Femmes, révoltons-nous !

À toutes les femmes qui doutent, qui manquent de confiance, qui souffrent en silence :
N’attendons plus, révoltons-nous !

 

Être une femme et devenir féministe, c’est bouleversant. C’est un chemin semé d’embuches, de peines, de joies, d’éveils, mais surtout, de solitude. C’est réaliser que nous avons été oppressées, soumises, utilisées tout au long de notre vie. C’est prendre conscience que nos pères, nos frères, nos amis, nos partenaires sexuels, nos patrons, nos professeurs, les passants – les hommes – nous ont dominées depuis toujours, nous dominent toujours.

C’est réaliser que nous sommes socialement construites. Si je suis obsédée par mon physique, si j’aime la pénétration, si je suis gentille, douce, calme, passive, timide, faible, si j’ai honte facilement, si je manque de confiance, si je perds mes mots devant un homme, je ne suis pas née comme ça, c’est en majeure partie la société qui m’a construite ainsi.

Je m’adresse à vous, aux femmes conscientes que l’assignement biologique femelle nous a placées en bas de la hiérarchie patriarcale. Je tiens à partager avec vous l’erreur d’interprétation dont j’ai souffert et à vous expliquer pourquoi.

C’est quoi, être une femme ? « Une femme », c’est à dire, le genre féminin, est une construction sociale créée en opposition au genre masculin, dit « homme ». La femme existe seulement en miroir, en réponse, à l’existence de l’homme. Nous sommes une version subordonnée de ceux qui nous dominent, qui nous oppressent. Notre classe sociale nous impose d’être « complémentaires », « opposées » et soumises à la classe des hommes. Sans homme, pas de femme.

C’est donc un peu décevant, vu comme ça, d’être une femme. Si l’on regarde autour de soi, les pubs, les films, les informations, les magasins, est-ce attrayant d’être une femme? Être l’objet sexuel dépeint par les films pornos ? Être un corps meurtri et vendu sur le marché du sexe ? Être silencieuse ? Accepter la soumission et vivre avec ?
J’ai donc dit non. J’ai refusé mon genre femme. Je suis une femelle, je ne veux pas être une femme. Je ne peux pas accepter de correspondre à tous ces clichés comportementaux dégradants. C’est dans ce refus que je me suis perdue et isolée.

Étant fervente partisane de l’abolition des genres, je me suis perdue dans le refus du mien. Oui, je refuse qu’on impose aux femelles le genre femme, je refuse de le subir et qu’on me définisse ainsi. Or, en le refusant, j’ai également refusé de me comporter « comme une femme ». Je ne me suis plus autorisée à être faible, sensible, à douter, à avoir peur, à me sentir oppressée lorsque je suis entourée d’hommes. J’ai nié le fait d’avoir ces automatismes qui font qu’en présence d’hommes, je suis moins à l’aise, j’ai moins confiance, je me sens dégradée, dominée, sexualisée. J’ai nié le fait d’avoir peur en étant seule le soir dans la rue. Je voulais être forte, par dessus tout. Ne pas correspondre à l’étiquette de la femme que l’on m’a collée sur la tête à ma naissance.
En refusant le genre femme, j’ai nié son existence. J’ai nié le fait d’avoir été construite comme femme, que je le veuille ou non. Je me suis reniée, oubliée. Je suis entrée en guérilla avec moi-même.

Et ce n’est que dernièrement que j’ai compris. J’ai découvert ce qui clochait, ce dédoublement de personnalité dont je souffrais, la femelle que je voulais être face à la femme que je suis et que je taisais au fond de moi.

Le genre est une hiérarchie, c’est un fait. Notre objectif est de l’abolir. La vraie égalité ne sera obtenue que lorsque l’on cessera d’imposer des comportements aux êtres humains, des rôles de genre, en fonction de leur sexe biologique, réel, attribué ou supposé. Toujours est-il qu’aujourd’hui, dans la société occidentale, les femelles sont éduquées à être femmes, les mâles à être hommes et les personnes intersexes elles aussi forcées de se soumettre au système de contrôle patriarcal et à ses catégories mortifères..  Bien qu’il soit essentiel d’avoir conscience que nous ne sommes pas intrinsèquement l’image que nous renvoie la société,  il faut accepter, et laisser entrer la femme socialement construite qui est en nous. Il faut la comprendre, l’apprivoiser et surtout, l’aider. En luttant contre le genre, il faut l’utiliser comme un outil de compréhension du système et des interactions entre les sexes.

