Refuser d’être un homme (John Stoltenberg)

Refuser d’être un homme (John Stoltenberg)

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Fiche de lecture de Refuser d’être un homme, un ouvrage qui ne laisse pas indifférent. On va parler de virilité, d’identité de genre, de sexualité, de reproduction, de viol, de guerre, de pornographie et de liberté, autant de sujets qui sont indispensables à analyser et critiquer dans une perspective de résistance radicalement féministe. Attention aux personnes sensibles, on va parler de violences sexuelles pendant ce podcast.

 

 

 

À propos du livre

 

Refuser d’être un homme, pour en finir avec la virilité est un essai de John Stoltenberg publié en 1989. Il regroupe plusieurs adaptations d’allocutions de Stoltenberg sur les thèmes du féminisme radical, de la virilité et de la pornographie. Selon ce point de vue, la masculinité ne peut certainement pas être revue et améliorée, elle doit être démantelée grâce à une analyse radicale du genre en tant que hiérarchie de classe.

Un homme peut-il parler de féminisme ?

Comme le rappelle Christine Delphy en avant-propos, « la libération des opprimé·es doit être l’œuvre de celles-ci et ceux-ci ». Quand les hommes interviennent dans les groupes féministes, cela a trop souvent pour effet de reproduire le privilège masculin. Et au final, les homme exercent leur « pouvoir dans les lieux qui ont pour but de le contester ». Bref, ils ne sont vraiment les bienvenus.

Néamnmoins livre de Stoltenberg a la particularité non seulement d’éveiller « le malaise chez beaucoup d’hommes, mais aussi chez certaines femmes, y compris des féministes » mais aussi de montrer que des hommes peuvent participer au combat féministe, à condition de rester à leur place. À condition de ne pas parler à la place des dominées, mais « à partir de leur place ».

Si les femmes « sont les seules à connaître de l’intérieur l’oppression subie », les hommes sont « les seuls à connaître les stratégies de domination qu’ils forgent consciemment ». C’est justement l’objectif de cet ouvrage majeur pour comprendre et combattre le masculinisme.

Comment le féminisme peut toucher les hommes ?

Certains hommes arrivent à entendre et à comprendre les idées proféministes. Ce peut être grâce à la remise en question par les amies proches, par des heures de discussions intenses et des lectures. Ce peut être aussi en étant témoin ou victime de violences sexuelles. Ou bien par désir d’entretenir des rapports égalitaires avec les femmes. Peu à peu ils deviennent dissidents, voire traîtres à leur genre.

Stoltenberg soutient que « l’identité sexuelle masculine est une construction de toutes pièces, politique et éthique » et qu’elle « a besoin de l’injustice pour exister ». « Mais c’est précisément parce que cette identité personnelle et sociale est construite que nous pouvons la refuser, […] agir à son encontre — bref, nous pouvons changer ». Refuser d’être un homme signifie donc « apprendre une éthique nouvelle et radicale ».

“refuser d’être un homme signifie donc apprendre une éthique nouvelle et radicale”

Qu’est-ce que le féminisme radical ?

« En matière d’égalité, les changements sociaux importants n’émergent pas du centre libéral, des non-engagés, d’une voie mitoyenne. Les grands changements ont lieu quand le centre est forcé à migrer, du fait d’avoir été ébranlé par des gestes politiques qui contestent » le statu quo. C’est le cas du mouvement féministe radical qui émerge à la fin des années 1960 aux États-Unis et qui considère que tyrannie et violence sexuelles sont imbriquées. Comme d’autres mouvements radicaux (qui remontent à la racine), il ne laisse pas indifférent et force les gens à se positionner.

Le féminisme radical ne cherche pas à semer « la discorde entre les hommes et les femmes» mais il cherche plutôt à «tracer une distinction claire entre d’une part les gens qui accréditent, achètent, aiment, défendent, collaborent ou profitent de l’érotisation de l’inégalité, et les autres qui, pour leur part, souhaitent passionnément érotiser l’égalité.»

Quelle est la particularité du féminisme radical américain ?

Il s’inscrit dans l’histoire des progrès sociaux et politiques qui ont eu lieu aux État-Unis depuis la première constitution. À la différence du féminisme apparu ailleurs sur la base d’analyses économiques de l’oppression, le féminisme radical américain a pris racine dans le «projet éthique égalitaire issu du mouvement pour les droits civiques des Noir·es ». Cette éthique s’oppose aux distinctions de valeur fondées ou justifiées par des différences anatomiques entre les personnes.

Ce féminisme est très sensible à la violence subie par les corps, il compare les fabricants de pornographie à des négriers de l’ère technologique, dans une tradition héritée des propriétaires d’esclaves. Le principe d’égalité y est central, voilà pourquoi il s’oppose si frontalement à la domination masculine et à la violence sexuelle.

 

1. La critique de l’identité masculine

 

Qu’est-ce que l’identité sexuelle ?

C’est une idée, une croyance forte en l’existence de la virilité et de la féminité, qu’il faut être soit homme soit femme.

Pourquoi et comment cette identité a-t-elle une emprise sur nous ?

L’identité sexuelle est comme une paire de lunettes devant nos yeux qui déforme notre perception de la réalité et de notre vécu. Nous voyons, ressentons, et apprenons les choses en fonction d’elle.

Qu’est-ce que l’identité sexuelle exige des personnes qui y croient ?

L’identité sexuelle est comme une pièce de théâtre. Le problème — comme c’est souvent le cas des croyances — est qu’elle n’existe pas si nous ne faisons pas des efforts considérables. Sa croyance nécessite que tout le monde joue un rôle pour qu’elle se crée, se maintienne et se vérifie encore et encore chaque jour.

Est-ce que tout le monde y croit ?

Oui plus ou moins, mais il arrive à presque tout le monde de douter de son identité sexuelle. En cas de doute, nous nous comparons à une autre personne qui joue mieux son rôle de genre que nous, quelqu’un de plus masculin ou plus féminin. Cela entretient la croyance générale selon laquelle il est possible d’être un vrai homme ou une vraie femme.

Est-ce que l’identité sexuelle est biologique ?

Certaines théories expliquent et justifient les comportements masculins par la biologie. Cela revient à expliquer que des gens sont nés avec une identité masculine naturelle, et ont donc en conséquence des comportements masculins. Par exemple « si un homme est violent, c’est à cause de ses hormones ou de l’anatomie du cerveau ». Ou encore : « si un homme refuse de faire la vaisselle, c’est pour des raisons génétiques. »

En réalité c’est l’inverse qui se passe. Certains actes sont considérés comme masculins, c’est-à-dire qu’on les accepte socialement venant d’un homme mais pas d’une femme. Et plus les hommes ont des comportements masculins, plus ils créent l’illusion que la virilité est quelque chose d’inné et de naturel. Pour reprendre l’exemple de la vaisselle : c’est en refusant de faire les tâches ménagères que les hommes montrent qu’ils sont différents et que l’identité sexuelle est quelque chose de réel.

Peut-on dire que les hommes virils sont des comédiens ?

Les hommes les plus virils sont mêmes de très bons comédiens, car ils utilisent sans le savoir les vraies techniques de jeu suivantes :

  • Ils sont sûrs que ce qu’ils font est juste, peu importe l’opinion des autres
  • Ils respectent rigoureusement l’ensemble des comportements appropriés pour un homme
  • Ils croient fortement en leur propre cohérence

C’est bien parce qu’ils sont eux-mêmes convaincus que ce qu’ils font est juste que les hommes virils sont très crédibles aux yeux des spectateurs et qu’ils s’attendent logiquement à toujours obtenir ce qu’ils veulent.

Comment se construit l’identité masculine ?

Un peu comme les nazis ont construit la race aryenne, grâce à la force et la violence. Les nazis ont sélectionné des traits physiques existants (comme les cheveux blonds et les yeux bleus), et ils s’en sont servit pour construire socialement une race. Grâce à ces traits physiques, ils ont catégorisé, infériorisé, puis exterminé les gens définis comme « non-Aryens ». Ainsi certaines personnes ont pu s’identifier à la race aryenne et lui donner une existence politique.

L’identité masculine se construit un peu de la même manière. On trouve dans la nature des pénis, du sperme et des prostates. La classe masculine se construit en sélectionnant ces traits physiques pour en faire « une entité politique qui ne s’affirme qu’au moyen d’actes de force et de terrorisme sexuel ». Grâce à la violence, certaines personnes ont le sentiment personnel d’appartenir à cette classe.

À la naissance, un tri est réalisé : les personnes nées avec un pénis sont réparties dans la catégorie homme. Ces personnes doivent constamment s’efforcer de se comporter de façon masculine. Plus ils se comportent de façon masculine, plus ils sont valorisés, et plus ils renforcent leur sentiment d’appartenir à la classe des hommes.

“l’identité masculine se construit un peu comme les nazis ont construit la race aryenne, grâce à la force et la violence”

Comment les hommes se sentent hommes ?

Grâce à des sentiments et grâce à des actes. La sexualité en particulier aide à créer le genre, le sentiment qu’on est un homme. Le coït, la pénétration sexuelle est un très bon exemple car il s’agit à la fois d’accomplir un acte particulier et de ressentir au même moment à quelle identité sexuelle on appartient. Baiser comme un homme permet de se sentir plus viril qu’à d’autres moments.

Pourquoi les hommes sont obsédés par leur pénis ?

Parce que les femmes n’en n’ont pas. Les hommes apprennent donc à se concentrer sur cet organe leur donne l’assurance de ne surtout pas être des femmes, donc d’être des hommes. Ils apprennent à nier les sensations érotiques qu’un vrai homme n’est censé ressentir, pour se focaliser uniquement sur les sensations provenant de leur bite.

Qu’est-ce que l’homophobie ?

