La critique de la Civilisation (avec Nicolas Casaux)

La critique de la Civilisation (avec Nicolas Casaux)

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Entretien avec Nicolas Casaux sur la critique de la civilisation et de la technique. Nicolas est auteur et traducteur pour le site Le Partage, qui publie des analyses consacrées à l’écologie, l’activisme, l’histoire et la civilisation industrielle. Nicolas a aussi traduit des livres aux Éditions Libre.

 

 

Présentation de Nicolas Casaux

Politisation

Nicolas Casaux commence sa politisation en étudiant la théorie anarchiste « classique » avec des amis. Il découvre ainsi la critique du monde des médias de masse dans les sociétés industrielles (Chomsky, Herman, Pilger). L’idée lui vient donc de créer une sorte de « contre-média » ou média « alternatif » pour proposer d’autres analyses. C’est comme ça que nait le blog Le Partage. Plus tard il se passionne pour l’éco-anarchisme, ou écologie libertaire, ainsi que la critique anti-industrielle ou techno-critique. Il cite notamment les Éditions La lenteur, Bertrand Louart, PMO, Éditions l’Échapée, etc. Le blog Le Partage s’est peu à peu orienté vers ce qu’il appelle la critique socio-écologique radicale. De fait, on ne devrait jamais discuter de l’écologie et du social séparément.

Les anarchistes naturiens

Plus récemment Nicolas fait la découvert des anarchistes naturiens. On peut citer Émile Gravelle et Henry Zisly pour la fin du 19e siècle. Ces auteurs ne font pas partie des figures anarchistes grand public comme Proudhon, Bakounine, Kropotkine. Les naturiens avaient beaucoup de points communs avec les autres anarchistes. On peut les considérer comme précurseurs de la critique de la civilisation actuelle. Préoccupés par l’écologie, ils reprochaient à leurs camarades certaines croyances. La foi dans les progrès techniques du machinisme et au développement des forces productives est courante chez les anarchistes. Pour les naturiens, il n’y a pourtant rien à attendre d’un tel système. Leur objectif visait plutôt à se libérer de l’asservissement des machines.

 

Gravelle, Zisly et les anarchistes naturiens contre la civilisation industrielle

 

La critique de la civilisation

Qu’est-ce que la civilisation ?

Derrick Jensen est associé à un courant qu’on dit « anti-civilisation » aux États-Unis. Ce courant est quasiment inexistant en France. Cependant les anarchistes naturiens, à leur époque, avaient entamé la critique de la civilisation. Ils voulaient se débarrasser de l’assujettissement des humains à l’État et un système socio-technique autoritaire et nuisible. On peut faire remonter la critique de la civilisation à des philosophies plus ancienne comme le taoïsme, ou plus largement à tous les peuples qui ont résisté et se sont battus contre la civilisation. Il se pourrait que la critique de la civilisation soit une pratique millénaire aussi ancienne que la civilisation elle-même.

Nicolas fait un bref rappel de l’histoire du mot civilisation, dans quelles sociétés il a été inventé, à l’origine pour désigner l’état d’avancement atteint par les élites pour les différencier des classes inférieures. Ce mot sert à distinguer les classes supérieures, les sociétés supérieures, jusqu’à la justification de la suprématie, de la mission civilisatrice, de la colonisation, etc. La civilisation est un long mouvement encore en cours de standardisation de l’humanité qui commence avec les premières cités-États en Mésopotamie. Avec la sédentarisation, les premiers États et villes, amorcent le début de l’urbanisation du monde. Les villes s’accompagnent d’entassements d’êtres humains, de démesure, de hiérarchies, de destructions environnementales.

Ce serait idiot de prétendre qu’avant la civilisation c’était le paradis, tout comme il est absurde de dire que c’était l’horreur. Le quotidien des peuples appelés « chasseurs-cueilleurs » est différent des stéréotypes et clichés associés de famine, de violence et de misère. Il ne s’agit pas d’idéaliser les sociétés dites « primitives » qui avaient et ont leurs propres conflits, mais leur réalité est très loin de l’image sombre et dramatique qui est véhiculée par la culture dominante.

