Podcast (1-4) : Libérons-nous du travail

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Une critique radicale du travail par le Comité Érotique Révolutionnaire.

Dans ce podcast, notre stagiaire Hugo, en compagnie de notre stagiaire Maële et de notre stagiaire Lorenzo, va lire des extraits et notes de lectures du livre Libérons nous du travail, paru aux Éditions Divergences en 2016.  Dans la perspective d’un mouvement de résistance écologiste et libertaire, la critique radicale du travail trouve toute sa place.

 

« Le travail est un crime »

C’est sur ce constat que débute l’ouvrage, nous rappelant aussi que « la bourgeoisie se fait toujours plus arrogante tant elle a su faire de son monde, celui de l’argent et du travail, le seul horizon possible, le cadre de référence hors duquel le mouvement social n’a jamais, à de rares exceptions près, su penser ». Le Comité propose de sortir de cette logique d’une « meilleur exploitation » pour enfin abolir cette souffrance généralisée qu’est le travail. Contrer la logique capitaliste qui fait du travail une nécessité pour acheter son droit de vivre.

 

❖ Le travail comme négation subjective ❖

 

Exister au sein du capitalisme, c’est sans cesse travailler et faire travailler, être exploiteur.se et exploité.e. La phrase qui orne encore le fronton d’Auschwitz, « Le travail rend libre », résonne comme une évidence pour la majorité d’entre nous. Mais le travail est en premier lieu une souffrance :

« Travailler, c’est souffrir de devoir quotidiennement se vendre comme marchandise productrice de biens-marchandises ou de services-marchandises, ou revenir chez soi comme une marchandise n’ayant trouvé aucun preneur, et être déprécié médiatiquement de ne pas être un esclave rentable du capitalisme. […] c’est souffrir de devoir obéir à un impératif absurde, avilissant, destructeur, celui de produire des marchandises quelconques, de manière rentable à n’importe quel cout physique, psychique et écologique. […] »

Le Capital fait de l’humain un animal productif, qui cherche à se vendre comme travailleur. Nous devons travailler, c’est à dire nous vendre, sous la contrainte, puisque c’est « l’unique moyen de survivre ». Nous devons vendre notre temps et notre vie « sous peine de misère sociale. » Il faut donc mettre fin à ce monde où l’on ne peut exister qu’au travers de nos interactions avec la chaine de production globale, pour enfin vivre libre, ne jamais travailler.

Le travail est ensuite une aliénation, comme Marx et de nombreux.ses penseur.euses l’ont théorisé.es ces derniers siècles.

« […] il n’y a pas de travail non-aliéné, parce qu’il s’agit de se vendre (alienare) comme marchandise, d’une part, et de se déposséder de soi au profit d’une fonction étrangère (alien) de production de marchandises. Travailler, c’est devenir étranger (à ses désirs) au profit de son activité-marchandise. Travailler, c’est faire abstraction de soi, c’est s’oublier, c’est se mettre entre parenthèse au profit d’une fonction d’encaissage, de codage ou de dressage, selon que l’on soit caissier-e, informaticien-ne ou enseignant-e ».

Le travail nous dépossède de tous ce qui n’entre pas dans la logique marchande. Il change les humains en marchandises productrices de marchandises. Cette société du travail demeure « l’horizon indépassable de l’humanité », elle est défendue « corps et âmes lors des élections, des débats politiques et des guerres. »

 

❖ Pour une critique du travail comme structure capitaliste ❖

 

« Le travail est au fondement du capitalisme. Le travail doit produire des marchandises qui, vendues, deviendrons de l’argent qui, réinvesti partiellement, devient alors du capital, engendrant un nouveau cycle de valorisation d’où sortira plus d’argent. Le but global du capitalisme, c’est de produire une masse de valeur globale toujours supérieure, et cette valeur globale provient de l’achat des marchandises a un prix permettant aux capitalistes de faire une plus-value – sinon ils n’investissent pas, et il n’y a pas de capitalisme – et de payer leurs salarié-e-s. Le but particulier du capital, des capitalistes, c’est de produire des marchandises de manière profitable, en achetant de la force de travail (nous), des matières premières et des machines pour produire ces marchandises, et de les revendre à un prix permettant de compenser l’achat de tout ça et de réaliser une plus-value. Sans travail donc, pas de production de marchandises, pas de vente de marchandises, pas d’argent, pas de plus-value, pas de capital, pas de capitalisme ».