Un élément fondamental de la suprématie masculine. C’est le mépris pour les hommes qui ont des rapports sexuels avec d’autres hommes, parce qu’on imagine qu’ils sont traités comme des femmes. C’est le dégoût ressenti pour des hommes qui s’abaisse au niveau inférieur, celui des femmes. L’homophobie exprime donc la misogynie d’une société patriarcale.

Comment l’homophobie protège les hommes ?

Les hommes savent qu’ils sont dangereux, ils savent le harcèlement sexuel qu’ils font subir aux femmes. L’homophobie « enjoint aux hommes de limiter aux femmes ce qu’ils ne voudraient pas qu’on leur fasse ». Elle est donc un moyen pour les hommes de se protéger collectivement des agressions sexuelles des autres hommes.

Quel point commun entre le genre et la race ?

Stoltenberg fait référence aux travaux de Baldwin qui montre que la catégorie “race” est une construction sociale. Cette construction plonge « jusqu’au noyau où l’identité et le comportement se touchent, où le soi et la société font intersection, […] bref, l’endroit où nous ressentons le plus profondément l’identité que nous croyons nôtre ». Pour Dworkin et de nombreuses féministes, le genre et la race sont des constructions politiques et sociales.

Pourquoi faut-il critiquer l’identité de genre ?

Parce que comme certaines personnes dans nos sociétés insistent pour être des blancs, certaines insistent aussi pour être des hommes, avec le mépris, la domination, l’absence d’empathie qui les caractérisent. Et parce que des hommes insistent avec rage sur leur virilité, nous devons la refuser avec force. Le féminisme radical n’est pas essentialiste. Contrairement à d’autres théories, il ne dit pas que la violence des hommes est déterminée biologiquement mais construite socialement, ce qui veut dire qu’il y a un espoir de changer. Le féminisme radical s’attaque au système de valeurs et d’identité qui est au fondement de la violence masculine : le genre.

Le genre est une hiérarchie entre des valeurs masculines et féminines, une inégalité entre les hommes et les femmes. Il ne peut donc coexister avec la justice, avec l’égalité.
Le genre crée des catégories, masculin/féminin, dominant/dominé, etc. et savoir à quelle(s) catégorie(s) précise(s) nous « appartenons » ne suffit pas à créer une révolution.
Pour mettre un terme à la domination masculine, il faut mettre de côté le repli identitaire dans des catégories d’oppressions, car elles sont structurelles à cette domination. Il faut plutôt s’attaquer révolutionnairement à l’identité masculine elle-même.

 

 

2. La relation père-fils

 

Pourquoi analyser la relation père-fils ?

Pour comprendre comment les hommes traitent les femmes, il faut comprendre comment les hommes traitent les autres hommes. « La relation père-fils » est habituellement le premier contact du garçon avec les liens complexes de la politique sexuelle ». C’est dans cette relation que le garçon apprend ce qui est censé être un vrai homme et qu’il est conditionné au besoin érotique compulsif de s’approprier d’autres vies humaines. La relation père-fils dont on parle existe au sein du patriarcat, qu’on appelle aussi droit du père.

Qu’est-ce que le droit du père ?

Un système où le père incarne l’autorité suprême de la famille et tous les enfants lui appartiennent. C’est « fondamentalement un système de propriété, la possession littérale d’autres vies humaines » de leur travail, de leur volonté, de leur corps et de leur consciences. Ce système est légalisé par le droit patriarcal, incarné par l’érotisme phallique, et justifié par la culture patriarcale, ce charmant discours romantique, spirituel, émotionnel et psychologique qui légitime la possession de femmes et d’enfants, comme autant de bien. Le droit du père requiert une quantité remarquable de violence et de coercition pour s’imposer et se maintenir, ce qui prouve d’ailleurs que ce système n’a rien de si naturel ou inhérent à la biologie humaine.

Les femmes, propriété des hommes

Dans les systèmes patriarcaux, il n’existe pas un moment dans la vie d’une femme où elle n’est pas définie juridiquement et socialement comme la propriété réelle ou potentielle d’un homme. Enfant, elle appartient au père, jusqu’à ce qu’il « donne sa fille en mariage ». Historiquement, le viol n’était reconnu comme un crime que contre le propriétaire masculin du bien en cause. Si une femme était violée, c’était une atteinte au père ou au mari, car sa propriété — ou sa marchandise — avait perdu de la valeur.

Les enfants, propriété du père

«Selon la biologie humaine, seule une femme peut accoucher d’un enfant. Dans la nature, un enfant qui n’est pas né d’une mère n’existe pas. » Mais selon le droit patriarcal, seuls les hommes ont le droit de propriété des enfants. « Un enfant qui n’est pas la propriété d’un homme est qualifié de non-entité juridique et étiqueté comme “illégitime” ou ”bâtard” ». Un enfant sans père n’existe pas, tout est fait pour qu’une femme qui accouche d’un enfant appartienne à un homme.

Par contre c’est aux femmes de prendre soin des enfants, de les nourrir, d’assurer leur propreté. La femme fait les tâches ingrates mais l’homme demeure juridiquement le propriétaire. Ce qu’on appelle aujourd’hui les litiges de garde d’enfant revient à « tenter de résoudre une question profondément faussée, celle de déterminer qui “possèdera” le temps et la compagnie de cet enfant, son affection et son allégeance, sans égard au travail de garde effectué jusqu’alors par la mère pour la vie de cet enfant, puisque ce travail découlait de l’appropriation initiale de cette femme par le père ».

Jusqu’où s’étend le droit du père ?

Jusqu’à posséder et contrôler des êtres qui ne sont même pas nés. Le père a un droit de propriété sur le fœtus. « Aux États-Unis, dans bien des États où l’avortement a été décriminalisé [les femmes] doivent encore obtenir le consentement du plus proche parent masculin. »

“Historiquement, le viol n’était reconnu comme un crime que contre le propriétaire masculin du bien en cause.”

À quel point sommes nous soumis au droit du père ?

« Tous les systèmes économiques conçus par les hommes — qu’il s’agisse du capitalisme, du communisme ou du socialisme — ont pour fonction de défendre la propriété masculine du corps et du travail des femmes. Tous les systèmes de croyance religieuse institués par les hommes […] ont pour fonction de déshumaniser la mère. Tous les systèmes psychologiques théorisés par les hommes […] ont pour fonction de valider la propriété masculine de la naissance. Toutes les institutions de la culture dominante — dont l’État, l’université, la médecine, le mariage et la famille nucléaire — servent d’instruments à l’appropriation masculine d’autres vies ».

D’où vient le droit du père ?

« L’origine du droit du père est inaccessible […] perdue dans la préhistoire de la civilisation. Nous avons que la propriété masculine du corps des femmes a précédé l’histoire écrite, […] que les femmes ont été les premières esclaves et que leur corps ont été le premier capital. […] Nous pouvons supposer que les être humains masculins ont inventé le pouvoir de propriété pour occulter le mystère de l’accouchement et que, une fois la propriété masculine propagée dans le monde, elle n’a pas connu de bornes ».

Comment fabrique-t-on un père ?

Pour construire la mentalité de dominant, de propriétaire des corps, il faut bien sûr que ce soit socialement autorisé. Mais il faut en plus conditionner les hommes pour que seule la propriété soit érotique à leurs yeux. Les homme sont entraînés à trouver excitant de posséder les autres, « par opposition aux femmes qui, elles, doivent être appropriées ».

Le dilemme de la mère

Dans une culture patriarcale, la mère est face à des contradictions car elle est une femme qui appartient au père, mais qui doit élever un fils capable de s’approprier la vie d’une femme. Le père perçoit donc le fils comme un concurrent. D’une part la mère doit donner envie au fils de la posséder et être entièrement à son service en fournissant par exemple une quantité inépuisable de travail pour lui. Mais d’autre part, elle ne peut pas se laisser posséder par le fils car elle doit rester la propriété du père et le rassurer en permanence.

L’attitude du père

La différence entre le père et la mère se fait d’abord de manière tactile avec le bébé. Quelque chose est bizarre avec le père. Il tapote mais ne touche pas, il caresse mais ne ressent pas, il saisit mais ne tient pas. Le père est comme un étranger. Et puis, quand l’enfant apprend à faire la différence entre le père et la mère, le père se sent humilié, dépossédé, et veut se réapproprier son fils.

Comment le père s’approprie le fils ?

Grâce à des institutions complices comme l’école et la télévision. Mais aussi grâce à la brutalité physique ou émotionnelle. Le fils est témoin au moins une fois de la violence du père contre la mère, et reste « terrorisé et impuissant à la défendre. » Il est ensuite lui-même victime de la colère du père, au moins une fois, par exemple avec une punition totalement disproportionnée. Et il se demande comment sa mère a pu laisser faire ça, il ne lui fait plus confiance, et il appartient maintenant au père pour le reste de sa vie.

Comment le fils interprète la violence du père ?

1. Le père nous hait, Maman et moi.
2. Le père me hait parce que je suis comme Maman
3. Je vais être différent de Maman pour être en sécurité.

À cause de la menace constante de la colère du père, le fils va tout faire pour abandonner l’identification sensorielle à sa mère.

Comment le fils devient un homme ?

Le fils apprend à s’opposer à la mère, à s’en dissocier et devenir insensible. Il reproduit la brutalité pour y échapper lui-même. Son érotisme va se concentrer sur ce qui le différencie de maman, ce petit organe qu’on appelle le pénis. Il trahit sa mère en s’éloignant de l’érotisme du soin, de la sensation partagée. Son identité masculine sera définie par le père, contre la mère. « La relation père-fils est un hommage à l’identité phallique. »

 

3.L’Éthique du violeur

 

L’identité sexuelle est une croyance qui amène avec elle une éthique, c’est-à-dire un système de valeurs, rarement questionné. Dans cette éthique de genre, on évalue différemment les actions humaines quand elles proviennent d’un homme ou d’une femme. Par exemple il sera bon qu’un homme fasse certaines choses, mais mauvais qu’une femme les fassent.

À quel moment les gens respectent-ils cette éthique ?