 

Une analyse sociale et écologique

Sur le plan social, les masses des humains sont exploitées et asservies par un système qu’elles ne contrôlent pas et qui les domine. Il y a une dépossession du pouvoir des individus et des communautés, rendu·es impuissant·es et esclaves du capitalisme. Pour les anarchistes naturiens, il n’y a pas d’organisation démocratique possible sans la bonne « mesure », la question de la taille est importante. On ne peut pas organiser un État-Nation comme on organise une commune. Voilà pourquoi ils et elles proposent de démanteler cette société démesurée et inhumaine. L’objectif étant de retrouver du pouvoir sur nos vies dans des sociétés à échelle humaine.
Sur le plan écologique, ces sociétés démesurées font des dégâts terribles sur toute la planète. Elles provoquent actuellement la sixième extinction de masse. Ce système ravage tout sur son passage, les écosystèmes, les océans, les sols et les forêts.

Que ce soit l’exploitation des humains et la destruction de l’environnement, tous ces phénomènes font système, ils constituent les deux faces d’un même problème écologique et social. Si on reconstituait des sociétés « à échelle humaine », on pourrait retrouver du pouvoir sur nos vies et potentiellement établir des sociétés démocratiques. De la même manière, en contrôlant ces sociétés, on pourrait faire en sorte qu’elles ne soient pas destructrices du monde vivant.

 

Une analyse critique de la technique

Les anarchistes du courant naturien reprochaient aux autres anarchistes de croire aux promesses du progrès technique et du machinisme au point d’en faire la condition de l’émancipation. Des courants marginaux de gauche ont reformulé ces critiques naturiennes tout au long de l’histoire. Par exemple, Georges Orwell confrontait les anarchistes mais qui adorent la technologie. Trop souvent ils souhaitent juste que les moyens de production technologiques changent de propriétaire. Plutôt que d’être entre les mains d’une classe capitaliste, ils devenir ainsi une possession en commun. Toutefois la nature de certaines technologies fait qu’elles impliquent et qu’elles appellent un certain ordre social. Elles appellent une certaine hiérarchie. Pour résumer, il n’est pas possible techniquement de s’organiser de manière parfaitement démocratique tout en continuant de produire telle ou telle technologie.

À croire certaines personnes, le problème ne serait ni la voiture, ni les téléphones portables, etc. mais seulement la façon dont on s’en sert. Cependant il n’y a pas 36 manières différentes de fabriquer une voiture ou des téléphones portables. C’est à dire qu’il faut des matériaux, des processus de fabrication à respecter, une organisation bien spécifique du travail, des ingénieurs, des infrastructures, des machines. Ainsi on voit apparaître un gigantesque appareil de production qui a beaucoup d’implications sociales et environnementales, autant des prérequis qui n’ont rien de « neutre ».

 

L’exemple des panneaux solaires

Prenons l’exemple du panneau solaire photo-voltaïques, invention supposée géniale et à même de nous sauver. L’argument souvent avancé est que le silicium – et le soleil – sont présents en grande quantité. Premièrement, le silicium n’existe pas à l’état naturel et l’industrie doit d’abord l’extraire. Cela requiert des machines et des procédés très énergivores, notamment dans des fours qui consomment beaucoup de charbon. Deuxièmement, sur le plan social, il faut des gens pour travailler dans ces usines et exploitations minières, donc il faut le capitalisme et que des gens soient contraints de vendre leur temps de vie à ce système. Une technologie comme celle-ci n’a rien de « neutre », pose plein de problèmes et nécessite une infrastructure qui constitue tout un désastre social et écologique en soi.

Et enfin troisièmement « pourquoi faire » ? Qu’est-ce que va alimenter l’énergie produite par ces panneaux solaires ? L’électricité alimentera d’autres appareils, eux-mêmes issus du même système, qui eux-mêmes auront nécessité que des gens soient contraints de vendre leur temps de vie, etc.

 

Techniques démocratiques et autoritaires

Le sociologue L’historien Lewis Mumford parlait ainsi de techniques autoritaires et techniques démocratiques. Certaines technologies sont tout à fait compatibles avec des modes de vie égalitaires et anarchistes. Mais d’autres, comme l’avion, sont très différentes. Comme l’observe Orwell, « la suite d’opérations qu’implique la fabrication d’un avion est si complexe qu’elle suppose nécessairement une société planifiée et centralisée, avec tout l’appareil répressif qui l’accompagne », ce qui est incompatible avec une société anarchiste.

