Podcast (1-14) : L’Anarchie de Malatesta

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Fiche de lecture. Floraisons est un média qui est inspiré par la pensée anarchiste, par la lutte contre toutes les formes de domination, d’exploitation, d’aliénation. Nous rejetons les fondements culturels à l’origine de la destruction du vivant. Dans cette perspective il nous semble important de présenter nos notes de lecture de ce texte de Malatesta, L’Anarchie, rédigé à la fin du XIXe siècle. L’anarchisme, c’est entre autre la critique radicale de l’État, du gouvernement, comme outils d’asservissement des peuples. Il s’agit d’en finir avec la seule initiative d’un petit nombre de personnes, qui entraîne nécessairement l’oppression de tous les autres.

 

Qu’est-ce que l’Anarchie ?

 

L’Anarchie signifie « Absence de gouvernement » mais est souvent confondue avec « désordre » ou avec « la loi du plus fort » à cause d’un préjugé : que le gouvernement serait nécessaire à la vie sociale.

Imaginez une personne qui a les deux jambes attachées depuis sa naissance mais qui arrive à marcher. Elle peut imaginer que si elle arrive à marcher, c’est justement grâce à ses liens, qui pourtant la gênent ! Si en plus de ça, un médecin lui dit que sans ces liens, elle risque de mourir… alors cette personne défendra elle-même ses propres liens et considèrera comme ennemi celui qui veut le détacher (c’est-à-dire l’anarchiste). Nous sommes dans une situation comparable.Esclaves depuis leur naissance, les humains ont cru que l’esclavage était la caractéristique de la vie.
Ainsi, les travailleurs et travailleuses ont fini par croire que c’est le patron qui leur permet de manger. Ils et elles ont fini par croire que sans patron, ils et elles ne pourraient pas survivre.

Nous avons l’habitude de penser que patrons et l’État sont nécessaires, nous sommes éduqué·es dans ce sens par les patrons eux-mêmes, par l’école, les prêtres, les grands médias, etc. Et pour celles et ceux qui pensent ou agissent différemment, on les fait taire grâce à la police et la justice.

Du temps de la monarchie, pour dire « désordre » on ne disait pas : « ils veulent l’anarchie ! » On disait : « ils veulent la République ! » parce qu’on n’imaginait pas pouvoir se passer d’un roi. Donc si « Anarchie » est un mot repoussoir pour l’instant, il faut quand même en être fièr·es. Le problème ne vient pas du mot utilisé par les anarchistes, mais que leurs idées sont contraire aux préjugés actuels.

Quand les anarchistes disent « À bas l’État », c’est une définition particulière de l’État : celle d’un groupe qui impose sa volonté aux autres grâce aux institutions, aux lois, à la force, à la contrainte. Les anarchistes ne veulent pas tout casser, ni abolir tout lien social. Ce qu’ils et elles veulent c’est détruire l’autorité de certain·es sur les autres. Ce qu’ils et elles veulent instaurer : L’harmonie entre des hommes et femmes libres et égaux fondée sur le concours volontaire de toutes et tous.

On comprend mieux pourquoi le discours dominant, les grands médias, dépeignent souvent les anarchistes comme des fous dangereux assoiffés de violence qui veulent semer le chaos sur terre et brûler des hôpitaux : Ils préfèrent dire n’importe quoi et créer l’image d’un ennemi intérieur parce que l’idée d’Anarchie est dangereuse pour le pouvoir en place.

 

Qu’est-ce que le gouvernement ?

 

L’anarchisme propose une critique radicale de l’appareil d’État. Pour limiter la confusion sur le terme État, Malatesta préfère dire « Abolition du gouvernement ». De nos jours l’expression « Soyons ingouvernables » connaît aussi un certain succès.

