectares. Les surfaces arables grignotées quotidiennement par l’expansion urbaine. Jusqu’à 30 millions d’hectares de surfaces cultivables sont perdus chaque année, l’équivalent de la superficie de l’Italie. » (Les Echos, Quand la ville ensevelit les sols, 2018) [lien]

 

 

III. UNE GUERRE MENÉE CONTRE LE VIVANT ↑

1. Derrick Jensen, Lierre Keith, Aric McBay, Deep Green Resistance, un mouvement pour sauver la planète, 2018. [lien]

2. « In a review of research into the effects of environmental pollutants and other sources of environmental degradation, Cornell University ecologist David Pimentel estimates that 62 million deaths per year (40 percent of all that occur) can be attributed to environmental factors, particularly organic and chemical pollutants that accumulate in the air we breathe and the water we drink. » (Live Science, Pollution May Cause 40 Percent of Global Deaths, 2007) [lien]

3. The Guardian, China finds 100,000kg of poisoned dead fish in river, 2013 [lien]

4. « Si on permet que cela continue, la vie pourrait mettre plusieurs millions d’années à s’en remettre, et notre espèce même disparaîtrait probablement assez tôt » (Le Monde, La sixième extinction animale de masse est en cours, 2015) [lien]

5. « Ce brouillage entraîne la perte de l’esprit critique. Les personnes sous emprise ne savent plus à quel moment réagir. Vulnérables, ça les amène à se laisser soumettre. » (L’Obs, L’emprise, cet engrenage crucial des violences faites aux femmes, 2017) [lien]

6. Wikipedia, Syndrôme de Stockholm [lien]

7. « Les personnes impliquées dans des relations abusives s’identifient rarement pour plusieurs raisons, notamment la peur de l’agresseur, le manque de confiance envers les autorités, la honte, le désespoir, les menaces et les liens traumatiques. » (Chris M. Matsko, Comment rompre la dépendace aux violences conjugales) [lien]

8. « Le discours économique est devenu pervers : ce sont les riches qui seraient menacés par l’avidité d’un peuple dont les “coûts”, c’est-à-dire les salaires et les protections sociales, deviendraient insupportables. […] Quant à lui, le travailleur, le prix de ses efforts semble exorbitant. Paria, profiteur, bénéficiaire d’avantages acquis, il est non seulement un parasite, mais, plus encore, un élément néfaste dans la compétitivité généralisée. » (Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, La violence des riches, 2013)

9. « L’économie politique est : « La science qui décrit les phénomènes de société qui se produisent du fait des opérations conjointes de l’humanité pour la production de richesses, en tant que ces phénomènes ne sont pas modifiés par la recherche d’un autre objet. » » (John Stuart Mill, Sur la définition de l’économie politique et sur la méthode d’investigation qui lui est propre, 1831) [lien]

10. « Je déplore et condamne cette violence qui met le pays dans un état de tensions inacceptables » (Ouest France, Gilets jaunes. « Casse et violence sont inacceptables » condamne Philippe Saurel, maire de Montpellier, 2019) [lien]

11. RTL, « Gilets jaunes » : « C’est inacceptable », a commenté Édouard Philippe sur les Champs Élysées, 2019 [lien]

12. « Parmi les dix-sept pays les moins bien notés, se trouvent l’Algérie, la République démocratique du Congo, la Libye, la Corée du Nord et l’Arabie saoudite. » (Le Monde, Près de 27 millions d’esclaves dans le monde, selon un rapport américain, 2012) [lien]

13. « Ces enfants sont employés dans l’agriculture à plus de 70%, dans les mines, dans les usines mais aussi dans le tourisme. «  (Novethic, 168 millions d’enfants au travail dans le monde, 2016) [lien]

14. L’Express, Le chômage tuerait entre 10 000 et 20 000 personnes par an [lien]

15. « Le capitalisme est un système économique basé sur la propriété privée des moyens de production, de distribution et d’échange. C’est un système global dont l’activité repose sur la mise en concurrence des acteurs économiques. […] Le capitalisme est présenté comme le système idéal, optimal, et pourtant 8 millions de personnes meurent tous les ans car elles n’ont pas accès à l’eau potable, autant de personnes meurent de faim, et on estime à plus de 3 millions les victimes de maladies que l’on sait parfaitement soigner » (Paris-luttes.info, Victimes du capitalisme : un devoir de mémoire, 2018) [lien]

16. « Des dizaines de milliers d’enfants victimes des trafics humain se retrouvent dans les villes du pays ou dans celles des pays voisins pour y être exploités dans la rue, dans des bordels ou dans des champs de coton » (Walk Free, Trente millions d’esclaves dans le monde, 2013) [lien]