Langdon Winner, The whale and the reactor, critique de la technique

Pour Langdon Winner, dans La baleine et le réacteur, « en examinant les structure sociales qui caractérisent l’environnement des systèmes techniques, on découvre que certains appareils et certains systèmes sont invariablement liés à des organisations du pouvoir et de l’autorité ». En effet certaines technologies appellent une certaine organisation du travail et de la société, de la même manière qu’une voiture a besoin de roues pour rouler. En d’autres termes : « Quand on choisit une technologie, on choisit une politique ». Il ne peut pas y avoir de société hautement technologique et démocratique. C’est pourquoi nous devons viser des sociétés fonctionnant uniquement sur des technologies douces ou « basses ». Il nous faut des technologies « appropriées » aux modes de vies que l’on vise, que ce soit la démocratie, l’anarchie, etc.

Le système technologique est un désastre

La production de tous ou de la plupart des appareils hautement technologiques implique des nuisances environnementales. Cette production repose très souvent sur l’extraction et l’obtention de minerais qu’on trouve rarement sur une zone géographique assez circonscrite. C’est grâce au commerce international qu’on peut produire et assembler un panneau solaire ou un téléphone portable.

D’un côté, la division internationale du travail est extrêmement dommageable pour l’environnement. Et de l’autre elle est trop complexe pour qu’on l’organise de manière démocratique et non-hiérarchique. Il est déjà difficile de s’organiser de manière démocratique à l’échelle d’une maison ou d’un village. De surcroît à l’échelle du monde ! On voit donc que le système hautement technologique est une gigantesque machine à polluer. Cette machine embarque les humains et implique une division du travail et le capitalisme. Peu importe le bout par lequel on examine ce système, il constitue un désastre à tous les niveaux. On le constate tant sur le plan social que sur le plan écologique.

 

Quelques conseils de lecture

 

Pourquoi traduire ?

Est-ce qu’il y aura des production de livres dans des sociétés post-civilisation ? Peut-être. Difficile de savoir si le livre est une technique démocratique ou pas, en tous cas ce n’est pas une technique essentielle. De nombreuses cultures font appel à la tradition orale et à la mémoire.

 

Inventing western civilization, critique de la civilisation

Pour Nicolas, aujourd’hui ce qui est plaisant dans le fait de traduire des livres, c’est surtout de rendre disponibles des idées. Diffuser des connaissances, de nouvelles analyses et perspectives. Zoos, le cauchemar de la vie en captivité de Derrick Jensen est à ce jour sa traduction préférée. Au travers de l’angle du zoo, l’auteur arrive a montrer que zoos et civilisation sont liés, et que cette dernière est une nuisance dans son ensemble. Nicolas est maintenant occupé à traduire Inventing western civilization, un ouvrage qui explore la notion de civilisation. Il étudie dans quel contexte elle est née et quelles critiques ont été formulées. Nicolas aimerait plus tard traduire les livres Endgame de Derrick Jensen, dont quelques extraits sur déjà disponibles sur le blog Le Partage.

 

Pour une critique anarchiste de la société industrielle

La liberté dans un monde fragile, écologie et pensée libertaire, José Ardillo

 

Nicolas recommande une lecture pour les personnes qui ont déjà une sensibilité anarchiste. Il s’agit de La liberté dans un monde fragile de José Ardillo. L’auteur est issu du milieu anarchiste et propose une critique du corpus anarchiste traditionnel en tant qu’anarchiste lui-même. Il essaye de montrer en quoi l’anarchisme classique présente des erreurs d’analyses sur la société industrielle.

 

 


 

RÉFÉRENCES

 

ARCAN Bernard, Les Cuivas [lien]

ARDILLO José, La liberté dans un monde fragile [lien]

GELDERLOOS Peter, Comment la non-violence protège l’État [lien]

GIBS Jeff, Planet of the Humans [lien]

Gravelle, Zisly, et les anarchistes naturiens contre la civilisation industrielle [lien]

HERMAN Edward, CHOMSKY Noam, La Fabrication du consentement

JENSEN Derrick, Endgame

JENSEN Derrick, Zoos, le cauchemar de la vie en captivité

Le Partage [lien]

PATTERSON Thomas, Inventing western civilization

STRAUSS Ilana, Does Medicine Acutally Make People Live Longer? [lien]

WINNER Langdon, La baleine et le réacteur

 