Qu’est-ce que le gouvernement ? Pour beaucoup, c’est un principe, un être moral, suprême et abstrait qui représenterait des valeurs universelles, garant de « l’intérêt général », la « vertu », etc. Mais pour les anarchistes, le gouvernement c’est plus concret, c’est l’ensemble des gouvernants (les rois et reines, president·es, ministres, député·es, etc) qui peuvent :

  • faire la loi
  • décréter et collecter les impôts
  • diriger la production
  • diriger l’économie
  • faire la guerre et la paix etc

Bref le gouvernement c’est les personnes qui peuvent se servir de la force de tout le monde (physique, intellectuelle, économique) pour obliger tout le monde à faire ce qu’elles veulent elles, grâce à l’autorité. Mais au fond, qu’est-ce que ces personnes ont de si exceptionnel ? Est-ce qu’elles ont tellement de qualités qu’elles ont le droit de nous dire ce qu’il faut faire même si on n’est pas d’accord ? Sont-elles infaillibles et incorruptibles pour défendre nos intérêts mieux que nous-mêmes ?

Imaginons que les personnes au pouvoir aient une bonté et un savoir infinis (même si ça n’est jamais arrivé et que ça n’arrivera jamais). Après quelque temps, ces personnes changent, se transforment, car elles doivent imposer leur volonté, s’occuper de tout, remercier les ami·es, mater l’opposition, bref le pouvoir corrompt, et le pouvoir absolu corrompt absolument…

Et par quelle ruse ces personnes arrivent-elles au pouvoir ? Si c’est par la force, alors comment être sûr qu’elles défendent « l’intérêt général » ? Si elles sont choisies par une classe ou un parti, elles représenteront leur classe ou leur parti au détriment des autres. Et s’il s’agit d’un président ou d’une députée élue au suffrage universel, le seul critère retenu c’est le nombre. Donc les élu·es seront celles et ceux qui manipulent le mieux la population, les médias, et qui reçoivent des financements de la part des riches.

Comment la nécessité d’un gouvernement est-elle justifiée ? Toujours de la même façon : « Les humains ont des intérêts différents donc il faut les obliger à se respecter les uns les autres, leur imposer des règles de conduite pour que tout se passe bien et que tout le monde se sente libre ». Malheureusement, cette « théorie » est fausse car elle n’est pas basée sur des faits. Elle a au contraire été inventée pour justifier les faits, pour défendre les privilèges des personnes au pouvoir et les faire accepter par les victimes, les personnes dominées.

 

La démocratie bourgeoise est un leurre

 

Qu’est-ce que le pouvoir politique ? C’est opprimer les autres par la violence physique.
Qu’est-ce que le pouvoir économique ? C’est maintenir les autres dans une condition servile, en crève-la-faim impuissants, notamment grâce à la propriété privée, au salariat, au marché.
Qu’est-ce que le pouvoir religieux ou universitaire ? C’est agir sur l’intelligence et les sentiments des autres pour justifier les deux premiers pouvoirs.

Contrairement aux petites sociétés, celles qui sont très peuplées peuvent difficilement contenir le pouvoir entre les mains d’une seule personne. Les dominants doivent donc s’appuyer sur une classe privilégiée et s’assurer de la laisser suffisamment libre. Mais avec le temps, cette classe va accumuler tous les moyens de production jusqu’à se constituer en véritable pouvoir, maitre de la vie, si puissante qu’elle transforme le pouvoir politique en simple flic à son service.

Autrefois, les rois devenaient progressivement des gendarmes au service d’une classe capitaliste, tout en gardant une attitude hautaine et méprisante. Aujourd’hui, la classe capitaliste est si riche et puissante que les membres du gouvernement sont issus de cette même classe, elle ne s’embarrasse pas forcément d’un roi.

La démocratie est un leurre où la bourgeoisie donne l’espoir aux prolétaires, aux pauvres, aux femmes etc. d’arriver un jour au pouvoir grâce au vote. C’est une illusion car par exemple si le gouvernement menaçait d’être hostile à la bourgeoisie, cette dernière utiliserait tous les moyens pour le rappeler à son rôle de flic. Certes, le gouvernement se donne la peine de protéger plus ou moins la vie de ses sujets, tant qu’ils et elles restent dociles. Il organise et dirige certains services publics. Mais en y regardant bien, tout ce qu’il fait a pour but de protéger ses privilèges et ceux de la classe dominante dont il est défenseur… Et le gouvernement cesse de protéger la vie de ses sujets lorsque ces derniers se rebellent contre son autorité.