17. « Au moins 40 000 enfants travaillent dans les mines en RDC, selon plusieurs ONG, qui dénoncent l’exploitation éhontée des creuseurs congolais. » (Radio Canada, du sang dans nos cellulaires, 2019) [lien]

18. « « Je passais 24 heures d’affilée dans les tunnels. J’arrivais le matin et repartais le lendemain matin… Je devais me soulager dans les tunnels… Ma mère adoptive voulait m’envoyer à l’école, mais mon père adoptif était contre, il m’exploitait en m’envoyant travailler dans la mine. » » (Amnesty International, Le travail des enfants derrière la production de smartphones et de voitures électriques, 2016) [lien]

19. « Brazil’s coffee industry has serious problems with working conditions that are analogous to slavery, life-threatening pesticides and scarce protective equipment » (Danwatch, Bitter Coffee, 2016) [lien]

20. « Over a period of five years, 89 million people experienced some form of slavery – whether for a few days or several years. These numbers represent people held in debt bondage on fishing boats, against their will as domestic servants, trapped in marriages they never agreed to, and numerous other abuses » (Global Slavery Index 2018) [lien]

21. « Les différences entre esclavage salarié et esclavage tout court s’amenuisent de jour en jour : généralisation du travail forcé, nombre croissant d’entreprises intermédiaires de placement (y compris au niveau international) qui ôtent aux travailleurs la possibilité de décider à qui vendre leur force de travail, qui les dépossèdent de cette propriété, recours de plus en plus systématique au crédit à la consommation par lequel le prolétaire se voit contraint de renoncer à percevoir directement son salaire, que ce soit au profit de son créditeur ou d’une « banque neutre », transferts de main-d’œuvre avec l’accord des gouvernements des pays concernés (« China export »)… Tous ces exemples sont des moyens pour le capital d’effacer les différences existant entre les deux formes d’esclavage. » (Socialisme libertaire, De l’esclavage au salariat, deux facettes d’une même exploitation, 2018) [lien]

22. « J’affirme que le prix que vous avez payé n’était pas le prix pour devenir humain. Ce n’était même pas le prix pour l’acquisition de tous les avantages que vous avez mentionnés. C’est le prix que vous avez payé pour jouer un rôle dans une histoire qui fait de l’humanité l’ennemie du monde vivant » (Daniel Quinn, Ishmael)

23. Mr Mondialisation, Ayoreo, le peuple amérindien expulsé de ses terres pour produire de la viande, 2020 [lien]

24. Anne-Sophie Blanc, Les Samis face à la menace industrielle, 2018 [lien]

25. Unicorn Riot, Black Snake Killaz : A NoDAPL Story, 2017 [lien]

26. Mr Mondialisation, Maxima Acuna, la péruvienne qui fait front aux multinationales, 2017 [lien]

27. Mr Mondialisation, Brésil : un nouveau projet de loi menace l’Amazonie et ses peuples, 2020 [lien]

28. BureBureBure, Repression [lien]

29. Mr Mondialisation, Peuple Mapuche et industrie forestière : des assassinats a répétition qui questionnent, 2019 [lien]

30. Futura Planète, Biodiversité : la moitié des orques est menacée de disparition, 2018[lien]

31. « La montée du niveau des mers provoque déjà la migration des populations des espaces insulaires du Pacifique et d’Océanie ainsi que des zones côtières de basse altitude régulièrement inondées. » (National Geographic, 143 millions de personnes pourraient bientôt devenir des réfugiés climatiques) [lien]

32. Derrick Jensen, Lierre Keith, Aric McBay, Deep Green Resistance, un mouvement pour sauver la planète, 2018. [lien]

 

 

IV. STRUCTURE ET VALEURS DU SYSTÈME ↑

1. « Le mot «industrialisme» veut donc signifier notre assujettissement aux logiques de l’industrie bien au-delà des espaces de travail » (Rebellyon, Qu’est-ce que l’industrialisme ?, 2013) [lien]

2.« Les raffineries fournissent le carburant nécessaire au transport routier, mais aussi aux trains qui approvisionnent en charbon les principales centrales électriques. Or, ces dernières, qui fournissent 30% de l’électricité de Grande-Bretagne, 50% des États-Unis et 85% de l’Australie, ont en moyenne 20 jours de réserves de charbon. Mais sans électricité, il est impossible de faire fonctionner les mines de charbon et les oléoduxs ! Impossible aussi de maintenir les systèmes de distribution d’eau courante, les chaïnes de réfrigération, les systèmes de communication ou les centres informatiques et bancaires… »(Pablo Servigne, Raphaël Stevens, Comment tout peut s’effondrer, 2015) [lien]