9 Comments
  • riot
    Posted at 21:39h, 09 septembre Répondre

    Plusieurs choses.
    – Opposer « chasseurs-cueilleurs » a « civilisation » est un procédé colonial. Depuis 1966 et la conférence Man the Hunter (et sa critique féministe Woman the Gatherer), il est clair que, 1) chasseurs-cueilleurs est une catégorie trop réductrice, la diversité des pratiques de production sont trop importantes pou faire une telle dichotomie 2) peu de « ces » peuples n’ont eu aucun contact avec une « civilisation » (les !Kung un gros sujet de débat, était a la fois en état de semi-servage, et d’autonomie selon les groupes) 3) il y a des civilisations ou des héritages chez des peuples sans états (on peut penser aux Mayas, qui existent encore, aux peuple iroquois, et aux diverses civilisations africaines).
    – Lewis Mumford ne produit ni un travail sociologique, ni n’est un sociologue de formation
    – La théorie de Winner est bien plus complexe que « technologie = politique ». Il dit, comme indiqué rapidement, que certaines techniques (et oui, ne traduisons pas trop vite « technology » en « technologie », ces mots ne sont pas équivalent, monsieur le traducteur) peuvent s’intégrer a ou intégrer des systèmes sociaux. Il ne dit donc pas que « quand on choisit une technologie, on choisit une politique ». Il écrite son projet, dans Les objets techniques font-ils de la politique?, “il faut maintenant examiner et évaluer l’idée selon laquelle cette flexibilité-la est impossible pour certaines sortes de techniques et, donc, choisir ces techniques signifie opter irréversiblement pour une forme donnée de vie politique”. Il y a donc deux nuances, l’une qui est qu’il annonce ici le travail qu’il va faire, et dont il faut évaluer s’il est bien fait ou non (indice, c’est une affirmation d’un déterminisme critiquable et critiqué, pour un tour d’horizon s’il y a des lecteur.rice.s anglophones https://www.tandfonline.com/doi/abs/10.1080/01972243.2019.1618058?journalCode=utis20&), l’autre qu’il s’agit de techniques précises, dont il parle précédemment dans l’article.
    – Inventing western civilization n’explore pas la notion de civilisation, mais analyse comment l’occident, lors de la colonisation jusqu’a nos jours (grosso modo) a employer le terme de “civilisation” a des buts de domination. D’aucun noterait que bien qu’intéressant, ce n’est pas une analyse matérialiste.
    – Le livre de José Ardillo, aussi intéressant qu’il soit, n’essaie pas “de montrer en quoi l’anarchisme classique présente des erreurs d’analyses sur la société industrielle”. C’est un recueil de textes qu’il avait écrit précédemment dans des revues anti-industrielles ibériques introduisant des auteurs et penseurs (aucunes femmes) de l’écologie politique, de l’anarchisme et de l’anti-industrialisme.

  • Jefff
    Posted at 10:22h, 10 septembre Répondre

    Les chasseurs cueilleurs étaient sans aucun doute aussi jardiniers…
    J’ai cueillis longtemps des plantes médicinales sauvages, et pour préserver les stations de plantes sauvages il faut de temps en temps donner un p’tit coup de main à la nature, arroser en temps de sécheresse, empêcher d’autres plantes invasives de prendre le dessus, etc….je suis sûr que les chasseurs cueilleurs faisaient de même….

  • Quiet Riot
    Posted at 12:45h, 11 septembre Répondre

    Merci à Nicolas pour la mention sur les origines taoïstes, très très anciennes, de la critique civilisationnelle.

  • Post-scarcity
    Posted at 06:24h, 15 septembre Répondre

    Complaisance. Au final son approche à défaut d’être profonde (structurelle), en particulier de la technologie est particulièrement simpliste. Très commune. Je pense aussi que ce n’est pas l’outil mais l’idéologie qui dirige la technologie qui devrait nous concerner. Le fonctionnement de la technologie ne provient pas d’une loi de la physique… Rien n’est pas gravé dans la pierre. Ce sont des choix que des êtres humains, avec certains intérêts, font. Et les êtres humains peuvent changer ces technologies, et certainement les utiliser à bon escient. Sans quoi il faudrait pourvoir offrir des idées et alternatives autrement plus consistantes… et se calmer un peu du coté des critiques frisant la caricature bas du front.

  • Cyborg
    Posted at 21:45h, 16 septembre Répondre

    Déjà merci pour tout le travail que vous fournissez sur ce blog, c’est toujours super intéressant, avec des interventions radicales et intelligentes qui font plaisir et donnent à penser.