Le gouvernement veut protéger la société, lui et la bourgeoisie ont besoin de personnes à exploiter. Mais le gouvernement ne peut pas laisser les gens s’organiser par eux-mêmes car ils auraient vite fait de comprendre la supercherie, et se débarrasseraient alors du gouvernement et des propriétaires ! Voici donc la solution trouvée par le gouvernement : déguiser ses actions derrière le fameux « intérêt général » ou « intérêt commun ». Mais dans une société composée de classes dominantes et de classes exploitées, « l’intérêt général » dansdémocratie bourgeoise correspond toujours à celui de la classe dominante.

Les capitalistes se font la guerre (physique ou économique). Pour protéger cette classe bourgeoise, le gouvernement tente de garder une relative autonomie par rapport au Capital. C’est un jeu de va-et-vient entre concessions faites au peuple, puis retirées, puis faites aux conservateurs. Quand l’illusion fonctionne, on appelle ça l’alternance. On invoque la Justice. Mais dans la réalité, la notion de Justice selon tout gouvernement c’est :

  • Interdire et punir tout ce qui heurte ou menace les propriétaires et les gouvernants
  • Autoriser et faciliter la plus terrible exploitation par les propriétaires, par les hommes, par les blancs, etc.

 

L’entraide

 

Malatesta montre que la loi qui gouverne l’humanité n’est pas la lutte permanente de chacun contre tous, mais la solidarité. (Kropotkine parlait plutôt de l’entraide). L’humain a deux instincts fondamentaux : sa propre survie et celle de son espèce. Il défendra donc envers et contre tout et tous son bien-être ainsi que celui de ses enfants.
Pour assurer ce bien-être, deux stratégies de lutte pour la survie sont possibles :

  • Lutter individuellement contre les autres individus et contre les éléments ou menaces
  • Lutter par association en coopérant avec les autres individus contre les éléments ou menaces

Loin devant la lutte individuelle, la lutte par coopération est devenue l’unique moyen de progrès humain. Où que l’on regarde, c’est en s’unissant que les humains s’assurent une meilleure survie et un plus grand bien-être.

Pour survivre dans un environnement hostile, les premiers humains [comme presque tous les animaux, même les carnivores ndlr.] n’ont de toutes façons pas eu d’autre choix que de s’associer. Cet instinct d’entraide nous vient de là.

L’empathie est la base de notre comportement social. Ce besoin de vie sociale est inscrit en nous par habitude et hérédité. Il s’est transformé en sympathie, en amitié, en amour. Ce sentiment est si fort que nous en éprouvons le besoin indépendamment des avantages matériels procurés. À tel point que certaines personnes mettent volontairement leur vie en jeu pour satisfaire ce besoin, elles se sacrifient parfois pour sauver un autre être humain. Pourquoi ? Parce que la solidarité à l’échelle de l’espèce est ce qui permet d’atteindre le plus grand bien-être : Le concours de chacun au bien de toutes et tous et de toutes et tous au bien de chacun. Bref, contrairement au discours dominant, la liberté des autres n’est pas la « limite » de ma propre liberté, mais plutôt son « complément », et même sa « condition nécessaire ».

Selon Bakounine : « Aucun homme ne peut s’émanciper s’il n’émancipe avec lui tous les hommes [et les femmes] qui l’entourent. Je ne suis réellement libre […] en fait que quand ma liberté et mon droit trouvent leur confirmation et sanction dans la liberté et le droit de tous les hommes [et les femmes], mes égaux »

Si la solidarité nous procure le plus grand bien-être, alors l’opposition entre altruisme et égoïsme disparaît. Ce qui est bon pour la société, pour les autres, est bon pour moi. Désirant être égaux et libres nous sommes à la fois égoïstes et altruistes, c’est la même chose !