3. « Goldin and Mariathasan assert that the current complexities of globalization will not be sustainable as surprises become more frequent and have widespread impacts. […] Goldin and Mariathasan demonstrate that systemic risk issues are now endemic everywhere–in supply chains, pandemics, infrastructure, ecology and climate change, economics, and politics. » (Ian Goldin, The Butterfly Defect, 2014) [lien]

4. « À l’origine, les différentes cultures se développent en lien avec les conditions environnementales, leurs éléments représentatifs étant une extension de la mémoire des peuples qui ont réussi à s’y adapter. C’est la signature d’un territoire. La colonisation a imposé une culture étrangère aux territoires et aux peuples, une culture homogène pour être en mesure de régner sur des environnements différents, aux cultures diversifiées. La culture impérialiste, perpétuant celle du colonialisme, ne tient pas compte des spécificités propres aux cultures organiques directement reliées au territoire. Elle concentre ses éléments, utilisant des outils de conquête, comme son système monétaire et marchand, vers ce qui offre une satisfaction immédiate, en oblitérant les conséquences à long terme. La financiarisation de l’économie, la militarisation et le contrôle des médias sont parmi ses outils de prédilection. » (Collectif d’À bâbord!. « À bâbord! numéro 79 – Les nouveaux habits de l’impérialisme. » 2019) [lien]

5. « La colonisation est un processus d’expansion territoriale et/ou démographique qui se caractérise par des flux migratoires se déroulant sous la forme d’une migration, d’une occupation plus ou moins rapide voire d’une invasion brutale d’un territoire. […] Les arguments avancés par les colonisateurs pour motiver la colonisation sont souvent le « développement de la civilisation » ou la « mission civilisatrice ». Ceci conduit à la création d’infrastructures, qui restent en place après la fin de la colonisation, l’exploitation d’un espace géographique, la mise sous tutelle et suivant le cas la domination économique, politique, culturelle, voire religieuse. » (Wikipedia, Colonisation) [lien]

6. « Les investissements financiers des entreprises du secteur productif ne cessent d’augmenter et représentent une part croissante de leurs bénéfices. Cela signifie que les profits issus de l’activité productive elle-même, en particulier dans les secteurs traditionnells comme l’automobile, tendent à devenir insuffisants et ne peuvent être étoffés que par le recours aux activités financières. » (Jérôme Baschet, Une juste colère, 2019) [lien]

7. Karl Marx, Le Capital — livre premier.

8. « On acquiert ainsi l’impression que la civilisation est quelque chose d’imposé à une majorité récalcitrante par une minorité ayant compris comment s’approprier les moyens de puissance et de coercition. » (Sigmund Freud, L’avenir d’une illusion) [lien]

9. « “Tout optimiser”, comme le propose et l’impose IBM, exige de supprimer les freins à l’efficacité : les imprévus et l’inconnu. Lisser les flux, abolir obstacles, frictions et frottements, assurer la fluidité totale de circulation — des marchandises, des informations, des foules — connaître en temps réel l’état des stockes — de marchandises et de main d’œuvre, de malades et de médicaments, et ainsi de suite. » (Frédéric Gaillard, PMO, L’industrie de la contrainte, 2011) [lien]

10. « parce qu’elle affiche les mêmes valeurs de hiérarchie, d’écrasement de l’adversaire, de nationalisme, de violence, et parce qu’elle organise une même recherche d’une productivité croissante, en termes de productivité du travail ici et de performances et de records. » (Sortir du capitalisme, Jeux olympiques, une institution capitaliste et une mystification idélogique, 2016) [lien]

11. « L’idée d’un progrès continu des conditions d’existence grâce au perfectionnement technique dissimule la la soumission des individus à des phénomènes qui s’imposent à eux, les rendant quotidiennement dépendants des nouvelles technologies et des satisfaction compensatoires qu’elles pourvoient.

Dans le cas de la science, la vision progresiste de l’histoire se berce encore de l’idée que toute avancée des connaissances est intrisèquement bonne, même quand dans l’immédiat elle est associée au pire. Il est pourtant urgent de comprendre que les dégâts induits par la frénésie scientifique sont souvent irréversibles. Principale responsable de leur multiplication, la technoscience ne pourra rien (ou si peu) face aux radiations, aux cyclones ou aux cancers, qui sont et resteront des catastrophes. Prétendre les résoudre par des solutions techniques revient à s’enfermer dans une fuite en avant absurde. Quand à l’idée d’une éventuelle réappropriation de cet ensemble technologique à des fins émancipatrices, elle paraît dans bien des cas aussi aberrante que celle de vouloir faire d’une aire d’autoroute un lieu de convivialité. » (Oblomoff, Un futur sans avenir, 2009) [lien]