    Mais j’avoue avoir été plutôt déçu cette fois-ci, alors que j’étais attiré par la perspective d’avoir enfin l’occasion d’entendre des arguments en faveur de la « critique de la civilisation », courant de pensée écolo radical dont j’ai entendu parler récemment et que je n’ai pas beaucoup approfondi.

    Comme dit par d’autres commentaires, je trouve aussi que l’on se trouve face à une critique très simpliste, binaire, avec des arguments que je trouve faibles ou peu pertinents.

    Trop souvent Nicolas Casaux se réfère au « bon sens » ou à la « logique » pour défendre ses idées, ce qui, pour ma part, m’amène à considérer avec prudence et à mettre en doute la capacité du mouvement « critique de la civilisation » à penser le monde de façon complexe et nuancée. Il y a aussi des raccourcis très grossiers (par exemple ne pas parler sciemment de la mortalité infantile dans son discours sur l’espérance de vie, juste pour prouver son raisonnement…) ou une idéalisation des sociétés dites primitives qui révèlent une idéologie peut-être trop dogmatique et qui ne laisse pas trop la place à des alternatives ou des compromis.
    Parler d’anarchie tout en disant que c’est impossible de fonctionner de manière radicalement démocratique à l’échelle d’un village voire même d’une maison c’est contradictoire et carrément mensonger (on en a des exemple de sociétés anarchistes et « civilisées »).
    Peut-être qu’en lisant les bouquins qu’il mentionne on a accès à une analyse plus profonde mais là c’est très imprécis et il rate un peu le coche pour bien nous faire comprendre tous les tenants et aboutissants de sa critique et du mouvement naturien dont il s’inspire.

    Et au final si on accepte ce discours de la civilisation vue comme matrice des hiérarchies, des inégalités et des différents modes d’oppression, de domination ou d’exploitation qui vont avec, on se retrouve avec un truc beaucoup trop large qui devient inopérant politiquement. En plus de perdre en subtilité et en précision dans la description des oppressions et les moyen de les contrer (le capitalisme n’est pas la même chose que le colonialisme par exemple, tout est relié et s’interpénètre pour créer un tout complexe et non binaire) on se demande comment déconstruire et lutter contre quelque chose d’aussi englobant, en particulier à une époque où la mondialisation et les technologies nous rendent le monde toujours plus interconnecté, interdépendant et complexe.

    On se retrouve face à un manque criant d’alternatives, ou quelque chose de trop radical ou marginal pour permettre de rassembler assez de monde pour mener une quelconque lutte dans ce sens.

    En plus de tout ça, en me renseignant sur Nicolas Casaux je suis tombé sur cet article de Rebellyon, qui relaie une prise de position de Peter Gelderloos face à des propos transphobes de Nicolas Casaux : https://rebellyon.info/Nicolas-Casaux-et-la-transphobie-par-21327
    Je n’ai pas envie de polémiquer ou de faire du shaming, mais j’aimerais juste savoir si Nicolas Casaux s’est exprimé à ce sujet par la suite, parce que clairement il fait des raccourcis fumeux et a eu des propos très problématiques vis à vis des personnes transgenres.

  • tayrb
    Posted at 13:39h, 17 septembre Répondre

    Bonjour, chouettes musiques comme d’habitude !

    c’est a peu près la seule chose plaisante dans cette « critique » de la civilisation. Pour une étude plus poussée, je conseillerai plutôt « Zomia, ou l’art de ne pas être gouverné » de James C. Scott, préférable à mon sens à ceux du transphobe fumiste Derrick n.
    Je ne sais pas si des gens sont motivés pour le faire, mais une critique de l’essentialisme en podcast serait vachement sympa. Et pourquoi pas, soyons fous, une réflexion sur le spécisme et l’anti-spécisme.
    En tout cas, j’espère que vous ne vous noierez dans une critique uniquement axée sur la civilisation, c’est un sujet tellement vaste qu’il y a de quoi devenir folle et de ne pas pouvoir s’empêcher de sortir des âneries du style  » mettons de côté la mortalité infantile  » 😂

    Bref si les propos n’appartiennent évidemment qu’à leurs auteurs, vous leur servez de plate-forme et leur apportez une caution de fait. Et je ne développerai pas sur les liens entre Nicolas Caseaux et certaines personnes de la nouvelle droite. On est loin du discours féministe et anticarcéral, peut-être que la ligne politique de floraisons a évolué ? j’avoue que je me sens un peu trahie