Quand un groupe de dominants exploite d’autres humains, d’autres animaux, c’est encore une forme de coopération mais imposée et contrôlée au profit seulement de quelques privilégiés. L’Histoire est pleine de la contradiction entre ces deux tendances :

  • La tendance à être comme des frères et à s’associer pour conquérir le monde extérieur
  • La tendance à se diviser en autant de petits groupes qui ont conquis un privilège et qui sont déterminés à le conserver contre des groupes qui souffrent et se révoltent pour se libérer.

L’humanité [et le reste de la Nature] souffrent de ces conflits, guerres, haines, crimes. Historiquement, le principe « chacun pour soi » est venu paralyser l’augmentation du bien-être général, dont le succès dépend du principe « un pour tous et tous pour un ». La coopération et les sympathies, plus fortes que tout, se sont néanmoins développées dans ce contexte d’oppression, entre les opprimé·es, malgré tous les obstacles, antagonismes et la façon dont la société est organisée. Cette vaste solidarité est en grande partie inconsciente. Peu à peu, les masses commencent à comprendre qu’elles ne pourront s’émanciper que grâce à l’union et à la solidarité des opprimé·es du monde entier.

Question : Si les opprimé·es refusaient de travailler pour les autres, si ils et elles ne voulaient plus subir aucune domination, si la fraternité entre les peuples, la solidarité mettait fin aux guerres et aux conquêtes, le gouvernement aurait-il encore une raison d’être ? Si la propriété individuelle était abolie, une nouvelle organisation sociale naîtrait du libre concours de tous et toutes, grâce à des groupes formés librement selon les besoins et les sympathies. Cette organisation sociale aurait pour but le plus grand bien-être et la liberté de toutes et tous. Cette société de femmes et d’hommes libres, cette société d’ami·es, c’est l’Anarchie.

 

Ingouvernables

 

Mais vous allez me dire : Bien c’est formidable une société sans classe et sans privilège, mais même dans une telle société, on aura quand même besoin de gouvernement pour protéger cet équilibre. Pour éviter justement que certaines personnes reprennent le dessus, il faut un gouvernement. Sans gouvernement, qui va s’occuper des choses importantes ?

Qui va organiser le bon fonctionnement des services publics ? De l’eau ? De l’énergie ? Des soins ? De l’éducation ? L’écologie ? Et il y aura toujours des crimes, qui va les réprimer s’il n’y a plus de gouvernement pour le faire ?
Et les pédophiles qui violent les enfants ? Et les personnes dangereuses qui font n’importe quoi ? Sans gouvernement, ce sera la loi du plus fort encore une fois, et la société va exploser ! De gauche à droite, presque tout le monde dit ça. De nombreux socialistes et communistes autoritaires disent ça. Que répondre aux autoritaires ?

Tout d’abord, il n’y a pas de « bon gouvernement ». Sa fonction de maintien des privilèges ne change pas quand la situation change. S’il n’y a plus de privilèges, alors le gouvernement n’a que deux solutions :

  • soit fabriquer les privilèges à défendre
  • soit disparaitre

C’est le cas pour tout organe politique. Prenons l’exemple de la police. Là où il n’y a ni crimes à découvrir, ni délinquant à arrêter, pour ne pas disparaître, la police provoque et invente des crimes. Les institutions qui ont pour rôle de « lutter » contre un problème ne le feront jamais radicalement. Elles ont besoin de maintenir un minimum ce problème en place. Sinon, que feraient les agents qui la composent ?
Un gouvernement, n’importe lequel, même dans une société égalitaire, constitue déjà une classe privilégiée : les gouvernants ont le droit de faire les lois et d’utiliser la force pour se faire respecter. Cette classe dirigeante voudra constamment étendre ses droits, et sera obligée de contenter certaines personnes plutôt que d’autres, de créer de nouveaux privilèges, des faveurs, des dominations et c’est la bonne vieille histoire qui se répète…

Les gouvernant·es habitué·es à commander redoutent de retourner à l’anonymat de la foule. Ils feront donc attention à se réserver les meilleures places et à privilégier leurs ami·es qu’ils leur rendront ce service plus tard… la société égalitaire deviendrait donc vite une oligarchie.