12. « L’observateur objectif ne pourrait que conclure que puisque les fruits du Progrès sont si maigres, le prix par lequel ils ont été gagnés est beaucoup trop élevé, en termes sociaux, économiques, politiques et environnementaux et que ni les sociétés ni les écosystèmes du monde ne seront capables d’en supporter les coûts plus de quelques décennies supplémentaires, s’ils n’ont pas déjà été irrécupérablement endommagés. » (Kirkpatrick Sale, Le Mythe du progrès) [lien]

13. Wikipedia, Destinée manifeste [lien]

14. « La science moderne est donc une forme de connaissance tendanciellement réductionniste-mutilante, voire erronée lorsqu’il s’agit du vivant, idéologisante […], aux prétentions « réalistes » et totalisantes abusives, et aux velléités hégémoniques. Il ne s’agit pas de sortir du mode de connaissance scientifique, mais de remettre celui-ci à une juste place, celle d’une des formes de représentations du réel sensible » (Sortir du capitalisme, Pour une critique raisonnable du scientisme et du capitalisme technoscientifique, 2016) [lien]

15. « Les progrès des sciences ont toujours entretenu d’étroites relations avec ceux des techniques de guerre. Mais elle a connu un saut quantitatif et qualitatif décisif avec la Seconde Guerre mondiale. Aujourd’hui la plupart des recherches scientifiques servent avant toute chose à accroître la puissance militaire et économique, et non à faire avancer les connaissances. » (Oblomoff, Un futur sans avenir, 2009) [lien]

16. « Si la nomination est une distanciation, une maîtrise, il en est de même du nombre, qui est une nomination appauvrie. […] Observant ce passage de la qualité à la quantité, ce plongeon dans un monde fantomatique d’abstractions, Husserl en conclut que la science moderne, mathématique, nous empêchait de connaître la vie telle qu’elle est. […] Le nombre, qui était né de la dissociation d’avec le monde naturel, finissait par le décrire et le dominer. » (John Zerzan, Aux sources de l’aliénation, 1999)

17. « Les mathématiques systématisées — dans ce cas la géométrie, qui littéralement signifie la « mesure de la terre » — naquirent en fait des besoins de l’économie politique […] À Sumer apparurent les premier calculs mathématiques, entre 3500 et 3000 avant notre ère, sous la forme d’inventaires, d’actes de vente, de contrats, et de prix unitaires, nombre d’unités achetées, intérêts versés, etc. […] Les symboles numériques précèdent très probablement tous les autres éléments des formes d’écriture les plus anciennes ». (Ibid.)

18. Lewis Mumford, Le Mythe de la machine.

 

 

V. STRATÉGIES POUR RIPOSTER ↑

1. « La stratégie de campagne offensive, depuis sa position dominante, cherche à briser, au-delà de tous les succès individuels, la maîtrise qu’exerce son adversaire sur sa propre liberté d’action. Elle entend détruire la cohésion du dispositif de l’adversaire et, par là, sa faculté de résister plus longtemps à nos poussées. Clausewitz dit qu’elle cherche à ruiner la faculté de résistance de l’ennemi. » (Herbert Rosinski, La structure de la stratégie militaire, 2009) [lien]

2. « 3-53.Defensive operations are combat operations conducted to defeat an enemy attack, gain time, economize forces, and develop conditions favorable for offensive or stability operations. The defense alone normally cannot achieve a decision. However, it can create conditions for a counter offensive operation that lets Army forces regain the initiative. Defensive operations can also establish a shield behind which stability operations can progress. Defensive operations counter enemy offensive operations. » (Headquarters Department of the Army, Operations, 2008) [lien]

3. « La stratégie de campagne défensive s’efforce de conserver la maîtrise de sa position malgré les assauts ennemis. Elle tente de préserver sa propre cohésion et d’empêcher l’offensive ennemie de détruire son dispositif et sa maîtrise sur les mouvements adverses. Aussi longtemps qu’elle sera capable de faire ainsi, et qu’elle pourra s’opposer à tous les assauts qui se veulent décisifs, elle pourra endurer une longue suite de revers, elle pourra toujours continuer à exercer une stratégie efficace in being et s’opposer à l’effondrement total de sa résistance. »  Ibid.