  • Floraison des sabotages
    Posted at 16:56h, 25 septembre Répondre

    Je trouve certains commentaires bien sévères, et d’un niveau correspondant plutôt à ce qu’ils disent de l’interview (pas celui de @Riot, qui je trouve enrichit le débat).
    Allez, je me lance pour faire l’avocat ! 🙂

    1. Nicolas Casaux précise plusieurs fois lui-même qu’il simplifie, ce qui est compréhensible étant donné le format : une heure de discussion pour aborder le vaste sujet de la civilisation et tout ce qu’il englobe.

    2. Il faut aussi tenir compte qu’il est le simple auteur d’un blog et complètement autodidacte, il n’est pas universitaire. C’est une de ses premières interventions orales (à ma connaissance). Feriez-vous mieux pour votre première ? Il suffit de lire un peu les articles qu’il poste sur le blog Le Partage, pour avoir des analyses beaucoup plus fouillées et argumentées. Mais c’est sûr que les lire (ou lire les livres en référence), prend un peu plus de temps et d’attention qu’une heure d’écoute de podcast, parfois en faisant autre chose en même temps…

    Pour ma part, j’ai été content d’entendre en fréquence (à défaut d’en chair et en os) l’auteur prolifique de tant de tribunes, pamphlets et traductions concernant l’écologie radicale. On peut être en désaccord avec certaines de ses positions, tous ses arguments (qui sont détaillés sur Le Partage) méritent quand même d’être évalués avant de crier au loup et au scanlale, et d’ériger le bûcher. Je me méfie des gardien.ne.s de la morale et du politiquement correct, que cela soit du côté de la droite conservatrice, ou de la gauche bien pensante se croyant radicale.
    Si comme tout un.e chacun.e Nicolas Casaux a ses défauts, et que certes cette première interview n’est pas aussi riche que ce que l’on aurait pu en attendre au vu de la qualité (argumentation, références, rédaction…) de ses articles sur Le Partage, je trouve qu’il amène de la nouveauté et de la fraîcheur dans le climat étouffant des militant.e.s, intellos, écolos et anarchistes français.e.s. Il vulgarise des critiques et des grilles d’analyse que l’on entend peu ailleurs, ouvre des possibles là où il y avait des impasses, et signale les impasses que l’on prenait pour des autoroutes. Pour tout ça, merci. Par exemple, il a été parmi les premiers en France à dénoncer avec vigueur l’illusion des techno-alternatives « vertes » ou « renouvelables ». Il a d’abord été très critiqué pour ça, s’est fait traiter de tous les noms, réac et autre. N’empêche que maintenant, on voit un documentaire produit par Michael Moore sur les énergies pseudo-renouvelables peintes en vert, un dossier complet de Reporterre contre la catastrophe des voitures électriques, etc. Sans lui, Le Partage et les Editions Libres, Floraisons n’existerait peut-être même pas, et nous en serions encore tou.te.s au stade colibris, Cyril Dion, marche pour le climat & co (je concède qu’il faut de tout pour faire un monde, mais ça ne doit pas nous empêcher de nous poser à un moment la question de l’efficacité des actions que l’on mène et de la viabilité des solutions que l’on promeut). Si on continue sur la même lancée militante, on ne va pas aller beaucoup plus loin que le surplace (voire les retours en arrière) qu’on fait depuis 40 ans. Par exemple, Extinction Rebellion, à part une belle énergie, ne propose vraiment rien de neuf, désolé les camarades si vous me lisez. Personnellement, je n’ai pas l’âme d’un.e martyr.e non-violent.e, je préfère les guerillero.a.s, Malcom X et Franz Fanon. En passant, soutien à Alexandre d’XR, que son contact avec les flics a – je l’espère – radicalisé un peu (les femmes ne sont pas les seules victimes du patriarcat) : https://www.revolutionpermanente.fr/Ils-m-ont-enfonce-un-tonfa-dans-le-cul-un-militant-raconte-les-violences-policieres-subies-lors-de.