Tout le temps, mais surtout pendant le sexe. C’est quand les gens baisent qu’ils essayent le plus de se comporter en vrai homme ou en vraie femme. L’homme doit prouver qu’il est « l’homme de la situation »,et qu’il n’a « aucune ressemblance tactile, visuelle, comportementale ou émotionnelle » avec une femme.

Quelles sont les conséquences de cette éthique ?

Elle déresponsabilise les hommes qui humilient quotidiennement les femmes, qui sont violent, qui violent, qui tuent. Grâce à l’éthique associée à l’identité sexuelle, c’est l’homme qui commet les violences, et c’est la femme qui est blâmée, tout simplement parce que « les hommes sont comme ça ». Mais bien sûr, cette éthique ne doit jamais être formulée. Pour qu’elle fonctionne, il ne faut pas qu’on en parle « faute de quoi le masque tombe ». Stoltenberg nomme ce système de valeurs l’éthique du violeur.

Pourquoi parler de l’éthique du violeur ?

Parce que l’identité masculine et le viol sont profondément liés. « Le geste de forcer quelqu’un à admettre une pénétration sexuelle sans son assentiment entier et éclairé » est en quelque sorte la mesure standard de l’identité masculine. Le viol est « la note fondamentale », il donne le la des comportements masculins.

Dans l’éthique du violeur, c’est la personne à qui on fait l’acte qui en est perçue comme responsable, c’est toujours la faute de la victime. Cette inversion de la responsabilité morale est caractéristique des actes considérés masculins. « Ne me force pas à te faire mal » disent les violeurs, comme si les femmes provoquaient le viol, et au fond aimaient ça.

Quelles conséquences pour les victimes de viol ?

Elles se disent « Après tout ce sont des hommes. Ils ne peuvent pas s’empêcher». Il y a une espèce d’écrasement de l’identité morale de la victime par l’éthique du violeur. Elles s’imaginent être responsables, que c’est de leur faute si elles sont violées. « Celui qui viole, pour sa part, se perçoit comme […] plus vital et plus réel. Souvent, les violeurs nous disent […] qu’ils se sont sentis « mieux » après, que le viol lui-même avait été stimulant, excitant, agréable et divertissant ».

Les hommes regrettent parfois d’avoir été violents, n’est-ce pas contradictoire avec l’identité masculine ?

Certes, les hommes ont besoin d’être violents pour paraître masculins, mais il y a une chose cruciale dont il ont aussi besoin, c’est de « toujours conserver le soutien d’une déférence et d’une soumission féminine ». « L’homme a besoin doit avoir une femme ou il ne sait pas qu’il est un homme ». Voilà pourquoi les hommes demandent pardon, pour piéger et retenir une femme qui voudrait lui échapper. Ce n’est pas un hasard si l’identité sexuelle féminine comporte la charité, la miséricorde, l’abnégation. Il faut que la femme pardonne pour que sa subordination à l’éthique du violeur soit maintenue.

Pourquoi les hommes sont-ils excités par le viol ?

Certains d’entre nous qui ont un pénis trouvent sexy de contraindre quelqu’un à baiser contre son gré. Certains vont même jusqu’à croire que les personnes sans pénis souhaitent être violées. Pourquoi ? Car violer donne le sentiment d’être réellement un homme, de ressentir vraiment l’identité masculine comme réelle, et d’en faire partie. « Les vrais hommes sont agressifs au lit. Les vrais hommes deviennent cruels au lit. Les vrais hommes utilisent leur pénis comme une arme au lit. […] Ce genre de sexe nous donne l’impression d’être quelqu’un de puissant et transforme l’autre personne en quelqu’un d’impuissant. Ce genre de sexe nous donne l’impression d’être dangereux et de tout contrôler — comme si l’on était en guerre contre un ennemi, et qu’en étant suffisamment cruel, on va gagner, alors que si l’on faiblit, on perdra sa virilité ». Être un homme, un vrai, c’est faire la guerre aux femmes.

Dans l’éthique du violeur, c’est la personne à qui on fait l’acte qui en est perçue comme responsable, c’est toujours la faute de la victime.

Les hommes sont-ils condamnés à suivre cette éthique ?

Oui si nous croyons que le genre, la virilité, est quelque chose que nous « sommes », automatiquement, en raison de la façon dont nous sommes nés, alors la situation est sans espoir. Mais heureusement le genre est un « phénomène doté d’une construction éthique — une croyance que nous créons par la façon dont nous décidons d’agir », donc il existe un réel espoir de changement. Notre identité de genre n’est pas la cause, mais le résultat de notre conduite violente. Cette identité n’est pas inéluctable, nous pouvons changer.

Comment arrêter d’être un violeur ?

Nous pouvons refuser de recréer chaque jour notre genre et l’éthique du violeur qui lui est associée. Pour nous, les hommes, refuser cette éthique manipulatrice et cynique, c’est faire le choix d’examiner nos comportements réels et assumer les conséquences de ce que nous avons fait.

Il nous faut arrêter d’utiliser la sexualité avec l’objectif de se sentir viril. Voici plutôt comment vivre des relations sexuelles marquées par « l’intimité et la joie, l’extase et l’égalité » :

1. Le consentement. S’assurer d’avoir le consentement éclairé du partenaire à tout moment.
2. La réciprocité. Le sexe réciproque, ce n’est pas faire quelque chose à quelqu’un, c’est être avec et ressentir avec quelqu’un qui a de l’importance.
3. Le respect. Vous pouvez ressentir ou non de l’amour, mais vous devez toujours avoir du respect. Vous n’êtes pas propriétaire du corps de l’autre. L’autre est une personne réelle, ses sentiments sont aussi importants que les vôtres.

Stoltenberg donne aussi d’autres conseils en espérant qu’ils soient utiles :

  • Ne pas laisser sa sexualité manipulée par le porno
  • Ne pas laisser les drogues et l’alcool insensibiliser le vécu sexuel, car le sexe responsable n’est pas le moment d’éteindre sa conscience.
  • Arrêter d’être obsédé par la pénétration. Il y a une gamme incroyable de possibilités érotiques à explorer.

 

 

4. Les hommes contrôlent la vie

la question de l’avortement

 

 

Est-ce que les hommes cachent leurs émotions ?

On dit que les hommes sont pudiques sur leurs émotions. Leurs proches les implorent de s’exprimer, mais ils gardent tout à l’intérieur, de grands timides. «En fait, tout au long de l’histoire, les hommes, en tant que classe, ont toujours exprimé leurs émotions, avec éloquence et abondance […] et ils ont fait de ces émotions des religions. Les hommes ont exprimé leurs émotions à propos des femmes, de la richesse, de la possession et du territoire et ils ont transformé ces émotions en lois et en États-nations » en armées, en bombes, en psychiatrie. En fait les hommes ont « institutionnalisé leurs émotions» à tel point qu’il n’ont généralement pas besoin de les exprimer, car les institutions le font à leur place.

Quelles émotions expriment aujourd’hui les hommes ?

Les hommes vivent mal le fait que les femmes veulent de moins en moins entretenir leurs illusions de grandeur. Ils veulent garder leur contrôle sur la vie. À propos du droit à l’avortement ils « s’expriment dans une lutte acharnée pour maintenir sous contrôle masculin les capacités procréatives des femmes ».

Comment les hommes empêchent-ils aux femmes de contrôler leur procréation ?

Ils le font de façon explicite, par exemple en supprimant les budgets pour les recherches sur la contraception , pour les avortements, ce qui interdit l’avortement pour les femmes pauvres. Ou encore en pénalisant l’avortement.

Et ils le font de façon plus secrète, grâce à l’apathie. Certains hommes vont se dire favorables à l’autonomie des femmes sur les questions de la contraception ou de l’avortement, mais ils ne vont pas en faire une des priorités de leur activisme politique. Ils restent passifs.

Mais pourquoi les hommes font ça ?

C’est une émotion masculine collective rancunière et punitive. Les hommes expriment entre autre la peur que les femmes cessent de soutenir leur identité sexuelle, la peur que la masculinité disparaisse.

Quelle est la mentalité masculine par rapport à l’avortement ?

Stoltenberg cite une enquête qui a été menée sur des jeunes hommes pour comprendre leur rapport à la contraception. Elle date de 1977 mais en dit long sur la mentalité masculine. Ces jeunes hommes âgés de 15 à 19 ans ont manifestés un consensus :

  • Ils trouvent ça normal de mentir à une fille pour pouvoir coucher avec elle.
  • La contraception, ce n’est pas leur problème, « un gars n’a pas à faire ça »
  • Par contre ils ne trouvent pas normal d’avorter, « parce que c’est mal ».

 

Dans quelles situations les hommes sont plus susceptibles d’accepter l’avortement ?

Les seules situations où une majorité d’entre eux acceptent l’avortement sont : la mauvaise santé de l’épouse, le viol, ou la possibilité d’un enfant déformé — en d’autres mots, si la marchandise est avariée. Dans une culture patriarcale, on remarque que les hommes s’opposent majoritairement à l’avortement même en cas de grande difficulté financière, d’un enfant non désiré, ou suite à un échec de la méthode contraceptive.

Quelle influence ont les hommes sur les femmes sur ces questions ?

Dans les couples, elle est énorme. « Presque tous les hommes contrôlent au quotidien la fécondité des femmes qui leur sont proches, de la même façon dont ils contrôlent d’autres aspects de la vie des femmes : en déterminant les limites à ne pas franchir pour rester « à l’abri » de leur colère ». La femme préfère souvent mener à terme une grossesse non désirée plutôt que de risquer de mettre en colère le partenaire masculin.

“les hommes ont institutionnalisé leurs émotions à tel point qu’il n’ont généralement pas besoin de les exprimer, car les institutions le font à leur place.”

Le fœtus est un pénis.