4. « If we want to win, we need to innovate in our direct action strategy. Our current approach of lobbying, mass demonstrations, temporary and even long term action camps–while indispensable–is not sufficient to push the tar sands industry off the cliff they are hanging over. » (Stop Fossil Fuel, If It’s a Movement, It Has to Move: guerrilla strategy for activists) [lien]

5. À propos du MEND : « In the Niger Delta, militant resistance has shuttered 10-40% of the country’s oil extraction since 2006, an impact unmatched in the history of the environmental movement. » (Stop Fossil Fuel, Cascading Failure) [lien]

6. Aric McBay, Full Spectrum Resistance [lien]

7. « Ces difficultés, il les vaincra grâce à son pouvoir d’imagination et à sa capacité créatrice, qui sont indispensables s’il veut mener à bien sa tâche de révolutionnaire » (Carlos Marighela, Manuel du Guérillero urbain)

8. (Stop Fossil Fuel, The Art of Guerilla Warfare: excepts for activists) [lien]

9. « Initiative gives all operations the spirit, if not the form, of the offense. It originates in the principle of the offensive. The principle of the offensive is not just about attacking. It is about seizing, retaining, and exploiting the initia- tive as the surest way to achieve decisive results. It requires positive action to change both information and the situation on the ground. Risk and opportunity are intrinsic in seizing the initiative. To seize the initia- tive, commanders evaluate and accept prudent risks. Opportunities never last long. » (Headquarters Department of the Army, Operations, 2008) [lien]

10. « The superior mobility, however, is not absolute, but relative—i.e., the use of railway systems, the possession of large numbers of motors, lorries, armoured cars, tanks, etc., of large forces of cavalry, etc. By the judicious selection of ground, however, and by moves in darkness to secure surprise, the guerrillas can enjoy relatively superior mobility for the period necessary for each operation. » (Stop Fossil Fuel, The Art of Guerilla Warfare: excepts for activists) [lien]

11. « A-15. Surprise is the reciprocal of security. It is a major contributor to achieving shock. It results from taking actions for which the enemy is unprepared. Surprise is a powerful but temporary combat multiplier. It is not essential to take enemy forces completely unaware; it is only necessary that they become aware too late to react effectively. » (Ibid.)

12. « Lorsque l’ennemi est uni, divisez-le ; et attaquez là où il n’est point préparé,en surgissant lorsqu’il ne vous attend point. Telles sont les clefs stratégiques de la victoire, mais prenez garde de ne point les engager par avance » (Sun Tzu, L’art de la guerre) [lien]

13. « Les réseaux d’approvisionnement et les systèmes financiers fonctionnent sur un socle physique : les réseaux d’infrastructures, qui sont eux aussi de plus en plus sophistiqués et interconnectés. Il s’agit des réseaux de transport routier, maritime, aérien ou de chemin de fer mais aussi les réseaux électriques et de télécommunications (dont internet). Ces infrastructures physiques sont les grands piliers de nos sociétés, et sont (ô surprise !) également sujettes à des risques accrus de vulnérabilité systémique. […]

Il y a trois grandes catégories de risques qui menacent la stabilité d’un système complexe : les effets de seuils (phénomènes de « tout ou rien »), les effets en cascade (« de contagion »), et l’incapacité du système à retrouver un état d’équilibre après un choc (phénomènre d’hystérésis).[…]

Par ailleurs, de nombreux réseaux de transport, d’électricité et de distribution d’eau dans les pays de l’OCDE ont plus de 50 ans d’existence (dans certains cas plu d’un siècle) et donctionnent déjà au-delà de leurs capacités maximales. » (Pablo Servigne, Raphaël Stevens, Comment tout peut s’effondrer, 2015)[lien]

14. BFMTV, « Il n’y aura pas d’emploi sur une planète morte », 2018 [lien]

15. Tweet de Cécile Duflot, 2019 [lien]

16. Oxfam France, Sortie du charbon : Crédit Agricole montre la voie, les autres banques à la traîne, 2019 [lien]

17. « L’eurodéputé écologiste Yannick Jadot a proposé aujourd’hui un investissement de « 100 milliards d’euros » par an à l’échelle européenne dans les énergies renouvelables, pour dépendre « du vent du soleil et de l’eau » plutôt que « de Poutine et des pétromonarchies du Golfe ». » (Le Figaro, Ecologie : Jadot propose 100 milliards d’euros d’aides de l’Europe, 2018) [lien]

18. « L’efficacité énergétique est un pilier de la lutte contre le changement climatique et de la souveraineté énergétique. C’est également une composante importante de la politique sociale et de création d’emplois non délocalisables. » (Yannick Jadot, Concernant les Directives énergies renouvelables et efficacité énergétique, 2018) [lien]