Bon, supposons maintenant que le gouvernement ne soit pas une classe privilégiée et puisse exister sans développer de nouveaux privilégiés, (même si c’est impossible et que ça s’est toujours passé ainsi) : À quoi servirait un tel gouvernement ? Rappelez-vous l’histoire de la personnes née avec les jambes attachées qui pense qu’elle vit grâce à l’existence de ses chaînes, qu’elle ne pourrait pas survivre sans elles… Pensez au travailleur qui cultive les terres d’un propriétaire à son profit, qui se fait exploiter et ne reçoit en échange que le minimum vital. Lui aussi, il imagine que sans patron, il ne pourrait pas survivre, comme si le patron créait la terre et les forces de la nature…

Eh bien c’est la même chose avec le gouvernement : nous avons appris à croire que l’État, le gouvernement était nécessaire à la vie, à l’organisation, à la solidarité (comme un dieu), alors que toute cette énergie vient de nous-mêmes. Ce sont nos forces qu’utilise le gouvernement, et d’ailleurs il les utilise très mal puisque beaucoup d’énergie est perdue dans la répression ou dans les privilèges d’une classe ou d’un petit groupe !

Qui est responsable des plus grands progrès, l’action sociale ou les initiatives individuelles ? Les deux puisqu’on parle de la même chose. Le gouvernement n’est pas une abstraction, c’est un groupe d’individus. L’action sociale est la résultante de toutes les actions individuelles. Dans la lutte pour la liberté, contre l’autorité, la question n’est donc pas de modifier les rapports entre l’individu et la société, mais plutôt d’empêcher certains individus d’opprimer les autres. Et pour ça, une seule solution : l’égalité de droits et de moyens. Tant qu’il y aura exploitation et domination, la société privilégiera les intérêts de certains individus contre d’autres. Abolissez l’exploitation et la domination, et alors les intérêts des individus seront ceux de la société, pour le profit de toutes et tous.

D’ailleurs, en y regardant de plus près dans notre société actuelle, est-ce que l’État est la source du progrès, de la solidarité, bref de tout ce qui est essentiel à la vie sociale ? En réalité non, le gouvernement ne fait pas grand chose à part protéger les dominant·es et se protéger lui-même. Et dès que quelque chose de bien, de bon, apparaît dans la société, un quelconque progrès qui se fait souvent contre lui, le gouvernement se l’accapare et le revendique. Dans la vie de tous les jours, on s’active, on échange, on se comporte cordialement entre nous sans que personne nous dicte notre conduite. C’est d’ailleurs là où le gouvernement est absent (ou les patrons), qu’on s’arrange le mieux entre nous.

Des milliers d’associations volontaires se sont construites loin de l’ingérence du gouvernement et elles sont des merveilles d’entraide. Par exemple les sociétés et congrès scientifiques, [Wikipedia], l’association internationale de sauvetage, les sociétés géographiques, la Croix-Rouge, lles bénévoles organisé·es à la suite d’une catastrophe alors que le gouvernement montre son impuissance, les organisations ouvrières etc.

En fait, si l’entraide volontaire ne s’est pas complètement généralisée sur Terre, c’est bien parce que les gouvernements mettent des bâtons dans les roues en privilégiant les intérêts des dominant·es, la propriété individuelle et l’accaparement des richesses qui en découle. Aujourd’hui, le gouvernement (ou les patrons) organisent la poste, les chemins de fer, etc… mais en quoi aident-ils vraiment ? Les techniciens n’ont pas besoin d’un ordre quand le peuple ressent un besoin. Et plus le besoin est général et urgent, plus il y a de volontaires ! Si le peuple pouvait penser par lui même la production et l’alimentation, aucun doute, les gens ne se laisseraient pas mourir de faim en attendant les ordres du gouvernement ! Le grand moteur de toutes les activités, c’est la recherche de l’intérêt personnel : Quand l’intérêt de toutes et tous sera l’intérêt de chacun, toutes et tous agiront.