    @Jeff : Natacha Leroux, sur son blog Permaforet, a popularisé la notion de paraculture (ne pas confondre avec permaculture), qui me semble en lien avec le type de « jardinage » dont tu parles : https://permaforet.blogspot.com/p/paraculture.html
    Souvent, quand on relie agriculture et civilisation, il y a la sédentarisation en filigrane. Il est possible de faire de la paraculture tout en étant nomade ou semi-nomade (mobilité saisonnière entre quelques habitats). L’idée qu’on se fait des nomades comme migrant en permanence dans des lieux inconnus est probablement erronée. Il est bien plus raisonnable de supposer qu’au paléolithique les groupes se déplaçaient de manière saisonnière et tournaient entre différents sites intéressants (présence de grottes, carrefour de migration du gibier, eau, climat doux en hiver…), sur un territoire donné. Un peu comme les derniers bergers qui font le tour des Alpes en transhumance, sur un cycle annuel. Les migrations lointaines étaient probablement plutôt l’exception que la règle. Ana Minksi est probablement plus calée sur le sujet, comme elle a fait des études en archéologie et en préhistoire.

    @Post-scarcity : C’est ton commentaire qui est simpliste et « bas du front ». La technologie n’est pas neutre, et on n’a pas le contrôle dessus (Jacques Ellul a démontré ça en long en large et en travers dans les années 50 avec son étude sur le système technicien « La technique ou l’enjeu du siècle »), à l’exception des techniques démocratiques (décrites par Lewis Mumford). Et pour anticiper les critiques, oui, Ellul était chrétien, avait certains commentaires réac (il n’aimait pas le rock haha), etc., mais il faut lire ses arguments sur la technique, prendre ce qu’il y a de bon, et éviter les attaques ad hominem qu’on lit de partout sur tout le monde, ça court-circuite et sclérose le débat au lieu de l’enrichir.

    @Cyborg :
    – L’intérêt de mettre de côté la mortalité en-dessous de un an n’est pas d’idéaliser les peuples premiers ni de « prouver » un raisonnement, mais de montrer que l’espérance de vie à 30 ans ne signifie en rien que les personnes mourraient environs à 30 ans. C’est une bête moyenne, avec tous les défauts de cet outil statistique (sensibilité aux données aberrantes (outliers), pas d’info sur l’écart-type…), par rapport à la médiane par exemple. Cela ne réduit en rien le drame de perdre des enfants en bas-âge. Ca montre simplement que, passé un an, si tu as survécu à la sélection naturelle, qui est malheureusement forte à cet âge, ton espérance de vie était de l’ordre de 60-70 ans, ce qui est plus du double (vade-retro ceux qui vont me traiter d’eugéniste parce que je parle de sélection naturelle, vous n’avez rien compris à mon propos). Cela rectifie l’imaginaire négatif persistant les peuples premiers, alors que la majorité les études archéo (toujours à prendre avec des pincettes bien sûr, vu les faibles échantillons) montre qu’ils se portaient plutôt bien, avec un meilleur niveau de santé et de nutrition que les peuples du paléolithique, qui s’est considérablement dégradé dès qu’ils se sont sédentarisés et sont passés à l’agriculture (taille inférieure, carences, épidémies…)
    – « idéalisation des sociétés dites primitives qui révèlent une idéologie peut-être trop dogmatique et qui ne laisse pas trop la place à des alternatives ou des compromis » : tu as raté les passages où Nicolas Casaux disait qu’il ne fallait pas les idéaliser et nuançait ses propos…
    – « Parler d’anarchie tout en disant que c’est impossible de fonctionner de manière radicalement démocratique à l’échelle d’un village (…) c’est contradictoire et carrément mensonger (…) » : tu fais un contre sens, Nicolas Casaux disait justement que c’était possible, en citant des penseurs reconnus comme Rousseau (qu’on soit d’accord ou pas avec), mais seulement jusqu’à une certaine taille. Au-delà d’une certaine taille, variable selon les auteurs, les trop grands groupes ne peuvent plus s’autogouverner (= démocratie « directe »), et doivent avoir recours au gouvernement représentatif (= démocratie « indirecte », c’est-à-dire oligarchie).
    – « on se retrouve avec un truc beaucoup trop large qui devient inopérant politiquement. En plus de perdre en subtilité et en précision dans la description des oppressions et les moyen de les contrer (…) on se demande comment déconstruire et lutter contre quelque chose d’aussi englobant. (…) On se retrouve face à un manque criant d’alternatives, ou quelque chose de trop radical ou marginal pour permettre de rassembler assez de monde pour mener une quelconque lutte dans ce sens. » : C’est fatigeant qu’à chaque fois qu’on critique quelque chose, il faut toujours que quelqu’un.e ressorte la contre-critique selon laquelle la chose critiquée est trop difficile à détruire, lutter contre ou remplacer… C’est pas parce qu’une chose est « englobante », ou que la.le penseur.se critique n’a pas de recette magique ni de solution clé en main pour lutter contre ce qu’il.elle critique qu’il.elle doit se taire et retourner se coucher, enfin ! Ensuite, Nicolas Casaux, et derrirèe lui les différent.e.s penseurs.e.s des courants techno-critique, anti-civ et d’écologie radicale, propose de nombreuses pistes, solutions et méthodes de luttes. Après, si celles-ci ne te plaisent pas, invente les tiennes, les luttes n’en seront que plus riches !
    – « j’aimerais juste savoir si Nicolas Casaux s’est exprimé à ce sujet par la suite » : voilà la réponse de Nicolas Casaux à l’article de Gelderloos, où il montre, en gros, que Gelderloos n’a à peu près rien compris à ses idées et fait un « homme de paille » comme on dit en paralogique.
    https://www.partage-le.com/2019/11/21/reponse-au-pietre-gelderloos-et-aux-chancres-de-lanti-fascisme-par-nicolas-casaux/