19. Reporterre, Comment Cyril Dion et Emmanuel Macron ont élaboré l’assemblée citoyenne pour le climat, 2019 [lien]

20. Floraisons, Libéral VS Radical [lien]

21. La résistance au train n’est pas nouvelle et fait partie de l’histoire (effacée) du luddisme en France, comme le rappelle François Jarrige : « Le chemin de fer apparaît comme le symbole de la nouvelle société industrielle. Derrière le train, on dénonce la concentration du capital, la centralisation des lieux de pouvoir. […] En février 1848, les attaques contre le train se multiplient autour de Paris. […] Des cortèges d’émeutiers plus ou moins organisés longent les voies et incendient les installations. […] “Il règne parmi les population des environs de Paris une grande hostilité contre les chemins de fer ; de là vient qu’on trouve parmi les individus impliqués dans ces actes coupables, bon nombre de cultivateurs ou d’artisans sans reproche jusque là” […] En s’imposant comme la condition de réalisation d’une société d’abondance et de paix généralisée, le chemin de fer a non seulement été exclu de la sphère du débat démocratique mais il en est même devenu l’une des conditions de possibilité. » (François Jarrige, Refuser de se laisser ferrer. Les luddites en France)

22. « In this example, transformers are the most effective target for disrupting an electricity supply. They score high on criticality; ease of accessing, recognizing, and damaging them; and difficulty for the system to recover from damage. » (Stop Fossil Fuels, Disrupting Bulk Electric Power Supply) [lien]

23. Metro, Gatwick drone chaos cost the airport £1,400,000, 2019 [lien]

24. « Global infrastructure networks are the Achilles heal of the great powers. They form the basis of our wealth and our daily function yet remain extremely vulnerable. It’s then little wonder that next generation terrorists, in the form of global guerrillas, will focus their efforts on the destruction of this global infrastructure. » (Gobal guerrilla, Cascading system failure, 2004) [lien]

25. « The almost simultaneous failure of two power generators, which took nearly 2GW offline, was presented by National Grid as so unusual an event that it triggered automated emergency shutdowns to balance supply and demand » (The Consciousness of sheep, The shape of things to come) [lien]

26. « Yet a cascade is extremely difficult to stop. Electrical engineers have warned that “it is impossible to secure the whole system,” » (The MIT Press reader, When the Lights Went Out: On Blackouts and Terrorism, 2019) [lien]

27. « En cas d’incident de grande ampleur, des actions, tant automatiques que manuelles, sont mises en œuvre pour éviter un écroulement total du réseau (black-out) et faciliter la reconstitution du système. Il s’agit alors d’actions de conduite exceptionnelles qui peuvent inclure le recours au délestage (interruption volontaire et maîtrise de l’alimentation en électricité de zones ponctuelles pour préserver l’intégrité globale du réseau de transport d’électricité). » (RTE, Pour comprendre) [lien]

28. Lights Out—electric grid & substations: vulnerability & ways they might fail [lien]

29. « Ces deux zones géographiques sont déficitaires en moyens de production et ont en commun d’être alimentées comme des péninsules électriques par le réseau électrique national. A cette situation, s’ajoutent des taux de croissance de la consommation importants qui tendent rapidement à saturer les capacités de transit des réseaux existants, avec le risque fort de ne plus pouvoir satisfaire la demande lorsqu’un élément du réseau ou un groupe de production est indisponible. » (RTE, Dossier de presse, 2014) [lien]

30. Les Echos, Electricité : pourquoi le réseau européen a connu une faiblesse, 2019 [lien]

31. APR News, Kosovo : Un problème d’électricité affecte des horloges en Europe, 2018 [lien]

32. « Les réseaux d’électricité européens sont interdépendants et un manque de production dans un pays, même temporaire, peut se traduire par une coupure chez ses voisins » (France Inter, Comment la France a échappé de peu à un black-out électrique, 2019) [lien]

33. « A scale-free network is one that obeys a power law distribution in the number of connections between nodes on the network […] Scale-free networks are extremely vulnerable to intentional attacks on their hubs. Attacks that simultaneously eliminate as few as 5-15% of a scale-free network’s hubs can collapse the network. Simultaneity of an attack on hubs is important. Scale-free networks can heal themselves rapidly if an insufficient number of hubs necessary for a systemic collapse are removed. » (Gobal guerrilla, Scale-free networks, 2004) [lien]

34. Stop Fossil Fuels, Shooting Transformers Disables Substations [lien]

35. « Mashaba said the transformer appeared to have been « maliciously damaged so that it would leak oil onto the fire ». » (News24, WATCH: City Power suspects ‘deliberate acts of sabotage’ after Eikenhof substation blast) [lien]

36. Surveillance Self-defense [lien]

37. Ecodefense: A Field Guide to Monkeywrenching [lien]

 

 