 

La police et la justice

 

Presque tout le monde pense que les fonctions régaliennes de l’État sont indispensables, et que le gouvernement doit assurer la défense interne et externe (guerre, police, justice). Tout le monde… sauf les anarchistes. Si les gouvernements sont abolis et que la richesse sociale n’est plus accaparée par un groupe, pourquoi irait-on faire la guerre ? Sans tyran, sans classe dominante, la guerre est inutile.
Si vous demandez « D’accord, imaginons qu’on soit libres, mais si il reste des gouvernements méchants qui décident de nous attaquer ? Comment on se défend ? » Eh bien on se défend, évidemment on se défend, mais sans gouvernement !
De quoi a-t-on besoin pour se défendre ? D’hommes et de femmes entraîné·es au combat et à la stratégie, et surtout d’une masse populaire qui veut se battre. Un gouvernement ne peut ni augmenter les capacités des premiers, ni le courage des second, bien au contraire.

Qu’en est-il de la police et de la justice ? Vous l’aurez compris, les anarchistes veulent voir disparaître les flics, les juges et les matons. Mais vous vous dites sûrement : « Quoi ? Mais sans police, sans justice, sans prison, vous allez laisser tout le monde s’entretuer, voler et violer au nom de la liberté ?! Vous êtes fous ! » Mais bien sûr, comme si c’était notre objectif ! Comme si on allait laisser faire ça. Comme si, dans une société égalitaire, les anarchistes allaient dire du délinquant social : « Non laissez-le faire, il s’agit seulement d’un esclave révolté ». Imaginer ça c’est faire semblant de ne pas comprendre nos idées.

Est-ce que c’est par peur du gendarme qu’on ne tue pas ? Si c’était le cas, les forêts, les montagnes et les campagnes seraient les endroits les plus dangereux du pays car les moins surveillés. On n’oserait plus faire une balade tranquille à plus de 50 mètres d’un commissariat ! [Alors que pour un nombre considérable de personnes opprimées dans notre société, il est en réalité plus dangereux d’être proche des policiers qu’à bonne distance. Ces personnes ont les meilleures raisons d’avoir peur de la police].

Les statistiques montrent que le nombre de délits (qui ont pour principal objet la propriété privée), ne diminuent presque pas avec la répression. En revanche, les délits diminuent avec les inégalités économiques et l’état de l’opinion publique. Plus d’égalité = moins de délits. Soyons clair·es à ce sujet : Si quelqu’un voulait faire du mal à nous-mêmes et aux autres, à cause de son ancienne éducation, d’une maladie ou d’une autre raison, nous l’empêcherons par tous les moyens. Nous ne confondons pas l’absurdité de la punition avec le besoin de se défendre.

Dans un monde libre et égalitaire, quelqu’un qui commet un acte anti-social est plus à considérer comme une personne malade. Quand un frère ou une sœur se comporte ainsi, nul besoin de réprimer avec haine, de punir plus que nécessaire, il faut aider et soigner. Quoique peuvent dire ou penser les anarchistes, le peuple trouve le moyen de se défendre contre les tendances antisociales de certaines personnes, sans recourir à des professionnels de la loi [comme les zapatistes au Chiapas].

Dans la vie de tous les jours, nous nous soumettons très rarement à la justice pour régler nos différents. Tous les usages traditionnels de la vie quotidienne sont plus importants à la vie sociale qu’un code pénal. La sanction est la perte d’estime, la mauvaise réputation. L’opinion publique a presque toujours une morale plus élevée que la loi. Le couple police/justice a le même rôle que le gouvernement : protéger les intérêts de la classe dominante, des propriétaires. Alors que le peuple ne considère généralement pas ça comme un délit. Pas étonnant que 75% de la population française pensent que la Justice fonctionne mal ! Quelques exemples de la justice et police toujours au service des mêmes, même lorsque l’opinion publique est défavorable :