Dans cette logique, le travailleur est donc une force de production dont on sous-paye les services pour engendrer un bénéfice. Il subit « l’exploitation (puisqu’on travaille pour quelqu’un d’autre) » et « le surtravail (parce qu’on fait plus d’heures que nécessaires pour ‘rembourser’ le salaire). »

C’est bien une structure de domination, qui nous prive d’autonomie, nous dépossède de tous moyens de subsistance. Cette privation nous pousse donc à travailler et entretenir les conditions favorables à la nécessité du travail. « Tout a été approprié […] et nous n’avons plus rien. Le monde devenu un ensemble de propriétés est en même temps celui de l’expropriation, et donc du travail contraint. »

« Le travail crée en même temps qu’il présuppose une sphère centrale du capitalisme, l’économie ».

L’économie, système essentielle à la structuration du capitalisme, est donc à la foi le résultat et une nécessité du travail. Elle cherche à satisfaire une « autofinalité absurde, aveugle, destructrice », au moyen du travail généralisé.

 

❖ Le travail et son monde ❖

 

« Les capitalistes sont dominants du fait qu’ils peuvent faire travailler, et les travailleurs dominés du fait qu’ils doivent travailler. » Le travail crée une multitude de divisions hiérarchiques, nécessaires pour pouvoir imposer cette activité contre-naturelle. Il créer des divisions et des rapports de forces entre des classes, des genres et des races qu’il a socialement construites. Il demande aussi l’hégémonie de l’État, le camp de travail national.

« Chaque État doit faire travailler ses sujets au nom de l’Économie Nationale, de sa grandeur et de sa compétitivité […] ».

Cette structure est donc aussi nécessaire pour l’existence du capital qu’elle en est dépendante. Elle a besoin de l’économie et de son argent pour financer son armée et sa police, et ainsi garantir un moyen de répression face aux « mauvais citoyens ». Il lui faut aussi garantir quelques services et mauvais produits pour garder ses sujets dépendants du système qui leurs est imposé. Enfin l’État règlemente, interdit l’accès aux forêts, n’encourage pas gratuité… Bref, nous maintient au travail (forcé).

Le monde du travail demande aussi une administration pénitentiaire, que nous sommes invités à « choisir » tous les 5 ans. C’est la politique, selon le capital. Le Comité nous invite à refuser ces gestionnaires, de quelque bord qu’ils soient, et à penser le monde au-delà du travail, sans nécessité de telles structures, de telles hiérarchies.

Enfin, dans ce monde, le loisir est la poursuite du travail.

« Le ‘loisir’ est une invention de la société de travail, d’une société de séparation fonctionnalisée des différents moments de l’existence. Le loisir est ainsi une continuation séparée du travail, et non son contraire. C’est l’impératif de consommer en soirée et en week-end des miettes de ce qu’on a produit en journée et en semaine. C’est l’obligation de consommer sous forme de spectacle ce qu’on n’a pas pu vivre à cause du travail et de son monde – l’amour, l’amitié, l’aventure. C’est un emploi du temps organisé comme celui du travail, avec des activités marchandises – sport, cinéma, programmes télévisés – qu’on achète et qu’on effectue de telle heure jusqu’à telle heure, parfois sous direction d’un contremaître des loisirs, l’animateur.  C’est l’injonction de se mettre en spectacle au sein des réseaux sociaux et des lieux publics comme marchandise conforme aux impératifs du Spectacle médiatico-publicitaire – être cool, pas critique, être fun, pas spontané, être branché, pas singulier –, après s’être mis en spectacle au travail comme marchandise conforme aux attentes de l’encadrement et/ou des clients ».

Les loisirs sont la contrepartie, les petits réconforts face à l’état de sidération et de souffrance dans lequel nous plonge le travail.

 

❖ La crise structurelle (et subjective) du travail ❖

 

Les évènements historiques nous poussent à constater que nous nous dirigeons vers une société du travail sans travail. Le capitalisme est en crise, il atteint finalement des limites qu’il ne pourra pas dépasser. « Saturation tendancielle des marchés, […] baisse tendancielle de la demande » et du taux de profit, la seule solution que ce système a trouvé pour continuer sa course folle à la croissance – sans laquelle il ne peut subsister – est la disparition du travail vivant au profit d’un travail robotisé.