    @Tayrb :
    – +1 pour Zomia, très intéressante contre-histoire des peuples non-étatisés.
    – « ne pas pouvoir s’empêcher de sortir des âneries du style » mettons de côté la mortalité infantile »  » : cf. ma réponse précédente au commentaire de Cyborg sur le sujet…
    – « Et je ne développerai pas sur les liens entre Nicolas Caseaux et certaines personnes de la nouvelle droite. On est loin du discours féministe et anticarcéral, peut-être que la ligne politique de floraisons a évolué ? j’avoue que je me sens un peu trahie » : vas-y développe, ça intéresse tout le monde de connaître les liens de Nicolas Casaux avec la « nouvelle » droite, et pas seulement sur la base d’une insinuation « fumiste ». C’est quoi la « nouvelle » droite ? A moins que cela soit seulement pour le décrédibiliser par association, sans même citer l’association ? Franchement, fallait oser. Pour ma part, je ne parlerai pas sur tes liens avec des personnes vraiment pas du tout recommandables, voire même sulfureuses… ;D
    – « Bref si les propos n’appartiennent évidemment qu’à leurs auteurs, vous leur servez de plate-forme et leur apportez une caution de fait. » : Lorenzo dit clairement que Le Partage et Nicolas Casaux sont sources d’inspiration pour Floraisons, pas seulement une « caution » et une « plateforme ».
    – « On est loin du discours féministe et anticarcéral » : a priori, le féminisme n’est pas trop le sujet du podcast, mais pourquoi pas citer certains peuples premiers égalitaires sur le sexe ou le genre, en effet. En revanche, pour le côté anti-carcéral, même si le sujet n’a pas été explicitement abordé, je vois mal comment une position anti-civ ou naturienne pourrait être en faveur de la prison… ?

  • pap
    Posted at 12:10h, 06 octobre Répondre

    Mr Cazeaux dans toute sa splendeur :

    https://web.archive.org/web/20171220051643/http://partage-le.com/2017/12/8516/

    Faire l’amalgame entre les personnes trans et le transhumanisme, c’est fort. Parler d’un « lobby trans », alors qu’il s’agit d’une des franges les plus marginalisées de la société, c’est un sacré tour de passe-passe. On se dit toujours féministe chez floraisons? Parce que le combat libertaire et féministe ne saurait encourager une quelconque oppression n’est-ce pas ?

  • marie
    Posted at 13:41h, 08 octobre Répondre

    Je suis dérangée que vous donniez la parole à Nicolas Casaux sans amené plus de critique sur son discours et sans relever sa transphobie.

    d’après Gelderloos,  »J’étais content d’apprendre qu’Editions Libre ne tient pas de position transphobe, que DRG en France se veut trans-inclusif et reconnait l’oppression des personnes trans, qu’iels ont publié un communiqué pour clarifier cette position, et que Nicolas Casaux a quitté l’organisation. »

    https://rebellyon.info/Nicolas-Casaux-et-la-transphobie-par-21327

    voilà,… je ne suis pas content.e

    câlin (si consenti)

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