Les hommes veulent contrôler la capacité reproductive des femmes en partie parce qu’ils croient que leur sperme éjaculé est une extension symbolique et matérielle de leur pénis. La vision moderne de cette mythologie est de considérer le fœtus comme une personne à part entière. Et dans une culture patriarcale, les personnes authentiques sont les hommes, et non les femmes. Cela revient donc à considérer que les droits du fœtus sont plus importants que ceux de son hôte.

Comme le formule très bien Andrea Dworkin : « Avorter un fœtus, en termes masculinistes, c’est commettre un acte de violence contre le phallus lui-même, c’est l’équivalent de le trancher. Le fœtus étant perçu comme ayant un caractère phallique, la vie qu’on lui prête est hautement valorisée, alors que la vie concrète de la femme est sans valeur et invisible ».

L’avortement n’est-il pas traumatisant pour les femmes ?

« On prétend souvent que l’avortement est en soi une expérience émotionnelle dévastatrice pour les femmes […]. Mais une étude menée auprès de 329 femmes ayant avorté à Philadelphie laisse émerger un portrait très différent. Même si la plupart des femmes ont vécu leur avortement avec un certain degré d’émotions conflictuelles, la majorité des répondantes ont déclaré que leur sentiment prédominant était « un soulagement que l’avortement ait eu lieu ».[…] Dans presque tous les cas où les répondantes ont vécu une détresse émotionnelle marquée, c’était par manque de soutien émotionnel de leur partenaire »

Tous les hommes se comportent-ils ainsi ?

Pas tous de façon individuelle, mais collectivement, en tant que classe, oui. Les hommes savent, en tant que classe, que la liberté reproductive des femmes n’est pas dans leur intérêt.

Pourquoi l’autonomie des femmes terrifie les hommes ?

« Les hommes, en tant que classe, savent que leur avantage social, culturel et économique sur et contre les femmes dépend absolument du maintien de la grossesse non voulue, de la gestation non voulue, de l’accouchement non voulu et du soin non voulu des enfant » Si la liberté reproductive des femmes devenait un jour réalité, la suprématie masculine ne pourrait plus exister. Il s’agit donc d’une menace à leur privilège.

 

5. Les hommes contrôlent la mort

critique féministe de la guerre

 

Pour mettre fin à la guerre, il faut d’abord reconnaître et combattre les formes de violences perpétrées par la classe des hommes contre les hommes. La guerre et l’armement ont tout à voir avec la violence sexuelle masculine. Comme le dit Mary Daly, il ne faut « pas un grand effort d’imagination pour percevoir une relation profonde entre la mentalité du viol et le génocide ».

Quel est le lien entre le viol et la guerre ?

Robin Morgan : « La pornographie est la théorie, et le viol la pratique. Et quelle pratique ! Le viol d’une femme est la métaphore parfaite de l’homme qui s’impose par la force à des nations entières […], à d’autres espèces […], et à la planète elle-même »

La critique féministe de l’État et de l’armée

Comme disait Virginia Woolf : « En tant que femme, je n’ai pas de pays ». Ce ne sont pas les mères qui ont inventé et qui contrôlent l’État et l’armée, mais bien les pères qui mènent la guerre contre d’autres peuplent et envoient les fils à la guerre. « Durant la guerre du Vietnam, pour la première fois dans l’histoire des États-Unis, des jeunes hommes ont rejeté en grand nombre la vie militaire. Avant cela, obéir à l’appel de son pays et devenir soldat était s’affirmer comme un vrai homme. […] Des mères en grand nombre ont endossé le refus de leurs fils d’être transformés en chair à canon.»

Quelle place pour le féminisme dans la résistance à la guerre du Vietnam ?

« Il aurait pu se développer une conscience généralisée chez les hommes que c’est le militarisme lui-même qui est immoral. […] Mais, bien sûr, ce n’est pas ce qui arriva.» Les hommes ont raté l’occasion d’examiner la relation fondamentale entre militarisme et suprématie masculine. On s’est contenté de dire que résister à cette guerre était une façon nouvelle d’être un vrai homme, comme l’illustra le slogan « Les filles disent Oui aux hommes qui disent Non ».

Les femmes une nouvelle fois trahies

De nombreuses femmes se sont impliquées aux côté des hommes dans les mouvements anti-impérialistes ou révolutionnaires. Ces hommes contestent publiquement la guerre mais continuent de se comporter en phallocrates avec les femmes du mouvement en faisant passer la question du viol ou de la prostitution pour un enjeu secondaire.

Ainsi, beaucoup de femmes ont consacré leur vie à des mouvements de changement social aux conditions définies par les hommes, et en sont ressorties trompées et trahis. C’est d’ailleurs souvent le cas avec les discours catastrophistes qui peuvent facilement faire taire les femmes et leurs revendications au nom d’une autre urgence.

Pourquoi les pères envoient-ils les fils mourir à la guerre ?

Le père veut que son fils soit viril. Mais plus son fils grandit et devient viril, plus il se sent menacé par ce jeune rival. La machine de guerre est une des violences que les pères peuvent employer contre les fils pour maintenir leur pouvoir en place. Le militarisme assure aux patriarches le contrôle de la vie et de la mort des fils, en leur demandant de diriger cette violence contre les autres, contre les femmes.

Est-ce que la guerre et la défense assurent la « sécurité intérieure» ?

Pour les femmes, ce concept de « sécurité intérieure » n’a pas de signification réelle. Elles ne sont pas protégées des prédateurs masculins du pays, elles ne sont pas même en sécurité dans leur propre foyer. « Beaucoup de femmes cèdent leur corps par contrat de mariage pour leur sécurité ». En réalité, quand les patriarches parlent de « sécurité intérieure » ou « sécurité nationale », ils comptent bien protéger leurs droit de propriété sur les corps des femmes et des enfants.

“en tant que femme, je n’ai pas de pays”— Virginia Woolf

Qu’est-ce que la course à l’armement ?

Comme les hommes apprennent physiquement à érotiser l’agression, la course a l’armement est comparable à un concours de bite. Qui aura la plus grosse bombe, la plus grande force de destruction, qui aura la plus grosse bite ?

Qu’est-ce que le désarmement ?

Le désarmement doit passer par le démantèlement du sadisme masculin, de la violence masculine érotisée. Il signifie la fin du patriarcat. Il n’y a pas de résistance à la guerre possible sans abandon de la domination des hommes sur les femmes.

 

6. La libération sexuelle

 

Quand on parle de sexe, c’est souvent comme s’il était déconnecté du reste de la vie. Comme si la façon dont on agit au lit et la façon dont on agit en général étaient deux sphères distinctes. Du coup un homme peut brutaliser, humilier ou blesser quelqu’un en privé pour son plaisir sexuel, et puis sortir de sa chambre de torture et continuer sa vie comme si de rien n’était. Non seulement on en vient à penser que ce que font deux adultes consentants ne regardent que ces deux personnes, mais pire : que ça ne concerne même pas ces deux personnes elles-mêmes. Au lieu de considérer la sexualité et le reste comme un continuum, on prétend que ce qui se passe au lit n’arrive que là et, de toute façon « Pour qui te prends-tu pour remettre en question ce qui est arrivé entre nous hier soir ? C’était du bon sexe, non ? ».

Les anciens interdits de langage sur le sexe

Autrefois, on ne pouvait pas écrire des phrases comme celles-ci :
« “Tiens, connasse, prends ta punition” gronda-t-il en faisant tournoyer le fouet au-dessus de sa tête pour ensuite l’abattre sur mes fesses. “Prends-là, chienne, prends bien ta punition, espèce de salope”.[…] Le plaisir le mettait maintenant hors de lui et il éprouvait un délice cruel et vicieux à faire pleuvoir les coups sur moi. Il n’en avait que pour les cris qui déchiraient mes lèvres et sonnaient si délicieusement à ses oreilles ».

Autrefois, on ne pouvait pas écrire des phrases comme celles-ci :
« Je la tenais solidement ; je me soulevais un peu plus pour l’enfoncer jusqu’à la garde et je poussai… je crus que sa matrice allait craquer. Puis je lâchai tout — droit dans cette chair béante et baveuse. Elle se convulsa — elle délirait deplaisir et de douleur. Puis ses jambes glissèrent de mes épaules et virent heurter le sol avec un bruit mat. Et elle resta allongée là, comme morte, baisée pour le compte, out.»

Qui s’est battu pour autoriser ce genre de langage ?

« Diverses factions d’hommes – éditeurs, législateurs, juristes, avocats —, autant d’hommes s’affrontant à propos du droit d’autres hommes, écrivains et lecteurs, à produire et à consommer ce langage ».

Quels sont les nouveaux interdits de langage sur le sexe ?

Tout ce qui «brusque l’égo sexuel des hommes». Comme par exemple critiquer « le recours à la force, à l’objectification, au mépris et à la violence dans le comportement sexuel masculin», identifier ce « comportement comme racine et modèle de la suprématie masculine. » et vouloir y mettre fin.

Comment garantir la liberté sexuelle ?

On dit que la liberté sexuelle est advenue. Mais regardons de plus près ce qui garantirait cette liberté et si c’est le cas.

1. Que le sexe soit libre de toute restriction extérieure.
Très bien. « Mais devant une photo de magazine où une femme est ligotée, ballonnée et écartelée sur une planche, la vulve grande ouverte pour l’objectif, vous pourriez vous demander : où est cette absence de restriction ? »

2. Que les personnes puissent se sentir bien dans leur corps et avec les autres sur le plan sexuel.
Mais alors que penser d’un tel passage :
« L’homme ne voulait qu’une chose : la violenter et la violer jusqu’à ce qu’elle soit entièrement brisée et soumise à sa volonté. Il s’agenouilla entre ses jambes écartelées et se délecta à la vue de la petite chatte terrifiée dans laquelle il s’apprêtait à plonger sa bite. »

Ou de celui-là: « Il fit claquer la ceinture dans l’air avant d’en lacérer la peau tendre de la fille. “Monsieur, dites-moi simplement ce que vous voulez et je le ferai.” “Ta gueule, petite pute à deux balles ! Je ne veux rien d’une putain !” La ceinture entailla à nouveau sa chair et elle s’écria : “Mais je veux !” “C’est bien le problème ! Tu en veux ! Tu es une putain e une abomination” »

Où sont les sentiments de bien-être réciproque ? Où est la liberté ?
Ou en parcourant un « magazine montrant page après page des corps aux organes génitaux enserrés de fils de fer et de lanières en cuir, des anneaux perçants ces organes, […] vous pourriez alors vous demander : pourquoi cette personne doit-elle être punie pour vivre des émotions sexuelles ? […] Pourquoi les techniques de torture les plus répressives et les plus sadiques de l’Inquisition sont-elles exercées aujourd’hui entre individus dans ce que certains appellent de la sexualité ? Où est la liberté sexuelle ?

