Podcast (1-13) : Ni gourou ni gourelle (avec Nicolas Jacquette)


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Dans cet épisode Ni gourou ni gourelle, nous rencontrons Nicolas Jacquette, auteur de Nicolas, 25 ans, rescapé des Témoins de Jéhovah. Nous parlons de religion, de croyances, de communauté, de sectes, de recrutement, d’oppressions et de dérives sectaires. Nicolas a écrit un livre passionnant qui décrit très bien les mécanismes religieux associés à son expérience personnelle. Son travail est intéressant pour comprendre les systèmes qui créent des situations d’oppression au sein des Témoins de Jéhovah.

Pourquoi se concentrer sur ce sujet aujourd’hui ? Parce qu’un mouvement de résistance passe nécessairement par la constitution de groupes, d’une communauté, et qu’il est impératif de ne surtout pas tomber dans l’horreur que l’on appelle les dérives sectaires. Et de ne pas se laisser manipuler par nos croyances, par des gourous, des gourelles, de s’en méfier comme de la peste.

“La religion est le soupir de la créature opprimée, l’âme d’un monde sans cœur, comme elle est l’esprit de conditions sociales d’où l’esprit est exclu. Elle est l’opium du peuple. L’abolition de la religion en tant que bonheur illusoire du peuple est l’exigence que formule son bonheur réel. Exiger qu’il renonce aux illusions sur sa situation c’est exiger qu’il renonce à une situation qui a besoin d’illusions. La critique de la religion est donc en germe la critique de cette vallée de larmes dont la religion est l’auréole“. Karl Marx.

Selon ce raisonnement, lutter contre la domination religieuse ne se produit pas en interdisant les religions, en interdisant aux gens de croire (d’ailleurs ce serait une bêtise car nous avons toutes et tous des croyances). Lutter contre la domination religieuse, c’est d’abord abolir ce qui fait naître le besoin de croire à une autre vie : l’exploitation, le travail, le racisme, le sexisme, etc.

 

Le rôle de l’État dans la domination religieuse est toujours une question d’actualité. Cette religion peut être traditionnelle, nouvelle, républicaine, séculaire ou sectaire, basée sur des textes anciens ou de la télé-réalité, ça peut être la religion de l’argent et du mérite, celle des coachs et des transhumanistes.

Le 21 juin 2005, selon l’AFP, le ministre de l’intérieur Nicolas Sarkozy déclarait au cours d’une réunion publique : «On m’a soupçonné de vouloir instrumentaliser les Églises. Je n’ai fait que constater que, lorsqu’il y a un prêtre ou un pasteur, dans un village ou un quartier, pour s’occuper des jeunes, il y a moins de laisser-aller, de désespérance, et finalement moins de délinquance. Aujourd’hui, nos quartiers sont devenus des déserts spirituels ! […] En quoi le fait d’espérer serait-il un danger pour la République ? […] Les religions sont un plus pour la République.»

Une déclaration que l’on peut mettre en parallèle avec un texte de Sébastien Faure :

“La religion. Ce terme étant pris dans son sens le plus étendu et s’appliquant à tout ce qui est dogme – est la troisième forme de l’autorité. Elle s’appesantit sur l’esprit et la volonté ; elle enténèbre la pensée, elle déconcerte le jugement, elle ruine la raison, elle asservit la conscience. C’est toute la personnalité intellectuelle et morale de l’être humain qui en est l’esclave et la victime.
Le dogme religieux ou laïc – tranche de hauts, décrète brutalement, approuve ou blâme, prescrit ou défend sans appel : « Dieu le veut ou ne le veut pas. – La patrie l’exige ou l’interdit. – Le droit l’ordonne ou le condamne. – La morale et la justice le commandent ou le prohibent. »

Se prolongeant fatalement dans le domaine de la vie sociale, la religion crée, entretient et développe un état de conscience et une moralité en parfait accord avec la morale codifiée, gardienne et protectrice de la propriété et de l’État, dont elle se fait la complice et dont elle devient, ainsi, ce que, dans certains milieux férus de superstition, de chauvinisme, de légalité et d’autoritarisme, on appelle volontiers « la gendarmerie préventive et supplémentaire ».”

 

La discussion s’articule en deux temps, une première partie consacrée à l’organisation des Témoins de Jéhovah, à leur histoire, à leur fonctionnement. Nous allons présenter et décrire cette organisation cultuelle, souvent mal connue. On connaît les Témoins de Jéhovah quand ils et elles viennent frapper à notre porte, nous parler à la sortie du métro etc. Mais on en sait généralement très peu sur leur fonctionnement, leur recrutement et leurs croyances.

Et dans une deuxième partie nous essayerons de dégager quelques conseils et avertissements à destination de nos groupes de résistance, de notre mouvement, pour ne pas tomber dans le travers des religions et des dérives sectaires. Comment ne pas nier les individus au sein d’une communauté tout en poursuivant un objectif de résistance ? Comment se prévenir des dogmes et des violeurs ? Quelle justice, quels dangers ? Autant de questions complexes qui attirent l’attention des écologistes qui veulent construire des groupes sains et inclusifs.

Ni dieu Ni déesse. Ni gourou Ni gourelle.