Certaines personnes disent : « Oui c’est bien beau l’anarchie, on a compris, c’est génial, mais dans le détail, comment ça se passe tout ça ? Comment tout va s’organiser ? À quelle heure ? Et comment ? Et où ? Et avec qui ? Dans quel pays ? À quelle vitesse ? » Si vous demandez tout ça, de prédire et organiser nous-mêmes à l’avance tous les détails futurs, alors désolé, nous avons mal expliqué ce qu’est l’Anarchie. Les anarchistes ne sont pas des prophètes avec la science infuse capables de prédire des solutions officielles. Évidemment nous avons chacun et chacune des idées, des intuitions de solutions. Nous faisons tout notre possible pour faire advenir la société nouvelle. Mais nous serions bien orgueilleux et ridicules d’avoir des solutions toutes faites maintenant sur l’organisation future.

Où ? Quand ? Comment ? Cela est bien impossible à prévoir tant que la misère et l’oppression ne seront pas affranchies. On construit chemin faisant, la science augmente avec la pratique. Plus qu’un plan détaillé, l’anarchie est une « méthode » qui se pense en fonction des situations. Les anarchistes ne sont pas les seul·es à avoir une « méthode » pour viser le plus grand bien de chacun et de tous. Voici deux autres méthodes, à vous de juger des résultats :
L’autoritarisme : On confie à un petit nombre d’individus la direction de la vie sociale, et on arrive vite à une oppression de masse.
Le libéralisme : La propriété individuelle n’est pas abolie, c’est chacun pour soi et Dieu pour tous, tout le monde est libre mais surtout les riches et les propriétaires, les inégalités augmentent continuellement en même temps que la répression. Bref, c’est la situation actuelle.
Pour résumer, le libéralisme c’est la liberté sans l’égalité ; l’autoritarisme c’est l’égalité sans la liberté. Et l’Anarchie c’est l’égalité et la liberté, jamais l’une sans l’autre.

Comment éduquerons-nous les enfants ? Nous avons des idées, mais pas de dogme. Les parents, les pédagogues et tous les concernés se réuniront, échangerons, et choisirons la meilleure méthode, la plus efficace. Et il en sera de même pour tous les problèmes qui se poseront.

  • L’anarchie a pour base l’égalité des conditions
  • L’anarchie a pour phare la solidarité
  • L’anarchie a pour méthode la liberté

Elle n’est pas la perfection, mais elle est la voie ouverte à tous les perfectionnements réalisés dans l’intérêt de toutes et tous. L’Étatisme a fait son temps. L’anarchie est possible car elle ne fait que débarrasser l’humanité de son plus gros obstacle : le gouvernement. Les autoritaires, même s’ils disent vouloir la liberté, en sont effrayé·es. Ils veulent encore des bergers et des troupeaux.

Certains diront : « C’est magnifique, c’est un idéal, mais les humains sont trop habitués à se comporter en maitres et en esclaves. L’homme est un loup pour l’homme, ils sont ignorants, c’est trop dangereux. Ce n’est pas prudent. Est-ce que ce ne serait pas plus prudent de les éduquer petit à petit grâce à l’État ? » Encore une fois, s’il vous plaît arrêtez avec le gouvernement ! Le gouvernement n’est pas une force abstraite venue de l’extérieure, il est simplement composé d’humains qui font déjà partie de la société. Il n’y a rien de magique ou vertueux dans le gouvernement lui-même. Pour le redire autrement, la seule chose qu’ajoute le gouvernement, c’est la tendance d’une classe à privilégier ses propres intérêts et d’ignorer ce qui ne va pas dans sons sens. On a besoin de forces individuelles et de forces collectives, mais sûrement pas de gouvernement.