VI. ACTION À VISAGE DÉCOUVERT ↑

1. Derrick Jensen, Lierre Keith, Aric McBay, Deep Green Resistance, un mouvement pour sauver la planète, 2018. [lien]

2. J-Terre, Le Retour du J-Terre | Juin 2019 [lien]

3. Infokiosques, Face à la police / Face à la justice [lien]

4. Green is the new red, 6 Lessons From How the FBI and Media Treat Militia Groups [lien]

5. « Dans la pratique, les lois et procédures antiterroristes françaises minent le droit à un procès équitable des personnes poursuivies pour terrorisme. » (Human Rights Watch, La justice court-circuitée, Les lois et procédures antiterroristes en France, 2008) [lien]

6. La Quadrature du Net, Censure [lien]

7. Service Public, Apologie du terrorisme [lien]

8. Jérôme Baschet, Une juste colère, 2019 [lien]

 

 

 

7 Comments
  • chataignier
    Posted at 14:56h, 19 mars Répondre

    Bravo a vous pour ce travail essentiel de clarification

  • madrumo
    Posted at 12:11h, 26 mars Répondre

    J’ai une position beaucoup plus nuancée sur la science (très probablement parce que je suis moi-même scientifique), et ce faisant, aussi sur ce qu’on appelle le progrès (et ce faisant rebondir sur la low-tech donc vous parlez).

    La science repose sur la méthodologie scientifique pour que ses découvertes et applications soient solides. Cela nécessite des outils qui permettent de vérifier, prouver et modéliser ces travaux. Les mathématiques (et pourtant ohlala qu’est-ce que je déteste ça), ce sont un de ces outils. On pourrait adopter un discours primitiviste et penser que la vie était mieux sans, mais ce serait appliquer un biais d’oisiveté et de simplicité à des modes de vie dont on a l’heure actuelle pas vraiment d’infos. Pour ne pas avoir de soucis de quantifier ce dont on a besoin, il faut pouvoir vivre dans une société d’abondance, et c’est faisable soit dans un milieu extrêmement foisonnant en fruits, gibier (par exemple les forêts tropicales), soit par le biais d’une technologie capable d’assurer une telle abondance. C’est d’ailleurs le postulat du communisme libertaire : on recense les besoins de la communauté, et on produit ce qu’il faut. Si il y a de l’abondance, prise au tas et pas de quantification. S’il n’y a pas abondance, rationnement et attribution à qui en a le besoin. Quantifier permet aussi d’éviter la surproduction. D’évaluer notre impact sur notre environnement et de pouvoir l’ajuster : bref de procéder à de l’écologie scientifique en y intégrant l’humain dans son étude. C’est le postulat de l’écologie sociale et c’est notamment ce qui est théorisé dans le bouquin « Au delà de la rareté : l’anarchisme dans une société d’abondance de Bookchin ».

    La science, c’est ce qui a permis la conscientisation écologiste. Déjà, en montrant que la terre n’est pas le centre du monde. En montrant que l’homme est un animal comme les autres. En montrant l’extraordinaire diversité de la vie par ses inventaires, mais aussi son incroyable richesse et complexité. Sans cette remise en contexte, l’humain fera comme toutes les espèces et privilégiera ses congénères, sauf que là y’a pas la niche écologique qui régule. La science, c’est ce qui doit permettre cette auto-régulation (si on veut pas entrainer le reste de la vie dans une régulation catastrophique, j’entends).

    La science, et les sciences humaines en particulier, c’est ce qui permet d’envisager d’autres modes d’organisation, en approfondissant ce qu’on sait sur les relations sociales entre humains. C’est plutôt encourageant d’ailleurs que les sciences humaines et sociales, et notamment la sociologie et la psychologie sociale, valident les principes anarchistes pour l’obtention d’une société efficiente. C’est l’inverse de ce que les autoritaires et productivistes prétendent justifier par la science.

    Enfin, la science est un outil. Les dérives scientistes, la domination justifiées par la science, se font justement quand la méthodologie scientifique n’est pas appliquée, que ce soit consciemment ou via des biais cognitifs (merci la psycho et la psycho sociale pour essayer de nous en prémunir d’ailleurs lorsque c’en est néfaste). Le scientisme, c’est nier notamment la subjectivité que mettent en lumière les sciences humaines en prétendant qu’on peut tout rationaliser. C’est le contraire de ce que montrent les sciences humaines : ce qu’on justifie comme « rationnels » est bien souvent un biais idéologique.

    La science est un outil, toujours. Elle ne doit pas dicter une politique ou un mode de vie, mais être à disposition de la communauté pour lui permettre (démocratiquement et anarchiquement) de prendre ses décisions, de s’organiser. Consultatif, non prescriptif.