Sans égalité, la liberté n’est pas possible

Quand on entend parler de liberté sexuelle aujourd’hui, on entend des mots simplistes comme «sexe-positif » ou « pro-sexe », qui révèlent souvent une approche assez libérale de la liberté. La liberté y est individuelle, c’est une vision des choses plus individualiste que collective. En réalité, « les personnes dénuées de pouvoir ne peuvent être libres. Leur expérience de liberté sexuelle devient une simple illusion, un reflet de leur conformité aux exigences des dominants. » La liberté seulement pour quelques-uns, ce n’est pas une liberté mais un privilège. Donc la liberté de ne pas considérer l’autre comme une personne, ce n’est pas une liberté, mais un privilège (en l’occurrence masculin).

Dans tous les peuples qui ont lutté pour la liberté, les gens ont compris que leur liberté dépendait d’abord de la justice. Cela est parfaitement compris — sauf en matière de sexe. Hors de toute notion de justice et d’égalité, on ne sait pas bien ce que « liberté sexuelle » signifie. Ce terme brouille presque totalement les valeurs réellement exprimée lors des rencontres sexuelles.

“une fois que l’inégalité a été sexualisée, tous les coups sont permis.”

Pour poser sérieusement la question de la libération sexuelle, il faut la considérer dans le contexte politique actuel : une structure sociale qui est essentiellement celle de la suprématie masculine. Et comment certains actes sexuels pratiqués en privé peuvent refléter et maintenir intactes des structures de domination et de soumission.

Quel a été l’objectif de cette fameuse liberté sexuelle ?

« La liberté sexuelle n’a jamais eu pour objet la justice sexuelle entre les hommes et les femmes. Son objet a été le maintien du statut supérieur des hommes, […] et il a été de sexualiser le statut inférieur des femmes», donc de préserver une sexualité qui préserve elle-même la suprématie masculine. Une fois que l’inégalité a été sexualisée, tous les coups sont permis.

Qu’est-ce qu’on pourrait appeler du « bon sexe » ?

Ici dans le sens : Qu’est-ce qu’une bonne baise ? Il y a deux questions en une, celle du plaisir et celle de l’éthique. Est-ce que le sexe est bon parce qu’il est agréable et qu’il donne du plaisir ? Ou bien parce qu’il est éthique (la façon dont les partenaires agissent et se traitent, par exemple, la justice et l’égalité entre eux, leur empathie, leur respect) ?

Pour Stoltenberg, le bon sexe relève des deux à fois : le plaisir érotique à la fois s’enrichit et dépend d’un contexte de respect mutuel entre les partenaires. le bon sexe est bon pour et bon envers chacun des partenaires.

Pourquoi la question du « bon sexe » est politique ?

Parce qu’elle exige de se pencher sur les inégalités de pouvoir (par exemple le genre, la race, les revenus, l’âge). C’est une question exigeante car elle porte sur le lien entre la structure sociale et l’acte sexuel examiné. Deux personnes ne vont pas juger de la même façon si le sexe est bon selon leur rapport au pouvoir et à la domination.

Quelqu’un qui veut célébrer les inégalités de pouvoir et les privilèges va considérer comme du bon sexe les scénarios qui lui font vivre ces situations d’inégalité (domination, coercition, force, etc). « En revanche, quelqu’un ayant fait le choix de résister activement à ce statu quo trouverait du sexe bon dans la mesure où l’acte sexuel habilite également les deux partenaires. »

 

 

7. Objectification sexuelle

 

Qu’est-ce que l’objectification sexuelle ?

C’est quand un homme regarde le corps d’une personne non comme quelqu’un, mais comme un objet qu’il possède ou qu’il va posséder. Et il devient excité sexuellement en considérant cette personne comme son objet. Cela peut se produire dans la rue, quand un homme fixe le corps d’une inconnue jusqu’à avoir envie d’un rapport sexuel avec elle. Ou bien quand un homme regarde ou imagine du porno, des corps, des organes génitaux qui semblent disponibles et accessibles, et il se masturbe en même temps. Ou encore quand un homme a besoin d’un type de corps particulier pour avoir envie de sexe, et qu’il est même prêt à payer pour se le procurer puis s’en débarrasser.

Comment cela est-il considéré ?

Les points de vue sont divers sur l’objectification. Il existe différents tabous sur qui on a le droit d’objectifier sexuellement ou pas ; par exemple suivant le type de corps, les parties du corps, l’âge, les croyances, la classe des personnes etc. Certains actes sexuels seront moins bien considérés que d’autres.

« Mais dans tous les cas, l’objectification sexuelle est considérée en elle-même comme la norme de la sexualité masculine.» Elle est perçue comme ordinaire, comme une façon « naturelle » et « saine » de regarder d’autres personnes. Certains hommes sont si obsédés par l’objectification qu’ils organisent une bonne part de leur vie en fonction, pour être suffisamment souvent excités.

Comment les hommes évitent la question de l’objectification ?

De manière générale, la sexualité masculine est relativement à l’abri de toute évaluation éthique, mais si besoin il est possible d’évacuer facilement la question. Par exemple en disant que c’est un phénomène biologique neutre, comme si l’objectification était une fonction évolutionnaire de l’espèce humaine, ou une expression de notre ADN. On peut aussi dire qu’il s’agit simplement d’une « réaction », « comme si le véritable responsable de l’acte était quelqu’un ou quelque chose d’autre. » L’objectification est donc peu étudiée, alors qu’elle est essentielle à la sexualité masculine.

Les questions éthiques de l’objectification

On met ici de côté le « péché » ou la « vertu », des notions qu’on retrouve dans les morales religieuses mais qui ne nous intéressent pas ici. Poser la signification éthique de l’objectification, c’est identifier qu’il s’agit d’un acte que fait une personne à une autre. Donc : « qui fait exactement quoi à qui ? L’acte est-il juste ou injuste ? Quelle est la conséquence de l’acte pour l’autre personne ? »

En fait, « lorsqu’un homme objectifie sexuellement quelqu’un, c’est à dire lorsqu’il considère une autre personne comme une chose plutôt que comme une personne à part entière, à seule fin d’excitation sexuelle, il est peu susceptible d’être attentif à ce qui arrive à qui que ce soit d’autre que lui-même ». Par définition, la personne cesse d’être considérée par lui comme un vrai sujet. Seule l’expérience de l’homme est valide, la personne objectifiée « ne mérite aucune empathie réelle », il « crée une distance entre lui et la personne ainsi traitée ».

Quel lien avec la suprématie masculine ?

L’objectification sexuelle est à la fois une réaction à la suprématie masculine, et un moyen d’imposer cette suprématie. Elle permet aux hommes de se sentir suffisamment dissociés du statut inférieur des femmes, de s’identifier et se sentir réels en tant qu’hommes.

Quelles sont les conséquences pour les femmes ?

« Pour bien des femmes, l’objectification sexuelle masculine constitue un prélude à la violence». Avant de commettre une agression sexuelle, ou d’imposer un acte sexuel, l’homme objectifie sa victime. Cet objet devient une proie, une cible. Quand un homme objectifie une femme, il ne commet pas à tous les coups de violence sexuelle. En revanche, « tout acte d’objectification sexuelle a lieu sur un continuum de déshumanisation dont la violence sexuelle masculine constitue l’aboutissement ». L’objectification est ce qui rend la violence masculine possible.

 

 

8. La pornographie

 

 

Qu’est-ce que le porno ?

C’est l’industrie et le commerce de l’objectification. « La caméra est devenue à la fois le médium et la métaphore de l’objectification sexuelle». Une personne réelle est transformée en une image, qui sera copiée et vendue à des millions d’hommes pour qu’ils puissent avoir une relation sexuelle avec un objet.

Le porno «fonctionne justement en permettant aux hommes de ne pas ressentir d’empathie pour la personne objectifiée. On exagère à peine en qualifiant cela de nécrophilie de masse ». Les femmes objectifiées sont souvent représentées « dans des positions lascives, d’extase, et d’accessibilité, d’absence de vie en quelque sorte. L’objet sexuel n’a plus de volonté autonome, c’est un « genre de mort cérébrale ».

Pourquoi les hommes aiment le porno ?

Les hommes aiment le porno car il les aide à être excités tout le temps. Les hommes détestent ne pas avoir envie de baiser, ils croient qu’ils devraient avoir envie de baiser même quand ils n’en ont pas envie. Les hommes aiment le porno parce qu’il les aide à se mentir. Le porno se grave sur nos rétines et sur nos cerveaux, il reflète et influence ce que les hommes pensent être du « bon sexe ». C’est « une industrie vouée à convaincre les gens qui ont un pénis que les gens qui n’en ont pas sont des salopes qui ne veulent qu’être violées et avilies, […] où les hommes se voient comme des machines à baiser et voient les femmes comme des objets décérébrés à entuber ».

Pourquoi le porno n’est pas neutre ?

Parce que la caméra est un outil qui peut transmettre certaines choses plus que d’autres. Instrument d’objectification par excellence, la caméra peut représenter facilement les performances extérieures. Mais elle illustrera difficilement « l’échange d’émotions entre deux personnes à ce moment, les valeurs de chacune, le lien entre cette rencontre sexuelle et le reste de leurs vies, » etc.