Certes, dans l’état actuel des choses, on ne pourra pas faire que tous les humains s’élèvent du jour au lendemain, qu’ils sentent qu’ils doivent agir pour leur plaisir autant que celui des autres. Ce n’est pas pour autant une raison pour conserver un gouvernement. Est-ce que les gens, est-ce que les enfants ont besoin d’être éduqués à agir de façon libre et solidaire ? Si oui, alors la meilleure chose est de commencer par abolir cette force négative qu’est l’État. Puis, si des personnes instruites veulent transmettre leur savoir, alors elles organiseront des écoles et transmettront le goût d’apprendre. Si ces personnes instruites n’existaient pas, le gouvernement ne pourrait de toutes façons pas les créer par magie ! Il ferait comme aujourd’hui : prendre ces personnes, les empêcher d’enseigner, et les utiliser pour rédiger des règlements à faire appliquer par la police. L’institution négative qu’est le gouvernement transforme des potentiels enseignants passionnés et intelligents en politiciens, c’est-à-dire en parasite inutile dont le seul souci est d’imposer ses propres lubies et de se maintenir au pouvoir.

S’il y a des médecins, des infirmières, c’est à eux-mêmes d’organiser les services de santé. S’ils n’existaient pas, le gouvernement ne pourrait pas les créer. La seule chose que le gouvernement est capable de faire, c’est de les discréditer en interférant avec les intérêts des classes privilégiées.

 

Révolution sociale

 

Si on abolit le gouvernement et la propriété individuelle, la Révolution ne créera aucune force nouvelle, mais laissera aux forces existantes la possibilité de se déployer. La Révolution fera disparaître la classe qui a intérêt à maintenir les autres ignorants. Pourquoi un dictateur ne peut pas « éduquer » le peuple ? Parce qu’entre partisans d’une dictature, la lutte sera toujours féroce, le gagnant ne s’imposera que par la brutalité. Au pouvoir, il devra se défendre constamment et n’aura pas le temps d’éduquer (s’il a jamais pu ou voulu).

Pourquoi un gouvernement élu ne peut pas « éduquer » le peuple ? Si vous considérez que la masse n’est pas assez éduquée, incapable de s’occuper de ses propres intérêts, alors comment faire jaillir l’élection d’un génie du vote de la majorité d’une masse imbécile ?

Il n’y a qu’un moyen de résoudre le problème social [et écologique] :

  • Chasser révolutionnairement le gouvernement,
  • Chasser révolutionnairement celles et eux qui détiennent la richesse sociale
  • Mettre tout à la disposition de toutes et tous
  • Faire en sorte que toutes les forces, capacités et bonnes volontés qui existent chez les humains agissent pour répondre aux besoin de toutes et tous.

L’anarchie doit se réaliser immédiatement ! Il y aura certainement des difficultés et inconvénients, mais ils trouveront leur solution en appliquant la « méthode anarchique ». Souvenez-vous, l’anarchie c’est une méthode intelligente, pas un plan clés-en-main : elle se réalise par l’action directe des intéréssé·es et par leurs libres accords.

 

Merci d’avoir écouté ou lu ces notes de lectures. L’Anarchie de Malatesta est un texte qui a plus d’une siècle mais qui reste d’actualité sur de nombreux points. On pourrait insister sur la nécessité d’inclure le féminisme, l’antiracisme, l’antispécisme, pas ou peu présentes dans ce texte là, la lutte contre toutes les formes de domination et d’exploitation. Malatesta mobilise aussi beaucoup le concept de peuple pour parler des sujets d’un État. Un concept qui peut être problématique, et on aura peut-être d’autres occasion d’en faire la critique.

Et dans une perspective écologiste radicale on pourrait aussi inclure une critique de l’industrie, de l’énergie et de la technique à la critique radicale du gouvernement. Bref ce livre est une porte d’entrée sur la lutte radicale pour l’égalité et la liberté, l’Anarchisme est un outil majeur pour penser les problèmes sociaux et écologiques actuels.

Ni dieu, ni maitre, ni mari, que flotte dans les airs notre grand drapeau noir. Vive la liberté et vive l’Anarchie.

 

LIENS

Errico Malatesta, L’Anarchie : https://cras31.info/IMG/pdf/malatesta_-_l-anarchie.pdf

Ni dieu ni maitre, une histoire de l’anarchisme : https://youtu.be/4SAjq4WaLaA

L’École du chat noir, L’anarchie c’est pas ce que tu crois : https://youtu.be/U3Rs7Pjd8gM

 

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