« Nous n’avons de toute façon pas d’autre choix que d’en finir avec le capitalisme et son travail » : « L’économie veut se débarrasser de nous, débarrassons-nous d’elle ! »

De plus, le travail restant est toujours plus dévalorisé, toujours plus précaire, dans des conditions et des cadences toujours plus extrêmes. C’est l’apparition des bullshit jobs, et de la société des services, du care. Services de restauration, gardiennage, soin… pour les bourgeois pouvant se payer ces services. « Il se produit une accélération et une intensification du travail restant, jusqu’à une multiplication du stress, des burn-out, des accidents, des suicides ».

 

❖ Un monde au-delà du travail ❖

 

« Il ne s’agit plus de lutter défensivement contre une loi en attendant qu’une prochaine phase de crise nous l’impose au nom du « réalisme économique », il faut combattre offensivement cette société du travail […] »

Il s’agit donc de s’organiser en résistance face à ce monde, en l’attaquant tout en bâtissant les fondements de l’après.

Le comité cite le Manifeste contre le travail  du Groupe Krisis, 1999 : « Le but de la politique ne peut être que la conquête de l’appareil d’État pour perpétuer la société du travail. Les ennemis du travail ne veulent donc pas s’emparer des commandes du pouvoir, mais les détruire. Leur lutte n’est pas politique, elle est antipolitique. Puisqu’à l’époque moderne l’État et la politique se confondent avec le système coercitif du travail, ils doivent disparaitre avec lui ».

Et le Comité de reprendre : « Nous ne voulons abolir la politique que pour la réaliser ».

« Évidemment, cette auto-organisation commune des subjectivités vivantes, leurs désirs et leurs activités attenantes, cette abolition du travail, supposent une abolition de la propriété capitaliste, du Marché, de l’argent, du capital. L’au-delà du travail est ainsi un au-delà de l’économie, c’est-à-dire qu’il n’y a plus de « production » (de travail) et de « consommation » (du produit du travail) séparée du reste de la vie, mais une dissolution-disparition de l’économie dans la vie commune : l’auto-organisation des activités n’est plus une « économie », elle est une partie non-isolable d’une société basée sur les subjectivités vivantes et leurs désirs. Nous ferons ce qu’il nous plaira en même temps que ce qu’il nous faudra […], et non ce qu’une « demande » abstraite de marchandise exige ».

« Nous ferons donc autre chose de nos vies que nous vendre comme des marchandises, produire des marchandises ou consommer des marchandises. […] Nous ré-apprendrons des savoir-faire dont nous avons été dépossédés, […] nous saurons tout faire collectivement (au niveau des multiples communes avec lesquelles nous entretiendrons des relations d’entraide.) »

 

❖ Et maintenant… ❖

 

« La lutte pour l’autonomie n’est signifiante que dans la mesure où elle assume une visée offensive, celle du démantèlement des structures du capital.

  • Défaire : s’attaquer explicitement au monde du capital dans ses moments-clés de reproduction : loi travail, élections présidentielles etc.
  • Destituer : se libérer du travail et de son monde en profitant des phases de crises du capitalisme pour accélérer ce processus
  • Construire : concrétiser […] par et au-delà de l’offensive révolutionnaire, dans des formes politiques capables de pérenniser ce à quoi ouvre ce saut hors du capitalisme

Il nous faut nous doter de nouveaux outils » pour nous libérer, « au moins partiellement des contraintes de l’économie » et créer des communes fédérées de désertion matérielle. Des communes qui pensent « l’ensemble des aspects de l’autonomie — vis-à-vis du Marché, de l’État, de la propriété privée des terres et des habitats, des divisions hiérarchiques capitalistes, des savoirs ultra-spécialisés, des techniques industrielles, de la justice bourgeoise, etc. »

« Le refus de ce monde ne prendra toute son effectivité qu’à condition de dépasser le seul groupe affinitaire. Nous devons dès à présent être rejoignables, c’est-à-dire de laisser la possibilité à quiconque souhaiterait nous rejoindre de le faire sans qu’il ait nécessairement à êtrenotre ami. […]

Il ne s’agit pas seulement de défaire une loi, un projet de destruction ou une élection présidentielle, mais de défaire le travail et son monde, de s’en défaire, et de faire advenir un autre monde. »

 

Merci aux copains des Éditions Divergences de nous avoir donné l’autorisation d’enregistrer cette lecture. Malheureusement Libérons-nous du travail est en rupture de stock, pas de réédition prévue pour l’instant.

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