Quelle conséquence pour la représentation du bon sexe ?

Ce que la caméra donne à voir devient la norme du bon sexe pour un homme. En imitant ce qu’il voit dans les films porno, l’homme « devient comme une caméra face à la personne avec qui il est ». Le porno renforce donc artificiellement l’identité sexuelle des hommes et leur permet de garder un lien avec l’idéal d’une masculinité déconnectée de qui que ce soit d’autre. Trop habitués à baiser comme des caméras, les hommes deviennent incapables de reconnaître du « bon sexe » s’il n’y perçoivent aucune domination implicite.

Pourquoi des féministes étudient de façon critique le porno ?

La pornographie est « comme une fenêtre sur la socialisation à ce qu’on appelle la sexualité masculine ». Elle «ment à propos des femmes. Mais elle dit la vérité à propos des hommes ». « On [y] voit ce dont ont besoin les hommes, en tant que classe, […] pour se sentir réels », elle est même la source d’information la plus fiable sur le masculinisme.

Qu’est-ce qu’on y découvre sur la sexualité des hommes ?

  • Dépendance à la force, à la coercition
  • Érotisation de la haine raciale
  • Mépris des femmes
  • Obsession du pénis, de la pénétration
  • Les inégalités et la violence sont sexy

 

Quel lien entre pornographie et suprématie masculine ?

La pornographie nous montre les gestes qui imposent le pouvoir sur un autre corps. Elle érotise la suprématie masculine. Elle l’institutionnalise « tout comme la ségrégation institutionnalise la suprématie blanche. C’est une pratique qui incarne une idéologie de supériorité biologique, une institution qui exprime et instaure cette idéologie ». Elle fait vivre la hiérarchie, la haine, le terrorisme et l’inégalité comme du sexe. « La pornographie rend le sexisme sexy. »

“le porno, c’est l’industrie et le commerce de l’objectification sexuelle”

Pourquoi s’intéresser au porno gay ?

Tous les hommes n’apprécient pas le porno gay, mais ce n’est pas ce qui nous intéresse ici, car le porno gay ne nous apprend pas seulement des choses sur les hommes gays, mais sur la masculinité en général, sur « ce que les hommes croient que les autres hommes vivent quand ils ont du bon sexe. »

Que nous apprend le porno gay sur les hommes ?

Comme presque tous les films porno, ils « mettent en scène une sexualité qui n’a pas de passé (les accouplements sont dénués d’histoire), pas d’avenir (les rapports sont dénués d’engagement), et pratiquement pas de présent (la relation est physiquement fonctionnelle, mais aliénée au plan émotionnel). La caméra est obsédée par les pénis et ce qui leur arrive, en gros plan. Des pénis qui entrent dans des trous et en ressortent. Les pénis sont toujours en érection, pour qu’on soit bien sûr qu’ils éprouvent des sensations. La seule chose qui paraît, c’est l’activité de la bite, son statut. Le porno gay incarne le voyeurisme et l’égocentrisme sexuels auxquels aspirent également les hommes hétéros.

Quel rapport entre le porno gay et hétéro ?

Dans le porno gay, tout est «présenté comme ostensiblement masculin » alors que dans le porno hétéro la femme est montrée « comme objet sexuel doté d’un besoin insatiable de subordination ». Mais porno gay et hétéro ont pour point commun de dépeindre les mêmes valeurs : « prendre, utiliser, détourner, dominer — en d’autres mots, une politique de coercition sexuelle ».

Pourquoi le porno hétéro accorde moins d’attention à l’homme ?

Sans doute pour deux raisons

1. Le spectateur veut pouvoir s’imaginer lui-même dans les scènes de sexe et ne veut pas être distrait par un concurrent masculin.

2. Le spectateur ne veut pas prendre le risque d’objectifier sexuellement d’autres hommes. Voilà pourquoi l’accent est mis sur la femme comme objet.

Comment la pornographie impose l’homophobie ?

Déjà par les scènes de lesbianisme, qui sont un vrai cliché de la pornographie hétéro : les femmes ne sont pas là l’une pour l’autre, elle sont là seulement pour le spectateur masculin. Ensuite par les innombrables insultes homophobes, contre les gays ou les hommes efféminés. Si un homme est perçu comme un simple orifice, il est autant méprisé qu’une femme.

Et enfin la sexualité patriarcale, c’est-à-dire la haine des femmes, s’exprime aussi très bien dans le porno gay, mais d’une façon différente « Pour limiter le stigmate social habituellement attaché aux hommes “traités comme des femmes” […] la pornographie gay a élaboré plusieurs “codes” particuliers . Un de ces codes est qu’un homme qui se fait sodomiser va ensuite sodomiser plus tard dans le film, pour montrer qu’il n’a pas été féminisé.

Un autre code est qu’un homme “capable” de supporter » la violence sexuelle d’une autre homme « atteint une sorte de supermasculinité ». À l’inverse du porno hétéro, ici le ligotage douloureux, l’humiliation et l’enculage au poing sont des façons de prouver qu’on est bien viril. L’homme est un objet sexuel, mais il n’est pas une victime, il encaisse. Le porno gay promet « aux hommes d’en sortir encore plus virils ».

Pourquoi la critique de la pornographie est-elle censurée ?

Parce que l’industrie du porno et ceux qui en font l’apologie savent qu’elle existe parce qu’elle alimente la sexualité de quelques hommes, et c’est un vilain petit secret. Ces gens sont gênées d’admettre que le pire du matériel qu’ils produisent peut avoir l’effet d’exciter sexuellement des hommes et de nourrir leur appétit et leur violence. Ils ont peur que «le mouvement féministe antipornographie constitue en fait une attaque contre la sexualité masculine. » Et ils ont tout à fait raison : « Le mouvement féministe antipornographie tient bel et bien les hommes responsables des conséquences réelles de leurs envies sexuelles pour les femmes ».

Comment la critique féministe de la pornographie est-elle censurée ?

Voici quelques arguments utilisés par les pornographes et les éditeurs pour faire taire la critique :

  • Vous êtes « anti-sexe », prudes, moralisatrices
  • Il n’y a pas de désir sans domination
  • La pornographie n’est pas la réalité, c’est de l’ordre du fantasme
  • Si vous critiquez le porno, vous êtes associées à l’extrême-droite, donc vous êtes contre les femmes.
  • Faites plutôt la promotion du bon porno féministe
  • Le porno c’est de l’art, nous sommes pour la liberté d’expression
  • Certaines femmes disent “Je suis une vraie femme, je veux être prise, j’aime le sexe agressif, alors fichez-moi la paix” ou encore “Vous, les féministes antipornographie, constituez plus une menace pour moi, une atteinte à ma liberté, que les pornographes. »

 

Peut-on réaliser du porno éthique ?

Les amateurs de pornographie protestent souvent en disant qu’on peut développer du porno alternatif, artistique, éthique voire féministe grâce à de meilleures productions, scénarios, une diversité d’acteurs et actrices. Bref on pourrait réformer le porno et le rendre éthique en changeant la façon dont les films sont tournés. Stoltenberg doute franchement que cela suffise. Pour lui, la solution « est vraiment de changer le sexe lui- même. »

Comment communiquer sur le bon sexe ?

Tenons pour acquis que le bon sexe soit possible, qu’il existe. C’est à dire des relations sexuelles qui permettent « d’investir des valeurs d’égalité, de réciprocité, d’équité, » de communion et d’affection, d’intégrité physique, de capacité égale de choix, tout en fusionnant ces valeurs avec une jouissance physique, des sensations intenses et une expressivité débordante. Admettons que certaines personnes aient déjà ressenti ce potentiel érotique, malgré l’ensemble de notre contexte culturel qui y est très défavorable. Comment ces personnes pourraient transmettre ces connaissances à d’autres, « l’exprimer, le montrer, le communiquer… sans devoir coucher avec tout le monde ? »

« Il faudra, bien sûr, certains supports culturels pour diffuser ce message, pour tenter de sensibiliser les gens à ce qui peut être bon dans le sexe et les aider à dépêtrer leur vie des nomes sexuelles qui empêchent le sexe d’être bon. Ces messages devront prendre différentes formes, qu’il s’agisse de mots, d’images, de performances, ou d’un mélange de tout cela.» Mais «cette communication différera beaucoup de la plupart des productions sexuellement explicites actuelles, essentiellement créées pour piéger les gens dans une relation sexuelle avec ces objets. »

Pour que les personnes apprennent à se considérer mutuellement comme des personnes entières et non comme des objets, des parties de corps, des biens de consommation, il est « évident que le média approprié à une telle communication ne peut être lui-même produit et commercialisé sous forme d’objets à fonction sexuelle », comme c’est justement le cas d’un film porno.

Le mieux pour commencer cette tâche est de ne pas attendre une médiation mais s’engager dès aujourd’hui à comprendre la façon dont nous traitons les gens, et à « parler de tout cela, face à face, de personne à personne, avant, pendant et après le sexe. » « Nous devons nous engager à une responsabilité et à une sincérité accrues dans nos vies sexuelles. »

 

 

 

9. La pornographie comme enjeu des droits civiques

 

Quel est le problème avec le droit ?

Le droit est censé créer la justice. Mais « historiquement, les lois ont servi à perpétuer l’injustice — l’esclavage, entre autres — aussi souvent, voire plus souvent, qu’elles n’ont servi à le contrer. » Les lois « tendent à servir les intérêts des dominants et à trahir ceux des dominés. […] Le droit a plutôt servi à défendre la suprématie masculine, à renforcer l’injustice sexuelle. »

Pourquoi s’intéresser au droit ?