    Et pour le progrès, pareil. Le progrès en lui même n’est pas mauvais, la finalité qu’on veut lui attribuer et les contraintes ou non qu’on veut lui appliquer peuvent l’être. Si on pose que la technologie doit être contrainte par l’écologie et la démocratie directe, on peut très bien développer une technologie utile à la communauté (notamment pour arriver à une société d’abondance et réduire au maximum le temps de travail, libérant le temps pour la gestion collective de la communauté, le plaisir des arts, de la science ou de la glande). Ca rejoint un peu la low-tech dont vous parlez.

    Moi qui suis chimiste, p’tet qu’un jour j’exposerai comment je vois la chimie dans un tel contexte et les outils qu’on a pour y arriver, à cette anarchimie (oui j’aime les jeux de mots aussi).

    Bon ce com est beaucoup trop long, désolé 😡

    (P’tet que la prochaine fois je ferai un répondeur plutôt que de balancer des pavés écrits )

    • Lucho
      Posted at 10:50h, 30 avril Répondre

      Je me permet une petite réponse toute personnelle sur quelques points :
      – « La science est … » si la science est une méthode et un outil, elle n’a pas de volonté propre. Lui attribuer une découverte ou une avancée n’a que peu de valeur. On peut tout aussi bien lui mettre sur le dos le développement de l’armement, des techniques de torture, des stratégies de contrôle et domination…
      – La domination justifiée par la science est une stratégie rhétorique, qui utilise des arguments scientifiques (qui peuvent être tout à fait vrais scientifiquement parlant) pour donner l’illusion d’une objectivité dans l’exploitation instituée : ce qui était un choix politique devient une réalité « scientifique ». La science n’est pas en cause, elle n’est encore une fois utilisée qu’en tant qu’outil. Quand bien même le scepticisme et l’étude des biais cognitifs permet de nous en prémunir, ils nos biais sont également utilisés contre nous, ils n’en sont pas la cause première.
      – Concernant le « progrès », le problème réside évidement dans sa définition : par abus de langage, ce terme est employé pour l’expansion d’un modèle d’exploitation du vivant qui ne bénéficie qu’à une minorité.
      Notre société actuelle repose sur un attirail technologique considérable développé à l’aide d’une méthologie scientifique. Le problème n’est ni dans la méthode, ni dans la technologie : il est dans le choix initial (ou plutôt, l’absence de recul) lors du développement d’outils nous dépassant complètement. Ironique, pour des scientifiques, de passer autant de temps à réfléchir à « comment ? » et si peu à questionner le « pourquoi ? ».
      Je suis « scientifique » également. Force est de constater que la majorité d’entre nous n’est utilisé que pour entretenir notre système de façon optimale.

  • Pingback:Retraite OKLM #20 |
    Posted at 17:57h, 03 avril Répondre

    […] au-delà de cela, un podcast que mon frère m’a partagé me permet d’intégrer quelque chose dont j’avais déjà… : « Pour ceux d’entre nous qui ne peuvent pas monter au front — et ce sera la plupart […]

  • Nelson
    Posted at 23:49h, 16 avril Répondre

    Merci pour ce podcast et globalement pour le travail fournit sur ce super blog. Je me permets d’adresser quelques critiques constructives.
    En tant qu’ingénieur agronome militant pour une agriculture décarbonnée, biologique et locale, je trouve bien dommage que vous condamniez l’agriculture en tant que telle. Des agro-éco-systèmes vertueux existent déjà, et d’autres sont encore à inventer. Dans ce cas, l’agriculture (et l’élevage !) ne signifient pas « s’accaparer le terrain » mais « faire avec » et « co-évoluer » avec le vivant. On parle de « biodiversité cultivée » qui malheureusement subit elle aussi l’érosion produite par l’industrialisation et la simplification capitalistique.
    Par ailleurs, j’ai trouvé que l’usage et la condamnation du concept de civilisation en lui-même est un peu flou et donc peu opérant.
    Enfin j’ai trouvé un peu dommage le ton condescendant employé pour qualifier les luttes syndicales, institutionnelles ou la création de cultures alternatives. C’est contre-productif et contradictoire avec la complémentarité des tactiques que vous prônez avec justesse.
    Vive l’anarchie, l’écologisme et le féminisme !

  • Thierry
    Posted at 23:45h, 24 mai Répondre

    Une bibliographie sur l ‘écologie radicale sans Bookchin, c’est comme si on traitait du communisme sans citer Marx.
    « Si nous ne nous confrontons pas à l’impossible, nous serons mis face à l’impensable » M. Bookchin.  » Bookchin est à Marx ce que Einstein est à Newton » Robin Clarke.

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