Il faut que nous, femmes, femelles, prenions conscience de notre force. Il nous faut s’entraider, se rencontrer, discuter, s’ouvrir l’une à l’autre. Il faut laisser derrière nous la fierté et l’égo qui nous empêchent d’accepter nos faiblesses et en faire une force. Il faut s’unir dans une sororité (je tiens à souligner qu’open office ne connaît pas ce mot), multiplier les groupes en non mixité choisie, afin de libérer la parole des femmes. Il nous faut s’allier, se donner confiance, se donner la parole – s’épauler. Si nous remarquons qu’une femme a du mal à prendre la parole en groupe mixte, à avoir confiance pour parler en public, pour prendre des initiatives, il nous faut l’aider, c’est notre devoir.
La lutte ne se gagne pas seule, elle se gagne à plusieurs.

Car être femme, est ce vraiment seulement ce que j’ai évoqué plus haut ? N’est-ce pas au contraire être une survivante, une guerrière ?  Nous avons survécu et nous continuons de survivre aux agressions sexuelles, aux harcèlements de rue, aux attouchements du métro, aux viols, à l’inceste, aux violences conjugales, au machisme normalisé, à la chasse aux sorcières, et tant d’autres choses. Être femme, c’est être FORTE.

Nous savons ce que vous ressentez, nous savons ce qui vous bloque, nous savons ce qui vous paralyse, nous le savons, parce que nous sommes femmes.

Alors acceptons nos faiblesses, prenons conscience de nos forces, et RÉVOLTONS NOUS !

Ni dieu, ni maître, ni patron, ni mari.

«Les sorcières ont toujours été des femmes qui ont osé être courageuses, agressives, intelligentes, non -conformistes, curieuses, indépendantes, libérées sexuellement, révolutionnaires […] WITCH vit et rit en chaque femme. Elle est la partie libre de chacune d’entre nous […] Vous êtes une sorcière par le fait d’être femme, indomptée, furieuse, joyeuse et immortelle. »
(R. Morgan {éd.}, Sisterhood is powerful, New York, Vintage, 1970, p. 605-606.)

 

Grace

 

7 Comments
  • olivier bailly
    Posted at 22:21h, 30 novembre Répondre

    oui… et du coup , peut-être que c’est vous qui arriverez à libérer l’homme de ça stérilité émotionnelle et
    sentimentale !

    • Anonyme
      Posted at 22:50h, 03 décembre Répondre

      d’accord,merci!

  • Janis
    Posted at 22:56h, 01 décembre Répondre

    Non justement, le but du féminisme est que pour une fois, les femmes s’occupent d’elles même.
    Que leurs bourreaux se libèrent seuls.

    • Arielle
      Posted at 08:29h, 02 décembre Répondre

      Oui, merci, si on pouvait éviter, en plus de la charge de se libérer seulesseules, de nous faire peser dessus celle de libérer les hommes des pièges qu’ils se sont tendus eux-mêmes, ça serait sympa…

  • stagiaire floraisons
    Posted at 20:45h, 02 décembre Répondre

    Le patriarcat étant la suprématie des hommes sur les femmes, ici c’est bien de la libération des femmes qu’il s’agit et non celles des hommes. Les hommes sont en position de pouvoir, et même s’ils souffrent d’une sévère limitation de leur identité, de leurs expressions, de leurs façons de vivre, ces contraintes auxquelles ils sont soumis n’en restent pas moins un système de pouvoir dont ils sont les seuls à bénéficier au détriment des femmes. Les hommes sont amputés, certes, mais être un homme restera toujours un privilège dans une société patriarcale. Ce que les hommes peuvent faire pour aider, c’est justement de refuser d’être des hommes, autant que possible, sans attendre qu’une femme leur demande ou leur explique comment faire. Bon travail.

  • olivier bailly
    Posted at 22:55h, 03 décembre Répondre

    je suis d’accord avec les trois précédents commentaires! merci pour l’éclairage!

  • Anonyme
    Posted at 12:32h, 04 décembre Répondre

    Chouette texte nourrissant, j’ai du mal quand même avec deux trois trucs… prendre conscience du statut d’exploitée lié au genre; ok. En revenir d’avoir été dans la réaction; re- ok. Mais alors pourquoi se libérer en s’associant sur base du genre? Il y a des hommes qui rejettent leurs privilèges et des femmes qui les perpétuent… pourquoi se mettre dans son coin? Parle- t-on de groupes de femmes traumatisées au point de généralisé la violence subie à tout les mâles ou de groupements politiques? Est ce un stade? L’évolution ne vient elle pas de la rencontre. Je me souviens de la religion séparant les mâles et femelles. Je vois que l’ultralibéralisme veut supprimer le genre ( tous consommateurs égaux) ce qui ne changerait rien niveau hiérarchies…. Et les femmes d’avoir de plus en plus peur des hommes et vice versa au quotidien. ???

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