Parce qu’en 1983 un nouvelle théorie juridique a été créée aux États-Unis, avec un projet d’ordonnance municipale antipornographie élaboré par des féministes radicales. Ce projet « allait permettre des recours civils contre des pornographes au motif que leur pratique constituait une violation des droits civiques des femmes — parce que la pornographie subordonne les femmes en tant que classe et crée donc de la discrimination sexuelle. »

Comment la pornographie a-t-elle été envisagée comme enjeu des droits civiques ?

C’est une idée née « de l’indignation et de la frustration qui animaient depuis les années 1970 une forte mobilisation féministe contre la pornographie. »

En 1968 des féministes perturbent le célèbre concours Miss America, ce « rituel sexiste et raciste célébrant la réduction de femmes à l’état d’objets ». Puis de nombreuses manifestations ont lieu contre l’empire Playboy. Elles veulent « construire à la place une société où les femmes et les hommes seront libres de leurs interactions comme être humains d’égale dignité et valeur ». Les pornographes veulent détruire les féministes et engagent la bataille, notamment grâce à la presse.

L’essor du féminisme antipornographie

Les féministes imaginent une multitude d’actions différentes, de désobéissance, des blocages. En 1976 sort un film intitulé Snuff, qui met en scène un homme qui tue, éventre une femme et lui arrache et exhibe l’utérus au moment où il jouit. Les féministes forment des groupes locaux anti-porno un peu partout, elles se mobilisent de plus en plus, organisent des manifestations contre la vente de film et revues porno, et contre les photographes de Playboy qui tentent de recruter des étudiantes.

Le militantisme de terrain s’accompagne de nombreux écrits féministes critiques de la pornographie. Les femmes prennent la parole et révèlent « comment l’utilisation de la pornographie par des hommes avait joué un rôle direct dans leur vécu d’inceste, de maltraitance sexuelle, de viol marital, de violence conjugale […] Certains témoignèrent de la manière dont la pornographie avait servi à les “apprêter” en vue de les prostituer. »

Dans quel contexte émerge cette mobilisation ?

  • Des avancées technologiques comme la télévision par câble qui augmentent la distribution du porno
  • Du porno de plus en plus violent et sadique : torture, mutilation, zoophilie, pénétration vaginale avec des couteaux, etc.
  • De nouvelles études en sciences humaines montrent que certains types de porno augmentent l’agressivité, l’hostilité et le cynisme des hommes envers les femmes, ils se sentent plus prêts à commettre des viols.
  • Le témoignage de Linda Marchiano, actrice du film porno Deep Throat, qui raconte comment elle a été battue, forcée, et menacée au fusil par son mari pour jouer dans cette production, et elle ne peut pas faire appel à la justice.
  • Les campagnes extrêmement misogynes pour diaboliser les féministes antiporno. C’est à ce moment-là que les militantes ont découvert que la pornographie était le centre nerveux de la suprématie masculine.

 

Qui est à l’origine de l’Ordonnance antipornographie ?

Deux femmes qui formaient une redoutable équipe.

  • Catherine MacKinnon (avocate, enseignante, autrice et militante féministe) était la spécialiste en droit constitutionnel à qui l’on devait la théorie définissant et instaurant le harcèlement sexuel comme
    concept juridique reconnu.
  • Andrea Dworkin (écrivaine, militante et conférencière féministe passionnée) avaient beaucoup écrit sur la pornographie comme enjeu féministe.

 

Quel est le principe de l’Ordonnance ?

Il s’agit « d’un amendement apporté à l’ordonnance des droits civiques de la ville de Minneapolis. […] Cette innovation allait donner aux victimes de la pornographie une chance de se défendre. »

“l’Ordonnace identifie la pornographie par rapport aux personnes à qui elle porte préjudice”

Les quatre motifs de plainte

1. La contrainte à la pornographie. Pour permettre à une personne dont le viol est photographié ou filmé, ou qui est contrainte à jouer une scène pornographique, de porter plainte ou d’intenter des poursuites civiles.
2. Le fait d’imposer de la pornographie à quelqu’un. Toute personne forcée de regarder du porno, chez elle, au travail, à l’école ou en public, subit une violation de ses droits civiques. La personne peut poursuivre l’agresseur, ainsi que tout établissement qui laisse cette agression se produire.
3. L’agression ou l’attaque physique due à la pornographie. Pour permettre à quiconque est violé ou blessé suite à une production porno de poursuivre son agresseur pour dommages.
4. Le trafic de pornographie. Pour permettre des recours collectifs pour faire retirer du marché une production pornographique en raison de son impact sur le statut social de l’ensemble des femmes. Il existe aujourd’hui un corpus important de preuves cliniques, de recherches et témoignages de victimes sur le fait que la pornographie suscite de l’hostilité, de l’intolérance et des agressions contre les femmes, ainsi que des attitudes et comportements de discrimination sexuelle.

Quelles sanctions prévues par l’Ordonnance ?

Pas d’arrestation, d’incarcération, de perquisition ni de poursuites pénales. Les sanctions prévoient des dommages et intérêts, et possiblement un retrait du marché de la production pornographique. « Cette ordonnance n’a absolument rien à voir avec une intervention policière, une bridage des mœurs ou un comité de censure ; elle serait exclusivement déclenchée par des plaintes et des recours civils, déposés à titre individuel par des parties plaignantes et non sous forme de poursuites intentées par l’État ».

Quelle est la définition juridique d’un matériel pornographique selon l’Ordonnance ?

Le matériel en cause doit répondre à chacun des quatre critères suivants :

1. Il doit être manifeste. C’est-à-dire que le caractère pornographique doit être dénué d’ambiguïté.
2. Il doit être sexuellement explicite. Des actes sexuels spécifiques que les tribunaux ont déjà jugés clairs.
3. Il doit constituer une subordination des femmes. Il ne suffit pas que le matériel prône ou exprime le statut subordonné des femmes ; il doit lui-même subordonner activement des femmes.
4. Il doit inclure au moins un élément d’une liste de scénarios précis. (par exemple des femmes présentées comme des objets qui aiment être violées).

Quelles différences avec les lois contre l’obscénité ?

Les lois sur l’obscénité sont rédigées pour rendre illégal le matériel qui offense la moralité publique, alors que l’Ordonnace identifie la pornographie par rapport aux personnes à qui elle porte préjudice. Les lois sur l’obscénité sont subjectives et arbitraires, déconnectée d’un préjudice réel. Alors qu’il existe des preuves abondantes des préjudices causés par le porno tel que défini dans l’Ordonnance. En fait, la critique juridique et politique la plus cohérente des lois sur l’obscénité a été faite par des militantes féministes radicales qui demandaient leur abrogation.

Que s’est-il passé avec l’Ordonnance ?

Elle fut adoptée par le Conseil municipal de Minneapolis le 30 décembre 1983, à la surprise générale. « On vit une certaine horreur se propager à l’idée qu’une femme […] puisse entrer dans un tribunal et risquer de prouver […] qu’une manifestation donnée de la sexualité patriarcale l’avait blessée et que cette atteinte avait quelque chose à voir avec le fait d’être une femme ».

Il y eu de l’opposition, au nom de la liberté d’expression, pour ne surtout pas reconnaître les menaces liées à la sexualité patriarcale. Le 5 janvier 1984, l’Ordonnance subit le véto du maire Donald Fraser. Le projet de loi fut adopté une fois de plus en juillet 1984 à Minneapolis, et le maire y opposa son véto encore une fois. En novembre 1984, l’Ordonnance fut qualifiée d’inconstitutionnelle par la juge de district car elle décida que la liberté d’expression était plus importante que les droits en matières de discrimination sexuelle. C’est un signe qu’on peut faire tout ce qu’on veut à des femmes du moment que l’on possède les moyens de vendre ces images aux quatre coins du monde.

La ville d’Indianapolis fit appel de la décision de la juge, puis adressa finalement un recours à la Cour suprême. En fin de compte, en février 1986, la Cour suprême confirma la décision rendue en appel par le juge.

Pour Andrea Dworkin, cette décision est scandaleuse : « Cela montre que l’appareil judiciaire protège l’industrie de la pornographie et que tout ce que le système pornographique fait aux femmes est normal […] Je ne comprends pas comment une femme qui est tailladée à coups de couteau peut être l’expression d’un simple point de vue, qui bénéficie de la protection du Premier Amendement ».

 

Abolir le genre, refuser d’être un homme

 

Pourquoi les autres hommes font peur aux hommes ?

Parce qu’on peut vouloir leur ressembler, mais avoir peur de ne pas être à la hauteur, de ne pas trouver sa place, de ne pas assurer. Nous sommes jugés par les autres hommes, et parfois menacés par eux.

Quel espoir donne le féminisme radical ?

Il permet d’imaginer un avenir de justice de genre, où les hommes n’ont pas à être grossiers et brutaux, et les femmes n’ont pas à être coquettes et superficielles. Les idées du féminisme radical aident quelques-une d’entre nous à respirer un peu mieux.

Quel problème rencontre un homme qui ne veut plus être un homme ?

Il perçoit encore plus clairement chez d’autres hommes les comportements et attitudes qu’il rejette en lui-même, et il en connaît leurs signification. C’est désagréable car ces comportements lui rappellent les parties de lui-même qui n’ont pas réellement changé. Ça devient difficile de discuter superficiellement et de rire aux blagues sexistes pour avoir des amis.

Il cherche encore la compagnie d’autres hommes, qui en général, ne partagent pas les mêmes valeurs et engagements. Il est donc confronté à un dilemme : soit il reste avec des hommes qui ne s’efforcent pas d’être antisexistes, soit il se coupe des autres hommes. Aucun choix n’est satisfaisant. L’engagement pro-féministe est presque synonyme d’un isolement des autres hommes, mais si on se coupe des autres homme, on ne peut pas réellement mettre en pratique cet engagement…

Que reste-t-il à faire ?

Il s’agit de trouver une façon de présenter et promouvoir le mouvement proféministe qui susciterait l’enthousiasme de l’ensemble des hommes. Il nous faut développer et mettre en alerte notre identité morale au lieu de notre identité de classe de sexe. Il nous faut vivre différemment et créer une différence par nos vies.