 

RÉFÉRENCES

Nicolas Jacquette, Nicolas, 25 ans, rescapé des Témoins de Jéhovah

Conférence Nicolas Jacquette « Les enfants chez les Témoins de Jéhovah »

Sébastien Faure, Les anarchistes, ce qu’ils sont, ce qu’ils ne sont pas.

Karl Marx : « La religion est l’opium du peuple »

Michel Bakounine, Dieu et l’État

Pierre Kropotkine, La morale anarchiste

Jérôme Baschet, Farce doit rester à la justice

3 Comments
  • Iseult
    Posted at 20:18h, 30 septembre Répondre

    Je suis avec beaucoup d’intérêt les podcast de Floraison qui participent à me faire avancer dans mon cheminement personnel et politique. Merci Floraison! J’ai été très surprise que ce podcast soit dédié aux témoins de Jéhovah. Je suis moi-même issue d’une famille de Témoins de Jéhovah et je suis en rupture depuis quelques années avec ce qui a été toute ma vie jusqu’à mes 23 ans. Ce podcast m’aide à approfondir mon analyse des mécanismes à l’œuvre et à les mettre à distance avec un recul critique. On se sent souvent isolé et c’est intéressant d’entendre des parcours qui ressemblent au mien bien que je ne partage pas toutes vos analyses, mon vécu étant certainement différent. Ce qui me semble insidieux, plus que des interdictions verticales, c’est le processus d’intériorisation des préceptes qui font déplacer les normes posées dans le champ de la conscience, qui construisent donc au plus profond notre identité. Il existe une réelle pression de la communauté, j’entends bien mais ce qui est peu perceptible dans cette interview c’est le processus d’intériorisation. Tout est fait pour qu’on est l’impression d’être acteur, de choisir délibérément. Je dirais même que la marginalité du mode de vie entant que Témoin de Jéhovah donne l’illusion d’une liberté. on devient son propre censeur. Bref, merci pour cette contribution. Je trouve néanmoins que la présentation du fonctionnement de cette organisation cultuelle est un peu manichéenne et parfois réductrice ne permet pas de rendre compte de la complexité des mécanismes à l’œuvre. Mais ça me fait avancer et merci pour ça.

  • Lenny
    Posted at 11:22h, 02 octobre Répondre

    Top ! Merci.
    Période cruciale pour l’esprit critique. Traduction FR à partager (ou pas) où bon vous semble.
    – Extrait –
    […]
    Cela amène les activistes à travailler en réalité pour les intérêts corporatistes, et l’activisme devient une campagne publicitaire pour faire du Business.

    Le but du Mouvement Climat est devenu le soutien et l’expansion du système de domination des grandes entreprises, en opposition directe avec les buts de tout mouvement environnemental digne de ce nom : démanteler le système économique, protéger et régénérer la nature sauvage.

    Les rebelles sont devenus des lobbyistes d’entreprises dont les services sont gratuits. Le milieu des affaires s’est emparé de la colère populaire pour servir leurs pratiques abusives, et rediriger cette colère pour relancer ce système qui précisément doit être détruit.
    […]
    >>>
    Déballage d’Extinction Rebellion – partie III : La 4ème Révolution industrielle
    [Kim Hill – 26.09.19 / traduction française]

    Traduction complète part III : https://www.facebook.com/OrganiseTaColere/posts/2455638268009582?__tn__=K-R
    Traductions part I & II bientôt disponibles

    Lien source Part I : https://medium.com/@kim.hill/unpacking-extinction-rebellion-part-i-net-zero-emissions-5a5eed68d9ce
    Lien source Part II : https://medium.com/@kim.hill/unpacking-extinction-rebellion-part-ii-goals-and-tactics-bcac77bc83ea
    Lien source Part III : https://medium.com/@kim.hill/unpacking-extinction-rebellion-part-iii-the-fourth-industrial-revolution-7d405cd32475

  • Fanny Bee
    Posted at 11:16h, 12 octobre Répondre

    Superbe podcast ! C’est passionnant d’avoir tracé des ponts entre emprise sectaire, capitalisme, structures étatiques…

    Juste un point que je n’ai pas bien compris (mais je débute ma réflexion) : la critique de la notion de « personne morale » appliquée aux États. C’est tout de même très embêtant qu’un grand groupe -association, entreprise, ou État- ne puisse être désignée comme une personne morale transcendant les individus qui le composent. En effet, comment l’individu pourrait avoir une chance de se défendre face au grand groupe si celui-ci n’existe pas au delà des personnes qui en sont responsables à un instant T ? Cela deviendrait alors impossible d’obtenir réparation auprès d’un grand groupe si les responsables au moment des faits ne sont plus. Impossible pour un peuple opprimé d’obtenir réparation auprès d’un peuple oppresseur des décennies ou des siècles plus tard, alors que même si les individus ne sont plus les mêmes, le groupe oppresseur a pu faire fructifier les bénéfices tirés de l’oppression et en profite encore indirectement aujourd’hui… Il me semble que si le groupe n’était pas une personne surpassant les individus qui le composent, alors le groupe deviendrait totalement inattaquable, car il deviendrait insaisissable. Il suffirait de dire « Nan mais c’était pas la même équipe que maintenant ! » et l’affaire serait classée sans suite.
    Comment dès lors protéger l’individu du groupe sans le concept de personne morale appliqué au groupe ?

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