Nous ne devons surtout pas essayer d’être des rédempteurs de notre classe, ne surtout pas essayer de prouver sur la place publique que les hommes ne sont pas aussi mauvais qu’on le dit. Ce serait chercher le confort, s’autocongratuler pour se forger une apparence de dignité. Il n’y a aucune fierté à être des hommes. Par contre nous pouvons être des hommes qui vivent leur vie d’une façon qui changera le monde, et arrêter de trahir la vie des femmes.

À quoi ressemble une société débarrassée du genre ?

Si le genre est aboli, il n’y a plus deux identités sexuelles auxquelles appartenir. Les gens savent comment procréer, mais ne passent pas leur vie à construire une identité basée sur les capacités reproductives. Ils ont des identités individuelles, mais ces identités ne sont plus genrée. Comme les gens ne se soucient plus de répartir les autres dans des catégories, ils n’ont pas d’effort à faire pour incarner telle ou telle catégorie. Les gens ont des relations amoureuses et sexuelles sans avoir à performer le sexe auquel ils sont censés appartenir. Ce qui compte réellement, ce n’est pas le fait d’être ou non un vrai homme ou une vraie femme, mais comment on vit, comment on aime et traite les autres, et ce qu’on peut apporter au monde durant notre passage sur Terre.

Message pour les hommes.

Stoltenberg s’adresse aux hommes qui comprennent que « la pornographie rend vraiment le sexisme sexy, et qu’elle définit vraiment ce qui est désirable en fonction de critères de domination et de subordination, des critères qui reflètent nos intérêts en tant qu’hommes. » Il s’adresse aux hommes qui constatent le pouvoir qu’a « la pornographie sur la vie des femmes : parce qu’elle peut nous amener à croire que les femmes sont par nature des putains ; […] que les femmes veulent être violées […] ou méritent d’être punies ».

Il demande à ces hommes d’ « avoir pour projet de créer de véritables changements », de s’y mettre et d’agir. Rester tranquillement assis, c’est être gardien du statu quo alors que la pornographie est un enjeu politique radical qui nous concerne. Il n’y aura pas de liberté sexuelle tant qu’il n’y aura pas de justice et d’égalité. « À en croire la pornographie, il est impossible d’y arriver. À en croire le patriarcat, on ne devrait même pas vouloir essayer. »

“il n’y a aucune fierté à être des hommes”

« Nous devons dire clairement à nos fils que si un homme prend son pied en avilissant des femmes, c’est inacceptable. Nous devons dire clairement aux marchands que s’ils monnaient le corps et la vie de femmes pour divertir des hommes et les faire consommer, c’est inacceptable. » […] Quand la simple réalité d’un pénis n’autorisera plus personne sur terre à un pouvoir injuste sur la vie de quiconque — alors, dans les faits, les hommes n’existeront plus. J’ose dire que je souhaite voir cet avenir réalisé ».

Conseils aux hommes qui veulent soutenir les luttes féministes

  • Ne pas jouer les héros, car nous bénéficions de l’oppression des femmes
  • Ne pas agir sans réfléchir et s’assurer de l’aval de féministes
  • Apprendre à se taire, écouter, ne pas couper la parole aux femmes
  • Rester humble, ne pas parler à la place des femmes
  • Ne pas demander à être éduqué par les femmes, lire par soi-même
  • Ne pas se contenter d’une rapide introspection
  • Ne pas chercher la rédemption
  • Apporter un appui matériel au femmes
  • Alléger l’exploitation des femmes, leur libérer du temps et de l’énergie
  • Donner de l’argent à des associations
  • Faire le travail domestique, garder les enfants, faire à manger, le ménage
  • S’effacer, apprendre le don discret et l’aide anonyme en coulisses
  • Laisser les femmes s’organiser comme elles l’entendent
  • Ne pas forcer pour rentrer dans les espaces des femmes
  • Parler de ces problèmes aux autres hommes

 

 

Retrouvez le livre : Refuser d’être un homme, pour en finir avec la virilité, John Stoltenberg, Éditions Syllepse

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2 Comments
  • madrumo
    Posted at 12:47h, 19 mars Répondre

    Je ne pratique pas donc je m’en tiens à différentes choses que j’ai pu lire, mais à propos des pratiques BDSM qui sont abordées dans l’émission, j’ai plusieurs remarques.

    Il semblerait que dans les milieux BDSM, une très grande importance soit donnée à l’écoute et au consentement, de par notamment parce que les pratiques peuvent blesser physiquement et psychologiquement si mal réalisées, mais aussi parce qu’il y a conscience que ce n’est pas un « tiers-lieu » indépendant du reste de la vie et de la société. Il y a une forte conscience que si n’importe laquelle de ces pratiques (et d’ailleurs n’importe quelle pratique sexuelle) n’était pas librement consentie, ce serait non pas du sexe, mais du viol. Le « librement » consenti peut, comme vous dîtes, être peut-être assimilé à une liberté libérale, mais alors ce serait le cas pour n’importe quelle libre décision effectuée dans une société non-anarchiste, puisque nos choix sont liés à notre vécus et nos expériences.

    Qu’une personne aime à mettre en rôle une situation de domination dans une pratique sexuelle, ça ne lui enlève pas d’un dimension politique, mais si c’est de personne à personne, avec consentement, considération et respect, on peut questionner si c’est une simple reproduction de l’oppression réelle. De ce que je sais, il est autant important l’avant et l’après que le pendant l’acte : être là pour l’autre, attentionné et à l’écoute et encore plus à la fin du « jeu », pour bien renouer avec le réel. Et j’ai l’impression que c’est par ce cadre « sécurisant » que les rôles peuvent être divers, et souvent très différents de ceux de la société en brisant les attributs traditionnellement assignés à la masculinité ou la féminité aux identités de genres normées.

    Donc sans dépolitiser la sexualité des gens, je pense que y’a plus de choses à en tirer que simples vecteurs des oppressions. C’est quelque chose d’indéniable dans la sexualité non questionnée et dans la production sexuelle mainstream et industrialisée. Je trouve ça aussi justement intéressant que, parce que la sexualité est classiquement vue comme un espace intime déconnecté de la société, certain.e.s en font un espace d’expérimentation qui casse ces oppressions ou les questionne, en redistribuant les rôles et leurs caractéristiques. Maintenant faut dépasser ça, et arriver à redistribuer les rôles dans l’ensemble de la société (même si le mieux ce serait un processus réciproque aussi, de la société vers la sexualité).

    Pour le porno, je suis d’accord qu’un porno « alternatif » c’est p’tet bien pour montrer des pratiques et considérations plus saines, mais l’impact sera quasiment nul tant que ce sera « alternatif » justement, parce qu’au mieux ça va prêcher des convaincus.
    En fait, tant qu’on considère le porno comme un produit de consommation et qu’il est créé comme tel, on va objectifier, au moins dans une certaine mesure, ses acteur.ice.s.
    Une pornographie « saine » selon moi, serait coupée de cette consommation : on en reviendrait à du contenu sexuellement explicite simplement librement partagé et apprécié, en mettant l’accent non pas seulement sur CE que l’on voit, mais QUI l’on voit. Ne pas être seulement excité par un corps ou un acte, mais bien par la personne qui l’effectue, avec son consentement et son envie. Que ce ne soit pas quelque chose de silencieux, de purement physique, mais bien une relation d’humain à humain libre.

    Je ne sais pas si c’est très clair. Et les questions soulevées par le podcast sont très intéressantes, mais je pense qu’il faut que je me renseigne plus sur les études de psychologie sociale notamment dans ces domaines, et les conclusions qu’on peut en tirer (parce que j’entends autant certains arguments de féministes anti-porno que de féministes pro-porno par exemple, qui j’ai l’impression souvent se rejoignent dans ce qu’elles dénoncent, mais qui vont vouloir le combattre de manière différentes, et dans ce cas je ne sais pas si il y a une bonne solution ou bien, comme souvent en matière de lutte contre les oppressions une combinaison de plusieurs tactiques et point de vue).

    Bref, c’est pas du tout clair mon message.

    J’avais aussi une réflexion sur le terme « refuser d’être un homme » dans le cas des personnes transgenres aussi, qui pourraient revendiquer une identité de genre en n’adhérant pas aux valeurs portées par la masculinité hégémonique, au profit d’une autre vision de cette identité de genre, mais pour le coup je suis clairement pas assez renseigné donc je vais pas trop en discuter ici (je vais tâché d’en discuter avec des concerné.e.s, qui sont aussi souvent pour un dépassement du genre et savoir si iels vivent ça elleux comme un paradoxe).

    Bref podcast encore une fois intéressant et qui promet de pas mal réfléchir à notre propre identité là d’dans. Merci !

  • Nina K
    Posted at 01:15h, 12 août Répondre

    Article très intéressant. Surtout les points sur le féminisme radical né aux Etats Unis et le droit du père.
    Personnellement, je ne m’étais jamais vraiment interrogée sur la pornographie en lien avec la domination des corps (hommes, femmes, mineurs, animaux,…).
    C’est vrai que c’est important de réfléchir la violence du quotidien (« petite » et « grande ») dans tous ses prolongements.
    Le rapport au.x corp.s étant la question centrale.
    Pourquoi les femmes ne s’insurgent pas davantage ? C’est démoralisant ? Pourquoi les hommes ne s’insurgent pas davantage ? Après tout cette objetivisation des corps et cette exploitation des corps concernent tout le monde. Je doute que tout travailleur du sexe masculin soit heureux de pratiquer un coite des heures durant… De plus, au delà du porno, de nombreux hommes souffrent du rôle social genré qui leur est imposé…
    Ce qui fait de la peine c’est de se dire que nos enfants reproduisent ces violences car nous adultes la subissons passivement. Mais, comment briser cette reproduction socioculturelle sans trop exposer nos enfants ?

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